Après Séance : Les Indestructibles 2

Les Indestructibles 2 est un film d’animation écrit et réalisé par Brad Bird.

14 ans après leurs premiers exploits super-héroïques sur grand écran, monsieur Indestructible et sa petite famille remettent le couvert pour de nouvelles aventures. Entre ce laps de temps quelque peu conséquent, Les indestructibles se sera forgé une place de choix dans les cultures pop et geek, certains allant même jusqu’à le désigner comme « le meilleur film de super-héros de tous les temps », rien de moins. Auréolé d’un vaste succès critique et public, récompensé en 2005 par l’Oscar du meilleur film d’animation, c’est dire à quel point ce film de Brad Bird (qui réalise également cette suite) jouit d’une très bonne réputation.

Ceci dit, bien que nous nous réjouissions à l’idée de retrouver la famille Parr, l’inquiétude était tout de même de mise. En effet, hormis « Toy Stoy 2 et 3« , aucune suite Pixar n’est véritablement réussie. Du catastrophique « Cars 2« , en passant par l’inutile et paresseux « Le monde de Dory » et, dans une moindre mesure, le passable « Cars 3« , les suites n’ont jamais vraiment été le fort du célèbre studio à la petite lampe.

Et pourtant… Miracle ! Les indestructibles 2, en plus d’être une bonne suite faisant honneur à son aîné, est avant tout une véritable réussite, tant en terme de qualités artistiques et esthétiques (le visuel et l’animation des personnages est toujours aussi beau) que de rythme et d’efficacité scénaristique. A croire que Pixar, encouragé par l’aura du 1er opus (apparemment, le seul de leur film d’animation pour lequel les spectateurs réclamaient une suite !) a décidé, et on ne peut que les remercier, de mettre les petits plats dans les grands.

Là où, à la lecture du synopsis, on pouvait s’attendre, à l’instar du « Monde de Dory« , à une redite inversée de l’intrigue du 1er film en moins bien (Elastigirl/Hélène Parr part en mission super-héroïque tandis que son mari, Mr Indestructible/Bob Parr reste à la maison pour veiller sur leurs 3 enfants, Violette, Flèche et Jack-Jack), il n’en est rien dans la mesure où le réalisateur Brad Bird (également scénariste) a eu l’intelligence d’élargir et d’exploiter à fond les arcs narratifs de chacun des membres de la famille, là où le scénario du 1er se focalisait presque exclusivement sur la mission de Mr Indestructible et sur son besoin vital et moral de redevenir un super-héros.

En choisissant, pour ce second opus, d’opter pour un montage alterné assez espacé (on suit tout autant les péripéties d’Elastigirl que celles de Mr Indestructible et ses 3 enfants), Bird en profite pour développer des sous-intrigues que le 1er avait légèrement entrouvertes, telles que les premiers émois sentimentaux de Violette en pleine crise d’adolescence et SURTOUT la naissance des (nombreux) super-pouvoirs de Jack-Jack, le bébé de la famille. Il est d’ailleurs important de souligner que cet arc narratif donne lieu à des scènes vraiment très drôles, mettant nos zygomatiques à toute épreuves, en plus d’être visuellement et narrativement très inventives.

Dès lors, le fait d’avoir choisit de s’attarder d’avantage sur les péripéties individuelles des cinq membres de la famille Parr (quoique Flèche soit un peu plus mis en retrait) permet à cette suite d’échapper à l’effet de redite qu’on aurait pu craindre et va même jusqu’à lui conférer un rythme et une efficacité narrative hyper trépidante, à tel point que l’on ne s’ennuie pour ainsi dire jamais.

L’autre point fort du film réside dans le fait que, malgré les 14 années d’écart entre les deux films, Brad Bird, plutôt que d’opter pour une fibre nostalgique qui n’en finit plus de redéfinir les contours des vieilles sagas remises au goût du jour (Star Wars, Jurassic Park, Mad Max, Terminator, Rocky), préfère jouer la carte de la « suite directe », sans tenir compte de l’aura acquise par ses personnages entretemps. Le fait que ce deuxième volet s’ouvre quasiment une seconde (eh oui, vous avez bien lu) après la fin du 1er, lui permet non seulement de rester fidèle au style « fun/rétro/vintage » de son grand frère mais, mieux encore, de nous plonger directement dans cette nouvelle intrigue, un point narratif (le fait de commencer un film par une intrigue principale qui finit par déboucher sur une autre, entièrement neuve n’ayant plus grand chose avoir avec la précédente) qui n’est pas sans rappeler certains Hitchcock, dont « Les oiseaux » et « Psycho« , mais aussi… « Les Simpsons« , dont Bad Bird fut par ailleurs le scénariste et réalisateur de quelques épisodes !

De même, cette façon de faire permet également, outre l’humour, le fun et le grand spectacle, d’aborder aussi des thèmes très contemporains tels que la renaissance du « Girl Power », notre rapport à la société de consommation, l’impact des nouvelles technologies sur notre façon de vivre ou encore notre attirance de plus en plus prononcée pour la culture pop-geek (jeux-vidéos, films de super-héros, informatiques, jeux de rôles) dont « Les indestructibles 2 », sur ce dernier point, peut se voir comme une sorte de miroir inversé, surtout quand on sait que Pixar est désormais lié à Disney qui détient désormais quelques-unes des plus célèbres licences cinématographiques au monde.

Toutefois, si ce deuxième volet se permet de se montrer plus réflexif et un rien plus critique que son prédécesseur sur son propre statut de « film de divertissement », il n’en oublie pas moins de rester avant tout une grande aventure, bien racontée avec tout ce qu’il faut pour faire passer un bon moment.

Sinon, quelques reproches à faire ? Oui. Univers de super-héros oblige, le cahier des charges propre à ce genre de production reste globalement inchangé (ville en danger, super-vilain à affronter, combats spectaculaires) et offre assez peu de surprise et ce, bien que le rythme et l’intrigue décuplé en diverses sous-intrigues chacune très utiles à la narration permettent d’échapper au sentiment de « déjà-vu ».

L’autre principal point faible est le traitement du nouveau méchant (l’Hypnotiseur) dont les motivations (que nous tairons ici) sont finalement assez banales et que le manque d’épaisseur psychologique affadit quelque peu. Si on le compare à Syndrôme, celui du 1er volet, l’Hypnotiseur fait un peu pâle figure. Méchant pourtant relativement classique (croisement parfait entre un ennemi mégalomane de James Bond et un sadique revanchard), Syndrôme, de par ses répliques bien senties qu’il utilise avant tout pour mettre mal à l’aise ses ennemis (« I’m your biggest fan! ») et son sadisme galopant (tuer des innocents, voler un bébé), était parvenu à s’imposer comme une véritable menace, à prendre au sérieux.

Cela étant, en dépit de ces quelques défauts, Les indestructibles 2 s’impose comme une franche réussite, une suite tout aussi jubilatoire que son prédécesseur, parsemé de séquences hilarantes et très spectaculaires (on notera sur ce plan-là que Brad Bird, également réalisateur de l’excellent « Mission Impossible-Ghost Protocol« , regorge d’inventivité technique et narratives dans ce domaine), mais surtout un film d’animation qui allie avec intelligence et finesse divertissement pur , inventivité technique et narrative et réflexions cohérentes sur l’impact de la culture de masse d’aujourd’hui et sur l’évolution des mœurs féministes.

François B.

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