Critique : Sicario : La Guerre des cartels (2018)

Sicario : La Guerre des cartels est un thriller italo-américain réalisé par Stefano Sollima.

Une attaque suicide tue 15 personnes dans un supermarché de Kansas City. L’enquête met en avant des liens entre les kamikazes et des passeurs de clandestins à la frontière américano-mexicaine, une région aux mains des trafiquants de drogues. En mission à Djibouti et en Somalie, Matt Graver est à nouveau envoyé dans cette région, pour une mission orchestrée dans l’ombre par la CIA. Matt fait à nouveau appel à Alejandro Gillick, le sicaire avec lequel il a lutté contre le cartel de Juárez. Sous les ordres non officiels du Secrétaire à la Défense, Matt doit créer une guerre entre les cartels pour que ces derniers s’autodétruisent. Matt propose de kidnapper Isabela, la fille du chef de cartel Carlos Reyes, lors d’une opération sous fausse bannière.


En 2015, Denis Villeneuve nous avait mis une jolie baffe avec Sicario. L’idée d’un deuxième volet était clairement risqué, notamment par le fait que le réalisateur change et qu’il se soit tourné suite au succès commercial et critique du premier film. Mais la production et le scénariste Taylor Sheridan ne veulent pas uniquement surfer sur le fric, il s’agit avant-tout d’offrir une suite digne de ce nom. C’est pourquoi, Stefano Sollima (Gomorra, Romanzo Criminale) a été engagé derrière la caméra. Autre gros point positif, Josh Brolin et Benicio Del Toro sont de retour.

Voyons à présent si Stefano Sollima a relevé le défi de nous pondre une belle suite, et non pas une pâle copie du travail de Denis Villeneuve.


D’entrée, les notes de la violoncelliste Hildur Guðnadóttir dresse immédiatement le décor, et c’est comme si on ne l’avait jamais quitté. Le réalisateur apparait conscient de l’enjeu de ce film. Il reprend efficacement le chemin tracé par Denis Villeneuve et Taylor Sheridan. Ce dernier conserve la finesse de sa plume, comme en témoigne les premières péripéties. Matt Graver (Josh Brolin) est plus que jamais au front, et le scénariste apporte une véritable évolution. Il ressemble de plus en plus à Alejandro, qui est désabusé par ce monde obscure.

Après vingt minutes de film, on a encore plus confiance en Stefano Sollima. Sa mise en scène respecte le travail de son prédécesseur, tout comme la musique et la photographie de Dariusz Wolski (Le Mexicain, Cartel).

Sicario : La guerre des cartels doit également sa réussite grâce à son casting. Josh Brolin est toujours aussi bon dans le rôle de Matt, on sent un vrai investissement dans ce personnage. Comme il a déjà été souligné ci-dessus, Taylor Sheridan lui a agencé de nouveaux traits de caractères. Il y a eu de l’eau (et du sang) qui a coulé sous les ponts depuis Juàrez.

Ensuite, on a Benicio Del Toro qui est toujours aussi impeccable en mercenaire orphelin de sa famille. Il dégage une implacable efficacité dans son travail avec une mélancolie constante et dévorante. Là encore, le scénariste continue à explorer ce personnage avec intelligence en lui donnant encore plus le statut d’ange de la mort.

La révélation inattendue du film, se nomme Isabela Moner. Retenez bien son nom, car cette jeune actrice fera certainement des étincelles d’ici peu. Et pour finir, Catherine Keener n’apparait que quelques minutes et se montre assez convaincante en responsable des opé-noires.

Et au final ça donne quoi Sicario : La guerre des cartels ?

Bravo Stefano Sollima et Taylor Sheridan ! Ils ont tous les deux offert une grande et vraie suite au film de Denis Villeneuve. Sans faire du copier/coller, le réalisateur et le scénariste continuent d’observer l’évolution des cartels, de l’Amérique, de Matt et Alejandro. On assiste à la propagation du crime et des trafics, rendant le danger omniprésent pour Matt et son équipe. Cette fois-ci, ils n’ont plus les cartes en mains, ce n’est qu’une illusion dans laquelle ils vont se perdre.

A l’image de l’écriture, la mise en scène est au plus près des protagonistes. Stefano Sollima leur donne une aura plus humaine, que dans le premier opus. Les deux hommes apparaissent en bout de course, impuissants face à la pieuvre géante qui les étreinte. L’action est agencée de manière très subtile, laissant la place aux dialogues et aux enjeux de chacun. On s’approche plus du western à la Comancheria, que du thriller de guerre. Le rythme est intense de la première à la dernière minute.

Même si il est d’une redoutable efficacité, le scénario n’est pas exempt de défauts. Le dernier acte manque de cohérence, en particulier la situation d’Alejandro.  Le scénariste a opté pour pas mal de facilités pour mieux décrypter ses anti-héros dans leur étau. L’aspect politique n’est qu’une toile de fond classique, pour mieux servir au développement des personnages. On a l’impression que Taylor Sheridan n’en a pas fini, et qu’il aimerait peut être offrir un dernier chapitre à Matt et Alejandro…

La bande originale tient une place importante, elle agît comme une ombre qui envahi peu à peu le spectateur et les personnages. On avait déjà ressenti ça avec le très regretté Jóhann Jóhannsson. Comme c’était déjà le cas sur le premier film, le son est composé avec soin et cela favorise l’immersion au cœur de la noirceur des cartels.

En résumé, Sicario : La Guerre des cartels est une suite solide et passionnante. Benicio Del Toro et Josh Brolin sont grandioses ! On en veut encore, mais on a peur que la machine hollywoodienne serre un peu trop ses tentacules sur cette saga. Laissons le temps à Taylor Sheridan de composer un scénario avec plus d’originalité et d’audace, pour nous pondre un troisième film encore plus passionnant.

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