Critique : Mission Impossible III (2006)

Mission : Impossible III est un film d’action américano-germano-chinois co-écrit et réalisé par J. J. Abrams.

Il aura fallut attendre près de six ans avant que la saga Mission : Impossible ne s’enrichisse d’un troisième opus, un laps de temps qui s’explique en grande partie par un deuxième volet assez décevant (malgré un beau succès commercial), par une valse de réalisateurs en vogue à l’époque (David Fincher, Kenneth Branagh, Joe Carnahan, Bryan Singer) ayant tous quitté le projet pour divergences artistiques avec son acteur/star/producteur Tom Cruise, ayant lui-même un planning très chargé entre deux Spielberg (Minority Report, La guerre des mondes), un Michael Mann (Collateral) et un autre blockbuster hollywoodien (Le dernier samouraï); excusez du peu.

Après moult tergiversations, le choix de Tom Cruise se porte finalement sur un illustre inconnu (en tout cas au cinéma, mais pas à la télévision), un certain… J.J Abrams, rien de moins que le futur réalisateur du reboot de Star Trek et de Star Wars : Le Réveil de la Force, premier opus (comme chacun le sait) de la troisième trilogie « made in Disney ». A l’époque (en 2005, donc), ce dernier est surtout connu des amateurs de séries télévisées ; Abrams étant rien moins que le créateur de quelques-unes des séries cultes des années 2000 telles que « Alias« , « Lost » ou encore « Fringe« .

Si le choix de l’acteur/producteur de confier la troisième mouture de son « bébé » à un créateur de séries qui n’a encore réalisé aucun films de fiction peut paraître trop risqué, il s’avère en réalité plus subtil qu’il n’y parait. En effet, J.J Abrams étant en partie connu pour son humanisation des personnages, et le film d’espionnage de l’époque ayant subit un lifting davantage porté sur la psychologie et le réalisme plutôt que sur le grand spectacle grâce à la saga « Jason Bourne » (changement que subira également quelques temps plus tard un certain James Bond, avec Daniel Craig dans le rôle-titre), il est donc logique que le choix du petit Tom se soit porté sur quelqu’un d’encore peu expérimenté et donc susceptible d’apporter quelque chose de neuf à sa saga.

D’emblée, la scène d’ouverture de ce troisième opus donne le ton. Dans un décor assez sec et minimaliste, se déroule un interrogatoire doublée d’une mise à mort plutôt musclée : un homme blond, rond et imperturbable tient en joue une jeune femme brune, la bouche baîllonée et ligotée à une chaise. Face à elle, un homme, la mine grave, lui-même attachée mais la bouche libre, tente de la raisonner tout en essayant de convaincre l’homme blond de ne pas tuer la jeune femme, en lui promettant de lui donner ce qu’il souhaite; à savoir la « patte de lapin ».

Sans trop en dévoiler d’avantage, cette scène d’ouverture, de par son aspect télévisé (de par le fait que le film s’ouvre tel un épisode de série, en nous exposant une situation dont nous savons encore très peu de chose et que, progressivement et au fur et à mesure de l’avancée du scénario et des rebondissements, nous allons finir par découvrir), peut se voir à la fois comme une forme d’hommage (la saga cinématographique « Mission : Impossible » n’étant jamais rien d’autre que l’adaptation d’une série éponyme des années 60), mais également comme la signature (ou « patte ») d’un réalisateur ayant fait ses premières armes dans ce domaine. De même, de par son refus des conventions (une séquence d’action se terminant par la victoire du gentil sur le méchant), cette séquence d’intro fait figure de contre-pied de celles des deux premiers films, qui démarraient tous deux par un morceau de bravoure.

D’emblée, le ton est donnée, Mission : Impossible III sera non seulement un film plus sombre et nerveux mais surtout d’avantage axé sur les personnages et leurs psychologies respectives. En cela, il est donc plus proche du 1er film réalisé par Brian De Palma que du second fait par John Woo. Rien qu’avec ça, Abrams réussit déjà son coup, en dynamitant les codes établis d’une franchise pour mieux les retravailler et les modifier.

Qui dit plus d’humanisme dit forcément plus d’intimisme. Alors que, jusqu’à présent, Ethan Hunt (Tom Cruise) nous a été présenté tour à tour comme un « homme ordinaire confronté à des circonstances extraordinaires » (le 1er opus) et comme un sur-homme capable de résister à tout et à tout le monde en gardant toujours son brushing impeccable (le 2ème), Abrams nous le dévoile ici sous un aspect plus romantique et même amoureux. Dans ce film-ci, Hunt est sur le point d’épouser la belle Julia (Michelle Monaghan), sa petite-amie depuis un bon moment, et tient tellement à elle qu’il envisage même d’abandonner son job d’agent secret. Avant d’opter pour la nouvelle mission (Hunt contraint de reprendre su service pour sauver l’une de ses ex-collègues tombés entre les mains de Davian, un trafiquant d’armes sadique et sans scrupules qui lui donnera bien du fil à retordre), Abrams préfère s’attarder, le temps d’une séquence de fête entre Ethan et sa future belle-famille, sur la nouvelle vie de ce dernier. Loin d’être inutile, cette scène nous rappelle à quel point Ethan Hunt est avant tout un être humain comme tout le monde (et pas seulement un « Action Man ») mais permet déjà de mieux cerner les motifs de la fameuse séquence d’introduction.

Et cette humanisation ne s’arrête pas là, que du contraire. Durant tout le reste du film, Hunt saigne, tombe, pleure, crie ; bref, subit tout ce qu’un citoyen lambda peut connaître de pire s’il se voit exposé à des situations mortellement dangereuses.

L’autre bonne idée d’Abrams, histoire de creuser le plus loin possible la psychologie de son héros, est de le confronter à Owen Davian, un ennemi totalement dénuée de la moindre émotion, dont le seul but semble être de faire mal à tous ceux qui se confrontent à lui. Etant donné que la mise en scène d’Abrams est plus porté sur le réalisme (en terme de motivations, positives et négatives, des personnages; et d’ambiance générale), le personnage de Davian peut se voir comme la métaphore des terroristes tels que ceux dévoilés par les médias dans les années 2000-2010, axés sur la destruction et non plus seulement sur l’argent; sorte de croisement parfait entre le Joker de « Batman » (version Nolan) et l’Agent Smith de « Matrix« , entre autres.

Ceci dit, Davian ne serait pas aussi terrifiant sans l’interprétation, particulièrement glaçante et effrayante, de Philip Seymour Hoffman qui crève tout simplement l’écran à chacune de ses apparitions. Assez peu bavard, le regard impassible et menaçant, le comédien insuffle au film une touche de noirceur bienvenue, faisant même oublier, le temps de brèves mais utiles apparitions, les méchants des deux opus précédents, joués respectivement par Jon Voight et Dougray Scott.

Enfin, cerise sur le gâteau, les seconds couteaux de l’intrigue (les membres de l’équipe de Hunt – Gormley, Meade et le fidèle Luther Stickell-, sa petite amie Julia) ne sont pas laissés sur le carreaux et jouent, chacun à leur manière, un rôle essentiel dans l’intrigue ; ce qui accentue encore un peu plus l’envie d’Abrams de se rapprocher de l’esprit d’équipe de la série de 1966.

Parmi les autres qualités du film, on peut citer l’envie de revenir à des scènes d’actions plus classiques, et moins portés sur la surenchère et le « too much », soit l’opposé total de Mission : Impossible 2. A l’instar de De Palma sur le premier film, Abrams tient à ce que les morceaux de bravoure soient utiles au récit et ne servent pas uniquement de « m’as-tu-vu » à sa star. Le scénario étant plus sombre et dramatique que ceux des deux autres, l’action est donc plus sèche et, osons le dire, plus violente (nature du méchant oblige). Ce qui frappe surtout, à travers ces scènes, c’est le sens du timing d’Abrams. En effet, elles ne sont jamais trop longues ni trop courtes, d’une durée suffisante pour bien cerner tout ce que nous sommes en train de voir à l’écran, le tout sans sur-découpage abusif et autres effets de montages épileptiques.

L’autre élément nouveau apporté par Abrams dans la saga est, comme il l’a fait par la suite sur ses « Star Trek » et « Star Wars« , de la diriger vers une nouvelle ère. Comme dit plus haut, le réalisateur souhaitait revenir à l’essence de la série d’origine en insistant sur l’esprit d’équipe, la fin du film met donc en place une approche qui sera également de mise pour les épisodes 4 et 5; à savoir le fait que les Missions : Impossibles ne porteront plus seulement sur Ethan Hunt mais aussi sur les autres membres de son équipe, manière de prouver que ce dernier n’est définitivement pas James Bond, qui fait tout lui-même. Plutôt que d’être vu comme une manière de « céder aux caprices d’ego de sa vedette », cette nouvelle manière de faire permet d’enrichir la saga d’une pointe d’épique et d’humanisme au pluriel.

En somme, en dépit de légers reproches (un rythme qui se perd parfois un peu, un scénario certes haletant mais pas non plus des plus originaux), ce Mission : Impossible III rehausse le niveau de la franchise en privilégiant les personnages au grand spectacle et en la dirigeant dans une nouvelle direction.

François B.

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