Après Séance : Climax

Climax est un huis clos horrifique français de Gaspar Noé.

C’est l’histoire d’une soirée dansante en 1996 durant laquelle de jeunes danseurs vont danser, communiquer et se séduire, ou pas. Soudain, tout les protagonistes vont se sentir mal et devenir agresseurs ou victimes dans un espace qui se transforme en chaos.

On connait Gaspar Noé pour son audace et son talent pour repousser les limites. Climax a été tourné en 15 jours et sans scénario. Sur le postulat quelque peu nihiliste selon lequel « Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif« , le réalisateur nous livre un film très personnel, original, radical et assez clivant.

[Cette est susceptible de vous spoiler]


Soirée dansante à Evry en 1996

La première partie du film montre des images de danse sur une bande originale assez « old school »(Cerrone, Aphex twin, Soft Cell….). Les images filmées en plongée sont spectaculaires. Elles transforment ces corps qui se contorsionnent habilement en figures géométriques improbables.

Gaspar Noé a notamment engagé pour le film le contorsionniste Strauss Serpent ainsi que l’acrobate Souheila Yacoub.

Dés que les personnages commencent à dialoguer, j’ai eu vraiment beaucoup de mal à suivre les discussions, dont les sujets tapaient souvent au dessous de la ceinture. C’est ainsi que deux mecs discutent des modalités techniques -et inconvénients- de la sodomie alors qu’Omar Plastronne sur la dimension « extra ordinaire » de son pénis, qu’un frère de 25 ans explique à sa sœur, Gazelle, âgée de 20 ans qu’elle ne doit pas « coucher, » qu’un homo toujours vierge garantit à son interlocuteur qu’il « couchera » ce soir même (…).

Même si la vie actuelle a beaucoup changé via Facebook et l’intrusion du numérique dans nos vies, je pense que ce genre de discussions « hautement métaphysiques » n’a finalement pas pris une ride.

Le cinéaste pose un climat qui respire la passion pour la danse, mais il y impose également les tares liées à l’humain. Celles-ci sont esquissées pour mieux exploser par la suite…

Une Sangria pas comme les autres

Et soudain, c’est le drame. La plupart des protagonistes se sentent mal, deviennent agressifs, s’auto-mutilent et s’agressent. Le film bascule dans le cinéma horrifique façon La nuit des morts vivants ou 28 jours plus tard…mais en beaucoup moins bien parce que coté réalisation, les scènes m’ont plutôt rappelé La horde . J’ai trouvé que cela devenait alors n’importe quoi. Les protagonistes deviennent hystériques, leurs comportements sont incohérents et dangereux.

Personnellement, le fait de se hurler dessus, de s’insulter et de se cogner n’est pas pour moi une performance d’acteur sauf à considérer que celui qui crie le plus fort a toujours raison. Cela ne constitue en rien une réponse à leur vacuité béante en tant qu’individus.

Les plans hystériques se succèdent: un protagoniste passe à tabac un de ses partenaires qui draguait sa sœur, l’homme au « python » « besogne » une danseuse qui n’attendait que ça, une grande danseuse multiplie les coups de pieds dans l’estomac d’une femme enceinte (…).

A partir de là, j’ai vraiment « décroché » devant un spectacle que je trouvais de plus en plus dur à regarder.

Au final, on retiendra que formellement le cinéma de Gaspar Noé est toujours aussi original: Messages écrits en ÉNORMES caractères d’imprimerie, plans obliques et inversés, réalisation en plongée.

C’est au fond que le bât blesse et pas qu’un peu. Je n’avais aucune empathie pour ces personnages caricaturaux et vides (peut être pas si caricaturaux que cela finalement….). Il y a une scène qui m’a quand même bien fait rire même si j’étais le seul dans la salle à en rire: l’ex danseuse qui a organisé la soirée et préparé la sangria est dans la plus grande confusion mentale. Elle enferme à clef son gamin dans le local à haute tension de la salle pour garantir sa sécurité. Elle perd les clefs….un peu plus tard, les plombs sautent.

Dans cette salle de danse d’Evry, l’un des slogans du film, « Vivre est effectivement une impossibilité collective » prend ici tout son sens…un défi aux partisans du vivre ensemble ? Pour info, Manuel Valls, ex maire d’Evry, ne joue pas dans le film.

En tout cas, Gaspar Noé reste fidèle à lui-même en tirant ce qu’il y a de plus dégueulasse chez l’humain pour nous le mettre en pleine face. Soit on aime ou on n’aime pas, mais le cinéma a besoin de cinéastes du calibre de Gaspar Noé.

A l’instar de Under the silver lake, Climax risque de diviser le public. Bouillon sensoriel consacré à la France de la diversité, le film de Gaspar Noé serait-il plus politique qu’il n’y parait ?

Dagrey.

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