Après Séance : Sauvage

Sauvage est un film dramatique français écrit et réalisé par Camille Vidal Naquet.

Une consultation médicale. Sérieux, le médecin questionne son patient, qui répond de la manière la plus exacte possible. Suit l’examen clinique, sur la table d’auscultation. Le médecin entreprend alors de masturber le jeune homme, en lui parlant de façon salace, et en l’appelant « petit chat ». Mise en scène érotique, dans l’abîme de la représentation filmique : le spectateur a été joué.

Les passes se succèdent, généralement moins scénarisées que la première. Félix Maritaud, à juste titre Prix de la Révélation à Cannes 2018, incandescent, offre son corps à la caméra et à ses clients avec le même engagement, la même nudité. Il n’a pas peur… d’embrasser, d’aimer… Il est censé se prénommer Léo (encore un félin…), dans le film, mais cette désignation n’est jamais utilisée et, à un client qui lui demande comment il se nomme, il répond : « Appelle-moi comme tu veux ! ».

Du félin, justement, Léo a la démarche et la souplesse. Le rebond, aussi. Camille Vidal-Naquet, dans le temps de préparation au tournage, a demandé au chorégraphe Romano Bottinelli de préparer le corps de ses comédiens. On les voit ainsi hanter une allée du Bois de Boulogne, attendant la voiture qui les embarquera ou l’homme qu’ils entraîneront dans l’épaisseur du bois ; échanger des coups et se relever pour courir vers de nouveaux heurts. Un univers de corps bruts, sans écrits ; l’évitement d’une séance de lecture commandée par l’un de ses clients éveille des doutes sur la maîtrise de l’écrit qui serait celle de Léo. Un univers auquel la drogue, crack ou cristal, offrirait l’une des seules échappatoires…

L’image, de Jacques Girault, est le plus souvent saturée de couleurs froides, dans les verts du bois ou les bleus de la nuit, couleurs inquiétantes, qui disent l’éloignement des zones de vie… La caméra, sensitive, fusionnelle, alterne des mouvements relativement calmes, dans les moments d’attente ou d’ennui, et des emportements saccadés, flashés, dans les moments où « le corps exulte », sous l’effet de la danse ou du plaisir.

Le vecteur de cette existence bâtie à la fois sur l’ivresse et le vide ? On pourrait longtemps penser que Léo recherche un lien, une tendresse, une protection, comme il l’avoue dans cette très belle scène où se livre son aspiration à une nuit passée simplement dans les bras d’un homme. On le voit poursuivre le viril Ahd (Eric Bernard) de sa demande de lien, informelle mais insistante ; enlacer fugacement, comme un enfant, la doctoresse (Marie Seux) qui s’est montrée soucieuse de son sort et inquiète des traitements qu’il infligeait à son corps… Mais lorsque survient enfin cette protection, au terme d’un parcours qui tient de l’enfoncement dans les Enfers, se révèlera-t-elle supportable ?

Camille Vidal-Naquet signe ici un premier long-métrage impressionnant de maîtrise, qui pose souverainement, radicalement, la question de la norme et de la quête fondamentale des êtres.

Anne Schneider.

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