Critique : Fahrenheit 451 (2018)

Fahrenheit 451 est un film de science-fiction américain écrit et réalisé par Ramin Bahrani.

Le goût de la cendre

A l’heure où Netflix étend son empire au-delà des séries, grignotant toujours plus dans la gamelle du 7ème art pour proposer des films dont les productions pourraient rivaliser avec celles du grand écran (même si le résultat final est encore loin des espérances), HBO, forte du succès de Game Of Thrones et de son successeur Westworld, compte bien se disputer la part du lion. Alors quand on apprenait il y a quelques mois que la célèbre chaine s’appropriait les droits d’adapter Farenheit 451, on ne va pas mentir, c’était l’euphorie totale, surtout connaissant le sérieux avec lequel la filiale américaine s’engage sur chaque projet.

Pour rappel, ou information pour ceux qui l’ignorent totalement, Farenheit 451, c’est une œuvre littéraire de science-fiction écrite par Ray Bradbury en 1953 qui, au même titre que d’autres œuvres comme 1984 de George Orwell et autres ouvrages de K. Dick et Asimov, a marqué la conscience de ceux qui ont osé plonger leur regard dans ce récit dystopique. On pourrait même dire qu’il a su influer sur la personnalité culturelle de nombreux passionnés du genre (préseeeent !!!!). Visionnaire sur son ensemble, le roman fut adapté par François Truffaut en 1966, avec une réception en demi-teinte, notamment en raison d’un récit trop en avance sur son temps, et plus particulièrement pour le domaine cinématographique du fait de ses capacités restreintes pour l’époque.

Les années ont passé depuis, et avec les médias et autres passerelles culturelles dont dispose la société, le propos de Farenheit 451 trouve une raison valable d’exister, à la limite de dépeindre notre mode de vie actuel, voire celui d’un futur pas si lointain et potentiellement glaçant. C’est donc tout l’intérêt de faire renaitre l’œuvre à travers une vision et des moyens de production plus adaptés.

Mais concrètement, ça parle de quoi ?

Farenheit 451, c’est avant tout une société du futur qui succéda à un nivellement par le bas de tout support culturel (cinéma, radio, magazines…) au point de provoquer le désintéressement de la population pour la culture, désormais considérée comme une menace au bonheur. Dés lors, les escadrons de pompiers sont devenus des soldats qui effacent tout moyen culturel du passé par le feu. Le roman suit donc un de ces soldats, Guy Montag, qui va découvrir que son idée du monde et surtout du bonheur qu’on tente de lui faire croire n’est qu’une vaste désillusion.

Mise en scène par Ramin Bahrani (à qui l’on doit le très bon 99 Homes), cette nouvelle version se targue d’une plastique très léchée via la photographie à la fois sombre et brillante de Kramen Morgenthau qui confère au film une atmosphère pesante et contradictoire à la quête revendiquée du bonheur de cette société dystopique. Cette contradiction visuelle, c’est justement toute la force du film, qui, pour son support télévisuel n’a pas à rougir du cinéma. Et la mélodie légère proposée pour l’agrémenter fait efficacement son œuvre sans prétention à vouloir être mémorable. Hélas ces qualités ne suffisent pas à sublimer un film qui ne fait que survoler son modèle.

Respectant bien le postulat de base pour planter son décor, Bahrani se réapproprie le reste du chef-d’œuvre de Bradbury pour en livrer une vision différente, mais des quelques idées originales qui semblent émerger de cette relecture, ne nait aucune intrigue digne de véritable intérêt. Et c’est là tout le problème, lorsque l’on envisage de recontextualiser une œuvre pour ne pas proposer quelque chose d’au minimum aussi intéressant que cette dernière. On trouvera même plus de plaisir à dépoussiérer Equilibrium (Kurt Wimmer, 2002) – quitte à se retaper des chorégraphies tellement ringardes qu’elles en sont devenues cultes – qui est une réappropriation de Farenheit 451 plus fidèle et intéressante que l’est le film de HBO, et qui ose pourtant porter le même titre.

Parmi les thématiques principales on retrouve bel et bien celle du bonheur sous privation de liberté, le maccarthysme, la naissance d’une société qui cultive la bêtise, ou encore l’échec de révolution des intellectuels ; mais Bahrani, laissant l’impression de ne pas les avoir comprises, se noie littéralement avec les propos de Bradbury, à travers des dialogues faussement intellectuels qui n’aident pas à rendre crédible l’émergence d’une telle société. D’autres thématiques primordiales dans le récit seront totalement écartées. Le film passe donc complètement à côté de l’aspect apocalyptique d’une société au bord de l’implosion. Autant de partis pris qui mènent à cette histoire fade, auxquels s’ajoute notamment une durée de film extrêmement faible. Tandis qu’en 1966 la version de Truffaut avoisinait les 2h, celui-ci n’affiche qu’1h40, donc forcément insuffisante pour développer une intrigue originellement complexe et étoffer correctement des idées, comme souvent dans le domaine du cinéma d’aujourd’hui.

Le film repose malgré tout sur un argument de vente non négligeable : son casting fort alléchant! Mais encore une fois, obtenir des gens de talent ne suffit pas toujours, surtout si ces acteurs se voient attribuer des rôles qui ne leur correspondent définitivement pas. Ainsi, 3 personnages gravitent autour de cette histoire, dans laquelle tout autre figurant existera moins que les façades holographiques des bâtiments. Michael B. Jordan qui écope du rôle-titre totalement inapproprié de Guy Montag, tente malgré son talent de livrant une prestation convenable qui ne fait hélas pas honneur au personnage de base dont l’écriture ne dégage ici presque rien, pas même un soupçon d’empathie quel que soit le niveau d’appréciation que l’on peut avoir envers l’acteur. Et Barhani ayant totalement banni l’intrigue familiale de son héros, ne lui donne pas beaucoup plus pour s’exprimer ou exister face caméra, Guy Montag étant ici célibataire alors que sa vie sociale est censée être un point majeur de l’histoire de Bradbury. Michael Shannon, plus à l’aise, semble être le seul à bénéficier d’un personnage à peu près fidèle au roman, avec un rôle de supérieur qui correspond plus à son registre d’acting, tandis que Sofia Boutella offre une nouvelle interprétation du personnage de Clarisse acceptable mais vu et revu.

En vérité, HBO avait toutes les cartes en mains ou presque pour en faire au moins un très bon film avant même d’évoquer le fait d’être un bon Farenheit 451, mais les partis pris et la réorientation de cette histoire ne fascinent à aucun moment si ce n’est l’instant d’une ou 2 scènes qui resteront en mémoire jusqu‘au prochain film visionné. En soit, au-delà du fait qu’elle sera considérée comme un sacrilège pour toute personne ayant lu le roman et une insulte pour son titre, cette mouture 2018 n’est pas un mauvais film, juste un film tout ce qu’il y a de plus générique, dépassé par les idées de bases autant que ses propres trouvailles originales. Tel un voyage de luxe vendu à travers un packaging époustouflant de beauté pour arriver sur place avec un hôtel 3 étoiles qui fait tout juste l’affaire.

Tony P.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. nico nsb dit :

    Joyeux moment nanardesque du dernier Festival de Cannes. Entre la nullité de certains acteurs et celle des dialogues, je ne me suis pas ennuyé. Détail qui tue : aucun applaudissement à la fin de la projection !!!

    Aimé par 1 personne

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