Critique : Vengeance à quatre mains (2017)

Vengeance à quatre mains est un thriller psychologique allemand écrit et réalisé par Oliver Kienle.

Deux jeunes sœurs, pianistes à quatre mains, sont témoins impuissantes du meurtre sauvage de leurs parents. Une vingtaine d’années plus tard, les deux orphelines, grandies, abritent toujours leur existence dans la maison du meurtre. L’aînée, la brune Jessica (Fiederike Becht), reste sous l’emprise du crime dont elle a tenté de préserver sa sœur cadette, la blonde Sophie (Frida-Lovida Hamann). Alors que Sophie, exploitant ses dons pianistiques, est résolument tournée vers un avenir qu’elle tente de construire, Jessica, seule véritable témoin visuelle du drame, ne parvient pas à se dégager des mailles du passé, et s’est enfermée dans un comportement phobique et terrifié. L’annonce de la libération du couple de criminels, une fois leur peine purgée, plonge la fragile jeune femme dans un état de crise, qui provoque sa mort accidentelle.

Dès lors, le scénario se centre sur l’unique survivante d’un drame originaire aux effets en cascade. Le visage tuméfié par l’accident dans lequel elle-même n’a été que blessée, alors que sa sœur y a perdu la vie, le personnage de Sophie évoque celui de Lene, incarnée par Eva Mattes, dans l’historique « Allemagne, mère blafarde » (1981), de Helma Sanders-Brahms. De même que la face de Lene, figée par une hémiplégie, symbolisait la partition paralysante de la mère-patrie, le visage de Sophie, à demi-obscurci par la meurtrissure des chairs, dit la perte de l’autre comme partie de soi-même. Annonce d’une dissociation qui ne sera plus seulement psychologique et liée au processus de deuil, mais propulsera le film dans une dimension fantastique qui lui fera perdre en finesse et en justesse. Alors pourra s’illustrer le titre, déroulant ainsi son programme de « vengeance à quatre mains »…

On regrette d’autant plus ce dévoiement du propos initial que le jeune réalisateur et scénariste Oliver Kienle, servi par l’image de Yoshi Heimrath, avait su créer une atmosphère à la fois crépusculaire et habitable qui aurait pu promettre une exploration intéressante du deuil et de ses folies. Et l’on retrouvait avec plaisir le visage délicat et dense de Friederike Becht, déjà appréciée dans « The Reader » (2008) de Stephen Daldry, « Vent d’ouest » (2011) de Robert Thalheim, « Hannah Arendt » (2013) de Margarethe Von Trotta, et « Le Labyrinthe du silence » (2015) de Giulio Ricciarelli…

Anne Schneider.

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