Critique : Mission Impossible 2 (2000)

Mission : Impossible 2 est un film d’action américain réalisé par John Woo.

Au vu du très joli accueil critique et publique du premier Mission : Impossible, Tom Cruise, en tant que producteur et interprète principal, ne pouvait pas se permettre de passer à côté d’une inévitable suite.

Et quoi de mieux que de surfer sur les ingrédients ayant contribué à la bonne réception du premier opus ? A savoir un scénario solide, un récit rondement mené, un acteur principal au top de sa forme mais SURTOUT un réalisateur de qualité. Brian De Palma ayant directement jeté l’éponge histoire de revenir à des films plus personnels, Cruise jette alors son dévolu sur le cinéaste chinois John Woo, dont il a admiré le travail sur des films comme « Volte/Face » et « A toute épreuve« .

Au vu de l’excellente réputation de Woo dans le domaine du film d’action pur et dur, nul doute que (sur papier, du moins), il constituait un candidat de choix dans la mise en scène d’un film Mission : Impossible.

Et pourtant (comme le chantait si bien Aznavour), il n’en sera rien. Non seulement, ce deuxième opus, attendu de pied ferme tant par la critique que par le public suite au triomphe du 1er, a été perçu au moment de sa sortie comme une « déception historique » et est encore considéré aujourd’hui par certains comme « le pire opus de la saga », mais en plus, et ça fait mal de l’admettre, Woo réussit l’exploit de se vautrer sous (presque) tous les points; ce qui est plutôt paradoxal quand on se dit que, encore une fois « sur papier » Woo était à la limite mieux placé que De Palma en terme de mise en scène de film d’action.

La première chose qui saute aux yeux, à la (re)découverte de ce deuxième volet des aventures d’Ethan Hunt, est de voir à quel point John Woo prend un malin plaisir à dégommer (dans tous les sens du terme) tout ce que son collègue avait mis en place sur le film précédent.

Ainsi, au climat paranoïaque propres aux grands films d’espionnage des 70’s (Les 3 jours du condor, Les hommes du président) dont s’était inspiré De Palma, Woo lui substitue celui, plus « cool et fun » d’un jeu vidéo en totale roue libre où tout pète de partout, où l’on passe d’un « niveau » à un autre sans trop savoir pourquoi, si ce n’est pour le simple plaisir de s’amuser. Si, en soi, l’idée de proposer quelque chose de complètement différent en privilégiant l’action totalement décomplexée en lieu et place de la psychologie des personnages et de l’histoire proprement dite n’est pas mauvaise et même plutôt bienvenue, encore faut-il savoir trouver un juste milieu. D’autant plus que les films d’action de Woo, bien que très pétaradants et volontairement « too much », n’ont jamais été dénués de moments intimistes et d’inventivité formelle, dont sa mise en scène chargée en symbolisme (la figure récurrente de la colombe en guise de témoin muet de la violence des hommes, les « gunfights » filmés tels des ballets de danse, les gros plans sur les regards qui se croisent, les couleurs qui s’opposent).

Alors, pourquoi est-ce que ça coince ? La faute à qui ? A Tom Cruise en producteur trop exigeant ou à John Woo qui ne sait pas trop quoi faire d’un scénario par ailleurs inconsistant qui tient en 3 lignes (Un virus mortel, la Chimère, est dérobé par Sean Ambrose, un ancien collègue de Hunt passé du « côté obscur », ce dernier, accompagné de son équipe et de l’ex d’Ambrose, se lance à sa poursuite). On le saura jamais vraiment, d’autant plus que la plupart des leitmotivs récurrents du réalisateur (évoqués ci-dessus) sont bien présents dans Mission : Impossible 2.

Le problème est qu’à force de vouloir repousser les limites en terme d’action, le film finit par (lentement mais sûrement) sombrer dans le grotesque involontaire et, pire encore, dans le ridicule : des motos filmées tels des voiture volantes, un Ethan Hunt qui résiste à pratiquement toutes les lois de la gravité et de la physique et qui ferait presque passer James Bond et Superman pour des types ordinaires, un combat final interminable se clôturant sur un combat de karaté limite risible (Tom Cruise allant jusqu’à imiter les petits cris à la Bruce Lee) entrecoupés de plans serrés inutiles sur les visages grimaçants des acteurs.

Dit comme ça, on pourrait se dire « c’est pareil dans un James Bond » où l’on se fout complètement de toute notion de vraisemblance.

Le souci ne vient pas vraiment de là (après tout, on est quand même dans un film d’action qui vise avant tout à divertir le spectateur) mais plutôt de l’écriture des personnages. Là où De Palma, via ses enjeux narratifs complexes, avait réussit à nous faire ressentir de l’empathie pour Ethan Hunt et les autres personnages, John Woo ne parvient jamais à nous faire éprouver de sincères émotions envers eux. Et ce, d’autant plus que, y compris dans les moments plus intimistes entre Ethan et Nyah (qui fait quasiment office de « Ethan Hunt-Girl »), le réalisateur abuse et sur-abuse de ralentis assez inutiles dans la mesure où, dans ces séquences, les personnages ne défient pas; au contraire, ils ne font que dialoguer et se comprendre. Et c’est d’autant plus regrettable que tous, sans exception font office de clichés sur pattes. D’homme ordinaire pris dans des « aventures extraordinaires » qui le dépassent physiquement et psychologiquement tel qu’il nous était présenté dans le 1er opus, Ethan Hunt apparaît ici comme un véritable « Action Man », qui résiste à tout et tout le monde sans la moindre difficulté. Escalader une montagne à mains nues ? Tirer sur des méchants sans même regarder ? Rattraper un flingue par la magie du ralenti ? Aucun problèmes pour notre héros tout beau tout fort. OK, sauf que Ethan Hunt (et c’est ce que démontrera avec subtilité le troisième opus réalisé par J.J Abrams) n’est ni James Bond ni « Action Man », mais au contraire un homme qui, tel un Jason Bourne ou un John McClane, ne se bat pas au nom de la patrie mais avant tout pour lui-même et parce que les circonstances l’exigent. Et c’est ça qui faisait justement toute la subtilité du personnage dans le film de De Palma.

Dès lors que le héros n’apparaît plus que comme un sur-homme capable de tout battre et tout défier, les figures qui l’entourent ne peuvent qu’en pâtir. A commencer par le méchant, Sean Ambrose, interprété de manière caricaturale par Dougray Scott, sans parler de Nyah déjà évoquée ci-dessus que la comédienne Thandie Newton arrive tout de même à rendre un minimum mystérieuse. Et on ne parlera même pas des 5 minutes de présence (au début et à la fin) d’Anthony Hopkins, sorte de clone éloignée du M de James Bond.

Au vu de tout ça, on pourra légitimement se demander si, ego ou pas ego, Tom Cruise n’aurait tout simplement pas voulu faire son 007 à lui, avec patron so british, gadgets à gogos, belles bagnoles, jolies filles, méchant mégalo et tout le tralala. Si vraiment c’est le cas, alors c’est d’autant plus regrettable.

En conclusion, en dépit de bonnes inventions évidentes, ce M:I 2 qui se voulait pourtant audacieux en prenant le parti pris de proposer une ambiance totalement différente de celle de son grand frère, finit par se prendre les pieds dans tapis. Trop de « too much », d’effets de facilités, de personnages sans reliefs, de nonchalance scénaristique. Reste néanmoins le thème musical de la série d’origine qui, même remixé par Limp Bizkit, reste très agréable à entendre, une B.O efficace signé Hans Zimmer et un bon rythme.

C’est malheureusement bien mince surtout quand on sait que, en dépit de son succès au box-office (546 millions $ de recettes mondiales), la saga restera en stand-by pendant près de six années le temps qu’un certain J.J Abrams accepte de reprendre les commandes.

François B.

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