Critique : La Belle (1969)

 La Belle est un film soviétique réalisé par Arūnas Žebriūnas.

C’est toute l’enfance qui tient dans les soixante-cinq minutes de ce film lituanien ; une enfance de petite fille, joueuse, joyeuse, tournoyante, traversée de soleil, sous le regard des garçons… La musique, espiègle, accompagne ce bonheur, cette insouciance, cette ivresse, pendant que la petite fille danse au milieu d’un cercle de camarades qui rythment ses pas de leurs mains frappées sur le sol et lui lancent leurs compliments, chacun s’employant à créer le plus élégant et le plus inattendu qui soit.

En 1969, alors âgé de trente-huit ans, Arūnas Zebriūnas (1931-2013), compatriote du grand Oscar Vladislas de L. Milosz, recueille avec une acuité inouïe le constant émerveillement qui peut ravir certaines enfances : l’arrivée d’un nouveau compagnon de jeux, la conquête qu’il va falloir faire de son admiration, la découverte de nouveaux branchages qui, secs comme des balais, seraient toutefois capables de se couvrir de fleurs violettes, l’observation des adultes, et surtout de la mère au miroir, à qui l’on adressera, plus tard, en les enrichissant encore, les compliments entendus dans la ronde d’enfants…

Le ravissement n’est pas seul. Le grand soleil de l’enfance peut se trouver inopinément obscurci par la silhouette d’un grand chien noir, refusant de s’alimenter et fixant obstinément, sur le fleuve au bord duquel il se tient assis, l’endroit précis où son maître s’est noyé, il y a plusieurs semaines déjà… Approche du deuil, questionnement de l’attente, attente qui est aussi celle de la mère et conduit la petite Inga à interroger celle-ci sur le père qu’elle ne connaît pas… L’eau, l’eau miraculeuse qui permettra la régénérescence de l’aurone, est aussi celle qui peut ensevelir, qui peut absorber ce que l’on a de plus précieux…

Ambivalence des éléments, ambivalence des attitudes… Toute angoisse est transcendée par la fulgurante beauté du monde. Chaque plan est tantôt construit, structuré comme un cliché de Cartier-Bresson, tantôt émouvant et accueillant la lumière comme une photo d’André Kertész.

On se désole seulement de ne pas pouvoir suivre, à travers une filmographie nourrie, la croissance de la perle du film, la lumineuse Inga Mickyte, qui semble ne plus avoir tourné ailleurs que sur cette pellicule enchanteresse… Raison de plus pour courir voir et revoir cette « Belle », restée en suspend dans l’histoire du cinéma.

Anne Schneider.

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