Critique : Mission Impossible – Protocole Fantôme (2011)

Mission Impossible – Protocole Fantôme est un film d’action américain réalisé par Brad Bird.

Malgré le beau rehaussement de la franchise opéré par Mission : Impossible III, il aura fallut attendre près de cinq ans pour que cette dernière débarque à nouveau sur grand écran. Les raisons de ce « stand-by » seraient dues en grande partie au succès financier assez relatif du 3ème volet (seulement 397 millions de $ de recettes mondiales, score honorable mais estimé insuffisant par la production en comparaison des sommes rapportées par les deux premiers films) ainsi qu’à l’ego de plus en plus sur-dimensionné de son acteur-star/producteur Tom Cruise, qui en ce début d’années 2010, fait plus parler de lui dans les magazines People que sur les écrans de cinéma, sans même parler du « divorce financier » entre lui et Paula Wagner, l’autre grande productrice de la saga « Mission : Impossible » pour le compte de la Paramount. Rajoutons à cela la volonté de la « Major » de remplacer l’acteur vedette jugé trop « vieux » et capricieux par le plus jeune et « plus à la mode » Jeremy Renner, et c’est dire à quel point la franchise était plus que mal barré.

Malgré tout cela, un compromis financier mit tout le monde d’accord (à savoir Tom Cruise désormais crédité comme seul « maître à bord » de la saga, bye bye Paula Wagner), Jeremy Renner acceptant même de rester dans le film en tant que second couteau d’importance.

Le feu vert ayant donc été donné pour un 4ème opus, restait plus désormais qu’à lui trouver un réalisateur. Et, grande nouvelle, Cruise ne mit pas longtemps à faire son choix : ce sera Brad Bird, le metteur en scène de… Les indestructibles, Ratatouille, Le géant de fer. Tout comme le choix de J.J Abrams (qui n’avait travaillé que sur des séries télé) pour mettre en scène le 3ème opus avait suscité l’étonnement, celui de Bird, qui n’a encore à l’époque réalisé que les films d’animations cités ci-dessus, suscite le même type de réactions.

Qu’à cela ne tienne, le film d’Abrams ayant laissé supposer le début d’une ère nouvelle, quoi de mieux qu’une dose complémentaire de surprise pour relancer une franchise qui, à l’époque, semble faire un peu la moue devant les succès fracassants des aventures de deux autres icônes du cinéma d’espionnage, Jason Bourne et James Bond nouvelle cuvée.

Bref, passons maintenant au film en lui-même. La première chose que l’on a envie de dire après la (re)vision de ce 4ème volet est que Tom Cruise ne s’est pas du tout trompé en laissant sa chance à un réalisateur ayant fait ses preuves dans le cinéma d’animation.

Tout comme dans Les indestructibles, les séquences d’action se voient saupoudré d’une certaine ironie, mais qui, ceci dit, ne viennent jamais parasiter les enjeux du récit. Celle-ci se remarque à travers l’utilisation des gadgets qui, soit mettent du temps à fonctionner, soit dysfonctionnent tout bonnement (en atteste cette scène durant laquelle Ethan Hunt, après avoir reçu les ordres de sa mission, est surpris de ne pas entendre le message s’auto-détruire directement) et dans l’action proprement dite, par ailleurs très agencée et très bien découpée. A cet égard, la scène d’introduction, sur fond de « Ain’t that a kick in the head » de Dean Martin, donne le ton en entremêlant de manière fine et efficace le sérieux (l’évasion de Hunt d’une prison russe de haute sécurité) et le fun décontracté (les vannes de son collègue Benji que Hunt peut entendre à travers son oreillette, les portes qui se referment à chaque fois aux mauvais moments). En gros, « Mission : Impossible – Protocole Fantôme » sera un film d’action sérieux et drôle (parfois même un peu cartoonesque) à la fois.

Si ce parti-pris quelque peu « casse gueule » (entremêler le sérieux et l’humour) tient finalement très bien la route, c’est grâce au fait que Brad Bird soit parvenu à bien doser le tout, sans jamais en faire trop . De fait, les moments d’humour (les répliques de Benji, véritable « sidekick » comique du film, les gadgets foireux) ne sont jamais lourdingues, ni trop appuyé ou référencé; tout le contraire d’un film d’un MCU, en somme. Au contraire, ils sont même plutôt bienvenus dans un récit finalement assez sombre (après avoir purgé une peine de prison pour avoir trucidé les assassins de son épouse Julia, Ethan Hunt reprend du service pour mettre la main sur un dénommé « Cobalt », désireux de déclencher une guerre nucléaire entre la Russie et les USA) mais qui, et c’est là aussi que réside la réussite du film, se permet néanmoins de reprendre (tout en les modernisant) les figures classiques du film d’espionnage : références à la guerre froide, grand méchant désireux de créer une apocalypse nucléaire, espion fatigué par la vie (Ethan Hunt), tueurs à gage masculins comme féminins.

Loin de n’être là que « pour faire joli », ces différents motifs confèrent à ce 4ème volet une ambiance parfaite entre modernité « high-tech » et esprit rétro-vintage (figures du cinéma d’espionnage, références à Dean Martin, etc), et en fait donc un film qui peut, et pourra encore très certainement, se regarder avec plaisir dans les prochaines années.

L’autre atout majeur réside dans la construction de ses morceaux de bravoure, le tour de force de cet opus demeurant sans conteste la fameuse séquence du « Burj Khalifa », l’un des plus hauts grattes-ciels du monde, situé en Inde. Afin de compromettre des terroristes, Hunt et son équipe mettent au point un stratagème dans lequel ce dernier se verra contraint d’escalader le « Burj Khalifa » à (presque) mains nues (la faute aux gadgets foireux). En voyant cette séquence, on songe à nouveau à l’esprit « cartoon » (Tex Avery, « Bip-bip et Coyote ») et au motif récurrent de la chute (dans le vite, au sol, etc) du fait qu’une certaine tension s’installe progressivement, d’autant plus que, dans le même temps, les autres membres de l’équipe doivent tout faire pour ne pas se faire démasquer. Cette scène d’action, à elle seule, confirme tout le talent de mise en scène de Brad Bird sur son premier film en « live-action ». Tout y est impeccablement construit : le montage, le découpage, les raccords, les bagarres; tout est d’une utilité et d’une précision quasi chirurgicale. Qu’est-ce qui fait la force de cette géniale séquence d’une bonne vingtaine de minute ? Sa puissance émotionnelle, tout simplement; le fait qu’elle confrontent les personnages à leurs penchants les plus sombres (la vengeance, la paranoïa, la peur) qui fait que le spectateur peut lui-même ressentir ce qu’ils sont en train de vivre à travers l’écran. Rien que ça suffit à en faire un grand moment de cinéma d’action, intelligemment mis en scène et émotionnellement très intense.

En plus de faire preuve de créativité et d’ingéniosité dans les séquences à grand spectacle, le réalisateur prolonge le changement inauguré à la toute fin du 3 par J.J Abrams; à savoir que désormais, Ethan Hunt ne sera plus au centre du récit, et que ses collègues y joueront eux aussi une importance capitale. De fait, comme pour mieux coller à l’esprit collectif de la série éponyme de 1966, ce 4ème épisode peut se voir comme un vrai « film de bande »,privilégiant l’entraide. Sur ce point-là, le film frôle l’excellence dans la mesure où non seulement aucun des personnages n’est laissé sur le carreau mais, encore mieux, ils sont tous très intéressants du fait qu’ils ont tous un passé très bien construit. Que ce soient l’analyste William Brandt (Jeremy Renner) au lourd vécu, l’agent Jane Carter (Paula Patton) et même Benji (Simon Pegg qui reprend ici le rôle qu’il interprétait déjà dans « Mission : Impossible 3 »), ils ont tous un passé intéressant qui les rend à la fois empathiques et attachants; mention spéciale à Jeremy Renner, au jeu sobre et très juste, qui peut se voir comme un véritable alter-ego de Hunt lui-même (il faut dire aussi qu’la base, il était prévu que Renner remplace pour de bon Cruise dans la franchise) et qui lui vole quasi la vedette dans chacune de leurs scènes communes, se permettant même un gentil clin d’oeil (la séquence de Brandt perché au-dessus d’une hélice d’aération) à la célèbre scène de Hunt suspendu en l’air dans la salle de contrôle de la C.I.A dans le 1er volet.

En combinant intelligemment grand spectacle, trouvailles visuelles empruntés au cinéma d’animation (les gadgets électroniques qui, soit mettent trop de temps à fonctionner, soit dysfonctionnent complètement) moments intimistes et personnages forts, Brad Bird signe un très grand film d’action, servit par des morceaux de bravoure superbement mis en scène, des acteurs charismatiques et très impliqués (Tom Cruise toujours au top, Jeremy Renner très convainquant dans le rôle du tourmenté et sensible William Brandt, Paula Patton énergique et sexy à souhait dans celui de l’agent Carter, Simon Pegg très drôle et jamais lourd dans la peau de Benji) et par un récit intelligemment construit, réussissant le parfait dosage entre modernité et esprit « rétro-vintage », humour et sérieux.

Des défauts à signaler, malgré tout ? Oui, mais très peu. Le principal reproche que l’on peut faire au film est l’utilisation de son méchant, Curt Hendricks alias « Cobalt » (Michael Nyqvist) , assez sous-exploité de par son très peu de temps de présence et de paroles à l’écran, et dont on a dès lors du mal à bien cerner le personnage. Autre petit défaut, les quelques secondes d’apparition de Ving Rhames, dans le rôle de Luther Stickell, fidèle complice d’Ethan Hunt depuis le premier volet, à la toute fin du film, faisant quasi office de caméo.

En définitive, en faisant fi de ces légers reproches, on peut dire que Mission : Impossible – Protocole Fantôme est peut-être jusqu’à présent, avec le 1er réalisé par Brian De Palma, le meilleur épisode de la saga, le plus inventif et aboutit.

François B.

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