Critique : Mission Impossible (1996)

Mission : Impossible est un film d’espionnage américain réalisé par Brian De Palma.

En 1996, à une époque où le cinéma d’action brillait encore de mille feux de par les prouesses physiques de Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger et Bruce Willis occupés à débarrasser l’Amérique de méchants bien typés (au choix, des Ruskovs sadiques ou nazis revanchards) et dans laquelle James Bond venait tout juste de renaître de ses cendres avec GoldenEye, Tom Cruise, en tant qu’acteur mais aussi producteur, sort son propre « action movie » : Mission : Impossible, soit l’adaptation cinématographique d’une célèbre série télé à succès de 1966.

En bon producteur ambitieux qu’il est, Cruise décide ne pas confier son joujou à n’importe qui. Après avoir envisagé dans un premier temps Sydney Pollack comme réalisateur (avec lequel il avait travaillé sur La Firme, autre grand thriller d’espionnage des années 90), son choix se porte finalement sur Brian De Palma, le « maître du thriller psychologique et paranoïaque », le « digne héritier d’Alfred Hitchcock », auteur de nombreux films considérés aujourd’hui comme de grands classiques du cinéma parmi lesquels Dressed to Kill, Carrie, Blow Out ou encore L’impasse.

Venant de connaître quelques échecs commerciaux (« Outrages« , « Le bûcher des vanités« , « L’esprit de Caïn« ), De Palma, histoire de se remettre en selle et de s’assurer encore un certain avenir au sein du cinéma hollywoodien, accepte ce qu’il considère lui-même comme étant un pur film de commande, une œuvre de producteur en somme (celle de Tom Cruise) qu’il accepte de mettre en scène car séduit notamment par les thématiques de la paranoïa et des limites de l’espionnage, soit deux notions majeures de sa filmographie.

La première chose qui frappe en revoyant ce tout premier opus de la saga « Mission : Impossible« , et ce même un peu plus de 20 ans après sa sortie en salle, est de voir à quel point De Palma a réussit à en faire un film très personnel et finalement assez proche de son propre cinéma.

Certes, on a affaire ici à un pur Blockbuster avec casting de stars de nationalités diverses (outre Tom Cruise, sont aussi présents Jon Voigt, Ving Rhames, les français Emmanuelle Béart et Jean Reno et les anglaises Vanessa Redgrave et Kristin Scott-Thomas) et morceaux de bravoure à la clé, mais avec en plus, une âme et une vraie patte artistique.

Ainsi, afin de d’avantage se focaliser sur l’histoire à raconter et la psychologie des personnages, De Palma fait le bon choix en limitant au maximum les séquences d’action et en se focalisant avant tout sur l’humain. Sur ce point-là, Mission : Impossible serait donc en quelque sorte l’anti James Bond, en ce sens que son héros, Ethan Hunt (Tom Cruise) ne se bat quasiment jamais physiquement et, tel un homme ordinaire pris dans une sombre machination qui le dépasse (en cela, le contraste avec « La mort aux trousses » d’Hitchcock est plus qu’évident, ce que viendra appuyer de manière très flagrante la spectaculaire poursuite finale du TGV et de l’hélicoptère dans le tunnel), tentera avant tout de résoudre l’énigme avec sa propre tête, et non pas avec ses muscles; chose que les 4 autres opus de la saga ne respecteront pas d’ailleurs, Ethan Hunt y apparaissant d’avantage comme un Jason Bourne adepte de la castagne.

De fait, en humanisant ses personnages et en rendant leurs émotions crédibles, De Palma parvient à plonger le spectateur dans une intrigue d’espionnage relativement alambiqué (nettement plus proche des 3 jours du Condor que d’un James Bond) qu’il utilise à sa guise pour mieux mettre en avant ses propres obsessions d’auteur, en particulier (dans le cas de ce film-ci) le voyeurisme, l’image trompeuse et la paranoïa. De fait, il utilise quelques-uns des gadgets de la série télé d’origine (les masques trompeur, les écrans de caméra, les microphones) pour les retranscrire à l’écran. Ainsi, les caméras et les ordinateurs installés par les membres de l’équipe de Hunt afin de tout observer de même que ce dernier, sous les traits masqués de quelqu’un d’autre, sont respectivement filmés en « split-screen » (l’écran de cinéma divisé en deux) et en « caméra subjective » (la situation vue à travers les yeux d’un personnage), deux figures filmiques et psychologiques majeures du cinéma de Brian De Palma. Plutôt que de s’en servir comme de simples figures de style, le cinéaste les utilise avant tout pour brouiller les pistes narratives et ainsi faire douter le spectateur (ce qu’il voit correspond-il à la réalité où s’agit-il purement et simplement d’un leurre ?). A l’instar de son modèle et mentor Alfred Hitchcock, De Palma cherche avant tout à créer un véritable climat de paranoïa, parsemé ici et là de faux semblants en tous genres (des « morts » qui se révèlent bel et bien vivants, des personnages tous plus ambigus les uns que les autres, à l’exception notable d’Ethan Hunt) et de figures-clés du film noir dont la femme fatale, le héros en quête de vérité pourchassé de toute part et surtout la fausseté des apparences, dont l’image retransmise (figure fondamentale du cinéma de De Palma) est la parfaite métaphore.

Dès lors, en transformant un pur divertissement en film d’espionnage adulte et sérieux dépourvu de grosses séquences d’action et aux accents « néo-noir », le réalisateur nous livre une véritable réflexion angoissante sur les apparences et notre façon de les percevoir dans un monde en plein boom technologique (eh oui, c’était déjà un peu le cas en 1996) qui semble déjà brouiller les pistes en terme d’identité et de soi.

Toutefois, si Mission : Impossible est un vrai film d’espionnage intelligent et haletant, il n’en oublie pas moins un minimum (et nous disons bien un minimum) de nous donner à voir du grand spectacle. Et quelle joie de remarquer que, même sur ce plan-là, De Palma parvient à rester fidèle à ses thématiques et influences personnelles.

En plus d’être vraiment utiles à l’intrigue, les deux séquences les plus impressionnantes du film (Ethan Hunt suspendu à un câble en apesanteur dans une grande salle informatique blanche et blafarde qui n’est pas sans rappeler l’esthétique de certains intérieurs des vaisseaux de « 2001… » de Kubrick; la poursuite finale entre Ethan Hunt accroché au sommet d’un TGV face à un hélicoptère conduit par l’un de ses ennemis), de par leur mise en scène au couteau privilégiant le suspense et le vertige, parviennent à combiner intelligemment grand spectacle et ambiance paranoïaque (Hunt suspendu dans le vide dans un silence total ou accroché à un train pourchassé par un hélicoptère en folie sont autant de métaphores filmiques d’un individu « ordinaire » pris dans un engrenage de « fausseté du réel » qui le dépasse).

Au vu du fait que, longtemps après sa découverte, ce « Mission : Impossible premier du nom » constitue toujours un film de grande qualité, y a t-il des reproches à lui faire?

Eh bien oui, aussi minimes soient-ils. A commencer par le casting en lui-même. Si Tom Cruise, en tant que star du film, se révèle très crédible pour sa première apparition en tant qu’Ethan Hunt (dans le cas de ce 1er volet, » l’homme ordinaire pris dans des choses extraordinaires »), on ne peut pas en dire autant d’Emmanuelle Béart, dont le jeu et surtout l’intonation, sonnent souvent faux, dans un rôle a priori intéressant (Claire, l’épouse mystérieuse de Jim Phelps, le mentor de Hunt), tout comme Jean Reno qui, dans la peau de Krieger le mercenaire au caractère dur, est au final assez sous-exploité. On retiendra surtout les interprétations de Jon Voigt, ambigu à souhait dans le rôle de Jim Phelps ou encore Ving Rhames, sympathique et gentiment malicieux dans celui de Luther Strickel qui, au fil des épisodes, deviendra le bras droit d’Ethan Hunt.

De même, en dépit de la complexité et de la solidité de l’intrigue, certains rebondissements finaux (que l’on ne dévoilera pas) sont trop déconcertants et trop vite expédiés et expliqués pour être sincères.

Ceci étant, Mission : Impossible, en plus d’être ni plus ni moins que l’un des films les plus aboutis de Brian De Palma (tout en étant paradoxalement un simple film de commande), n’en reste pas moins un très bon thriller d’espionnage; vif, intelligent et prenant.

François B.

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