Critique : C’est arrivé près de chez vous (1992)

C’est arrivé près de chez vous est un documentaire parodique belge de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Curieuse de voir de quoi était capable le cinéma belge, c’est naturellement que je me suis tournée vers C’est arrivé près de chez vous, devenu un film culte pour bien des gens. D’habitude je me régale avec Benoît Poelvoorde et le second degré poussé à l’extrême. Je ne pouvais pas être mieux servie.

Un mot sur l’histoire ?

Embarqué parmi une équipe de tournage, le spectateur se retrouve à suivre le quotidien de Ben, tueur professionnel qui nous dévoile les ficelles de son « métier ». Pour leur premier film, les réalisateurs ont choisi de faire un faux documentaire, très inspiré des émissions de télévision comme « StripTease ».

Les premières minutes ?

L’ambiance peut aisément faire penser à un film d’Hitchcock. En y regardant bien, on note la présence du symbole de la porte. En effet, utilisée dans les contes de fées, elle invite à rentrer dans la fiction et permet de plonger dans l’univers qui nous est proposé.(Essayons de ne pas trop en dire pour garder les surprises.) La scène d’exposition n’a rien de classique, notamment la présentation du personnage principal. En clair, on a droit à une introduction haute en couleur pour un personnage qui l’est tout autant.

Le casting ?

Par manque de budget, les réalisateurs sont également acteurs principaux du film.

Ainsi, Rémy Belvaux et André Bonzel sont excellents dans la peau de journalistes prêts à tout. Benoît Poelvoorde est à couper le souffle dans ce rôle aux multiples facettes. Le reste du casting se compose essentiellement de la famille de Poelvoorde ou d’amis des réalisateurs.

Et au final ça donne quoi ?

L’argument principal du film est l’attente d’être surpris sans arrêt. Le spectateur a une sensation de franchir un cran à chaque péripétie. C’est l’escalade de la violence au fur et à mesure que le film avance. Que va t-il se passer ensuite ? Peut-on faire plus horrible ?

C’est arrivé près de chez vous repose essentiellement sur le décalage de l’horreur qui ne prête pas à rire en temps normal. Véritable côté jubilatoire puisque l’on se retrouve à grincer des dents ou bien à rire dans des moments de malaise intenses.

Ce film déborde d’intelligence lorsqu’il s’attache à démontrer les dérives et dangers de la télévision. L’équipe est prête à tout pour faire de l’audience, de la pellicule. La critique des médias est totale puisqu’ils sont prêts à se servir d’histoires sordides pour faire de l’argent. La fiction du documentaire et la réalité du tournage du film se mêlent : les difficultés d’argent par exemple présentes sur le tournage et dans la fiction, le nom de l’acteur inchangé, le tournage en 16 millimètres etc.. Comme un Stéphane Plaza qui donne des conseils pour bien choisir une maison, Ben t’apprend à te débarrasser d’un corps comme un pro. On oscille continuellement entre cynisme et conscience grâce au personnage de Ben. Il y a un côté surréaliste qui réside dans le fait que l’équipe de tournage devient son complice. De ce fait, le spectateur, qui désapprouve, se retrouve impuissant. Par le procédé d’identification, il semble lui aussi incapable de stopper la folie du personnage.

C’est sur les épaules de ce personnage principal que repose le succès du film. Les réalisateurs cherchent à créer de l’empathie envers ce personnage. On pourrait penser qu’il a, lui-même, de l’empathie pour les gens, au contraire il les tue de sang-froid. Mais il admet ne pas aimer devoir faire ça pour gagner un peu d’argent. «  J’aime pas l’infanticide c’est pas très solvable » s’exclame t-il par exemple. En bon sociopathe, il commet des crimes avec la même facilité que pour manger un plat de moules. Néanmoins, il a une conscience politique et s’indigne à propos de problèmes sociétaux, bien que la plupart de ses remarques soient sexistes ou racistes. Il est fidèle en amitié, présente fièrement sa famille à la caméra mais en même temps c’est un fou dangereux. Cette ambivalence est rendue admirablement par Benoît Poelvoorde.

En surface ça manque de subtilité, ça veut choquer et être grinçant ! Mais l’humour noir que maîtrisent à merveille les Belges est une totale réussite dans ce film. Même par l’absurde on peut aborder des sujets extrêmement sérieux et faire de grands films avec un petit budget !

Anne Sirvente.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. belette2911 dit :

    — Reviens gamin, c’était pour rire !

    Dieu que je l’ai entendue et dite, cette phrase 😆 Mais jamais encore je n’ai regardé le film, ne connaissant de lui que ces extraits mythiques.

    Aimé par 1 personne

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