Après Séance : Woman at War

Woman at War est une comédie islandaise écrite et réalisée par Benedikt Erlingsson.

Le projet – du film comme de l’héroïne – semble sympathique : une femme plutôt solitaire, Halla (Halldóra Geirhardsdóttir), dynamique chef de chorale approchant la cinquantaine, s’emploie à défendre les hautes terres sauvages de son pays, l’Islande, et à les protéger contre les ravages causés par l’exploitation de l’aluminium. Sa méthode ? Grâce à sa maîtrise du tir à l’arc, provoquer des courts-circuits sur les lignes à haute tension, suspendant ainsi l’activité des usines d’aluminium.

Le réalisateur islandais Benedikt Erlingsson, très connu dans son pays pour ses succès théâtraux, signe ici une sorte de nouveau western écologiste, qui projette sur le devant de la scène une héroïne campée comme un cow-boy solitaire ; mais un cow-boy qui userait de l’arme des Indiens, l’arc… Fusion subversive qui constitue déjà, à elle seule, tout un programme.

Sur le plan scénaristique, on peut regretter le caractère limité de l’action proposée : saboter des installations électriques… qui ne manqueront pas d’être réparées, même si cette étape est ici passée sous silence. L’ampleur prise par la réaction des autorités (implication des USA et d’Israël dans la surveillance des installations et la recherche de la fautive) s’éloigne quelque peu de la vraisemblance, même si le réalisateur et co-scénariste a pris soin d’intégrer dans ce deuxième long-métrage quelques ingrédients du conte. Par ailleurs, malgré son charisme évident, l’actrice principale – tout droit venue du théâtre et au spectre de jeu incroyablement étendu, allant du drame à la pitrerie – oscille ici entre deux masques quelque peu stéréotypés : le sourire radieux et conquérant du maître de chant sûr de ses troupes, d’un côté, et de l’autre l’air renfrogné, buté, de la guerrière, façon Frances McDormond ; comme pour « 3 Billboards, les panneaux de la vengeance » (2018), de Martin McDonagh, on peut alors regretter que la femme de l’avenir proposée par le cinéma ne fasse que retomber dans le pire du masculin, le modèle le plus caricatural du guerrier aussi renfrogné qu’efficace, modèle dont l’homme lui-même a déjà tant de peine à s’affranchir…

On regrette d’autant plus de devoir formuler ces réserves que le directeur de la photographie et co-producteur Bergsteinn Björgulfsson possède incontestablement un sens inouï du paysage et excelle à embrasser dans un cadre délimité l’immensité d’étendues ouvertes. Le film sait ainsi réserver à la vaste nature sauvage une place de choix, lisible également dans certains plans rapprochés, tels ceux, répétés, où l’héroïne entre en contact étroit avec le sol, soit le nez piqué dans la mousse, soit encore abritée par un repli de terrain ou dissimulée par des plaques de tourbe.

Astucieuse idée, également, que l’insertion de la musique de Davíd Thór Jónsson, rendue physiquement présente à travers trois musiciens jouant une fanfare qui n’est pas sans rappeler celles de Kusturiča. À la façon d’un personnage mi-angélique, mi-fantomatique, qui hante les films de Kieslowski et croise régulièrement certains de ses héros, cette fanfare, qui donne dans le même temps sa musique au film, accompagne et scande les actions héroïques de l’activiste solitaire. Lorsque celle-ci se tourne vers son combat de femme, celui qui la conduira à devenir la mère d’une petite fille ukrainienne, c’est un chœur de trois matriochkas a cappella qui se trouve placé sur son chemin.

On reste donc partagé, écartelé entre certains aspects créatifs, de splendides images, une BO séduisante, et un manque de cohérence, que ce soit dans la pensée théorique ou dans la construction du personnage principal.

Anne Schneider.

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