Critique : Hostages (2017)

Hostages est un film russo-géorgien réalisé par Rezo Gigineishvili.

Pour son quatrième long-métrage de cinéma, mais le premier qui soit sorti en France, le jeune réalisateur géorgien Rezo Gigineishvili se tourne vers un fait divers qui ensanglanta son pays le 18 novembre 1983 : la tentative avortée de détournement d’un avion vers la Turquie conduite par un groupe de sept étudiants, qui avaient rêvé d’une vie plus libre…

Le scénario, co-écrit avec Lasha Bugadze, est construit en cinq étapes d’une longueur décroissante, à l’image de ces sept existences – huit, avec celle du pope qui fut accusé d’être leur inspirateur – finalement escamotées par l’Histoire : la préparation du coup d’éclat, le vol et la tentative de détournement, les négociations au sol, une fois l’avion revenu sur l’aéroport de Tbilissi, le procès des jeunes gens, la recherche de leurs corps par les parents.

Le film s’organise avec une grande sobriété. La musique est rare, très discrète lorsqu’elle est présente, et les tons ternes et jaunâtres rendent plus que compréhensible le désir de fuite vers un ailleurs où le ciel serait plus bleu. Les pressions et intimidations subies par des parents terrorisés confèrent un caractère de nécessité à l’explosion qui visera à se libérer d’un tel carcan.

Si l’étape des préparatifs est un peu longue et par moments confuse, elle trouve son point d’aboutissement dans la séquence éprouvante de l’avion, où l’impréparation et la candeur des jeunes attaquants éclate de manière tragique, conduisant, en un effet d’entonnoir, à un pire qui semble désormais inéluctable.

Aucun des acteurs qui composent le groupe n’est connu en Occident, mais la sincérité et l’engagement de leur jeu pousse sans réserve à épouser la cause des personnages auxquels ils redonnent vie, puis à prendre part à leurs craintes et à leur désarroi. Rezo Gigineishvili réussit de manière incroyablement sensible et immédiate à traduire le scandaleux écart qui peut séparer un légitime élan de liberté et sa réalisation paisible et heureuse. Une forme de rappel, pas si mal venu dans notre Occident comblé…

Anne Schneider.

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