Après Séance : After my death

After my death est un drame sud-coréen réalisé par Kim Ui-Seok.

Animé par le louable désir de dénoncer le fléau du suicide qui sévit en Corée, touchant principalement ceux qui se vivent comme en marge d’une société ultra performante, et donc, par prédilection, les plus jeunes et les plus vieux, Kim Ui-Seok réalise ici son premier long-métrage.

Le regard porté sur son pays est assez inquiétant : personnages conduisant leur destin de manière hagarde, essentiellement préoccupés de leur parcours professionnel ; schéma transposé aux institutions, principalement soucieuses de leur réputation, au détriment de l’humain qu’elles sont supposées servir ; établissements d’enseignement non mixtes, certes tournés vers l’excellence, mais rongés par le harcèlement, les haines, les rivalités, les sévices physiques et moraux pouvant conduire aux gestes les plus désespérés… La non-mixité, surtout à l’âge où la libido et l’affect se développent et se cherchent un objet, favorise l’éclosion d’un désir homo-centré et de passions aussi peu paisibles et tout autant destructrices que lorsque ces mouvements se tournent vers l’autre sexe..

La peinture des jeunes filles entre elles est terrifiante : voleuses, menteuses, calomniatrices, manipulatrices, violentes, mauvaises, exclusivement soucieuses de leur apparence, de leur réputation… Ne surtout pas se voir salies, fût-ce par le suicide de l’une des leurs…

Kim Ui-Seok tenait là un bon sujet, d’autant que la forme du film bénéficie de la même perfection que celle dont se montre soucieuse sa petite troupe d’héroïnes. Mais le rythme est trop statique, cadrant mal avec ce déferlement de malaises et de folies. D’autant qu’un excès de mal finit sans doute par dissoudre la perception du mal et que cette succession d’élans morbides ou mortifères en vient à plonger le spectateur dans un état d’indifférence au sort des petits personnages qui tentent de vivre ou de mourir au centre de la toile.

On sauvera toutefois de cette lassitude une scène saisissante de funérailles, entre exorcisme, transe et happening, dans laquelle un chamane tente de donner voix au défunt et de lui faire délivrer un ultime message à ses proches. Mais la surenchère hystérique est telle, à l’entour, que même cette scène, en dépit de sa singularité et de sa force, laisse le spectateur dans un relatif état de scepticisme.

Au bout du compte, loin de la dénonciation d’un climat poussant au suicide, le spectateur a surtout eu sous les yeux, pendant presque deux heures, un film embaumé dans sa propre lenteur et dans une fascination de plus en plus pesante pour la mort et ses attraits.

Anne Schneider.

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