Critique : Hugo Cabret (2011)

Hugo Cabret est un film d’aventure fantastique américain produit et réalisé par Martin Scorsese.

Mélièscope

S’il est une adaptation sur laquelle on n’aurait pas vu une pointure comme Martin Scorsese derrière la caméra, c’est bien celle d’un roman pour enfant. Du haut de sa longue et incroyable carrière, le maestro italo-américain se laisse envahir par l’idée déchirante qu’il n’a rien dans sa filmographie à offrir à sa jeune fille. Nait alors en lui cette volonté d’y remédier, et lorsqu’on lui parle du roman l’Invention d’Hugo Cabret, l’évidence s’impose.

Hugo Cabret, c’est l’histoire d’un jeune orphelin de douze ans qui vit dans une gare au cœur d’un Paris des années 30. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé – en forme de cœur – qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabelle, il a peut-être trouvé cet l’objet manquant, mais ceci n’est que le début de l’aventure…

L’une des choses que le cinéma nous apprend, comme la vie en générale d’ailleurs, c’est que les apparences sont parfois trompeuses, mais avec Martin Scorsese il faut savoir tenir sa langue avant de juger, et ce même si la promotion n’était pas des plus époustouflantes. Hugo Cabret se pose comme la plus belle preuve que les miracles se produisent souvent là où on ne les attend pas, totale déclaration d’amour du réalisateur pour le cinéma des premières générations. Martin Scorsese signe de son talent un véritable hommage au travail de Georges Méliès et au personnage lui-même via cette fiction, que Ben Kingsley interprète par une sincérité bluffante et touchante pour mener le spectateur à l’apogée du sanglot émotionnel. Scorsese plonge donc dans le bain du cinéma fantastique grand public pour retracer la vie du génie du grand écran qu’était Méliès, au cœur d’une fiction sur fond parisien des années 30 en lieu et place de la Gare Montparnasse ; la technologie d’époque à base de vapeurs et de rouages devenue depuis obsolète y est mise à l’honneur, pour prendre soudainement une dimension moderne fascinante et totalement artistique. A travers la pellicule de Robert Richardson, Il y conservera toutefois l’aspect photographique d’antan qui donne à la rouille et au métal une couleur cuivrée et dorée omniprésente, pour une texture authentique.

Et s’il est bien une autre chose sur laquelle on n’aurait pas vu l’artiste oeuvrer, c’est bien dans l’exploitation de la 3D, qui prend ici une ampleur tout à fait originale, alors que, à contrario des grosses productions d’action, l’univers d’Hugo Cabret ne s’y prêtait pas spécialement. Grâce aux techniques utilisées par James Cameron sur Avatar, la 3D aura rarement été aussi bien utilisée pour des effets stéréoscopiques saisissants et même pour donner une profondeur magique et ahurissante au film. Ainsi, d’une simple envolée de papiers transpire une certaine poésie visuelle presque tactile. Le tout bercé par une bande originale d’Howard Shore qui tient plus lieu d’artéfact mélodique que de sonorité mémorable, juste ce qu’il faut pour sublimer l’image.

Avec un récit qui se dévore comme une tablette de bon chocolat suisse quand on aime l’histoire du cinéma depuis ses débuts, les 2 heures passent sans le moindre temps mort tant les évènements sont riches en développements et rebondissements, où tous les personnages s’entrecroisent, pas un n’étant mis à l’écart avec chacun sa petite histoire et ses anecdotes à raconter. Mais Hugo Cabret, ce n’est pas qu’une sorte de biopic fantasque et déguisé de Georges Méliès, c’est aussi l’histoire bouleversante d’un gosse au destin tragique qui va trouver sa voie au milieu des péripéties, et de ce fait le bonheur qu’il mérite pour en avoir apporté aux autres. La subtilité de l’hommage de Martin Scorsese pour le cinéma est aussi ici, car Hugo Cabret, joué par le jeune et talentueux Asa Butterfield, se révèle comme un miroir métaphorique de l’enfance difficile du réalisateur lui-même, qui a su trouver son salut grâce au 7ème Art. Ainsi, l’assimilation du réalisateur à ce personnage pose comme une évidence la crédibilité du jeune héros, notamment dans sa traduction sentimentale. Le reste du casting, original et de qualité, le rend d’ailleurs bien au jeune interprète, chacun s’impliquant au maximum en connaissance de l’hommage fait à travers le film.

Mais toutes les qualités de ce film sont aussi instigatrices d’un souci: le fait de paraitre comme un film lambda pour enfant totalement oubliable si l’on ignore l’hommage qui y est fait ou que l’on s’en moque totalement. Il est donc presque naturel qu’une telle œuvre soit quelque peu boudée par le public cité qui ne verra pas forcément toute la subtilité foisonnante du film ni ses références. L’expérience en sort-elle mauvaise pour autant? Évidemment que non! Hugo Cabret leur livrera une histoire touchante et plaisante avec la patte talentueuse d’un grand cinéaste à l’œuvre.

En résumé, voilà comment Martin Scorsese remercie le spectateur mais surtout le cinéma, en livrant un véritable chef-d’œuvre inattendu qui arriva à point nommé en période de fêtes et apporta un bon coup de chaleur humaine. Si la violence et le spectaculaire des blockbusters sont toujours plus priorisés au sein même de la machine hollywoodienne, le cinéaste privilégie l’amour tant dans la forme que dans le fond, en hommage aux personnes et à l’art qui l’on tant inspiré dans sa passion, celle qui a façonné celui que l’on connaît tous.

Tony P.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ywan Cooper dit :

    « …paraître comme un film lambda pour enfant totalement oubliable si l’on ignore l’hommage qui y est fait ou que l’on s’en moque totalement. »

    C’est la première fois que je vois posée en mots la raison pour laquelle il m’a si peu marqué.

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  2. Je n’ai pas vu ce film en 3D car je l’ai vu bien après sa sortie soit il y a 1 an et j’ai eu un énorme coup de coeur tant sur l’histoire que sur toutes les références. Après avoir vu le film je me suis renseignée sur ce fameux hommage à Méliès et je dois dire que c’est du Grand Art. Un film à voir à tous les âges car chacun le comprendra et l’aimera à sa façon lui faisant croire en ses rêves !

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