Critique : Mandy (2018)

Mandy est un thriller horrifique américain coécrit et réalisé par Panos Cosmatos.

Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d’amour. Quand leur refuge entouré de pinèdes est sauvagement détruit par les membres d’une secte dirigée par le sadique Jérémie Sand, Red est catapulté dans un voyage fantasmagorique marqué par la vengeance, le sang et le feu…

Présenté à Sundance, à Cannes ou encore à l’Étrange Festival, Mandy a obtenu un surprenant succès critique. Panos Cosmatos (fils du réalisateur de Rambo II et Cobra) semble avoir hissé son niveau de série B, afin d’offrir une vraie expérience au spectateur et un comeback à Nicolas Cage. Autre grand intérêt de ce long métrage, c’est la musique du regretté Jóhann Jóhannsson (Premier Contact, Sicario). Il s’agit d’un des derniers scores du compositeur islandais. Tant d’ingrédients improbables qui donnent envie de se plonger dans l’étrange Mandy.


Les premières minutes posent les bases d’un film « atmosphérique » de genre. Panos Cosmatos et son chef opérateur mise sur une ambiance psychédélique à l’ancienne. Le réalisateur pose le cadre de l’Amérique profonde et oubliée,où l’amour peut vivre de grandes heures, autant que la mort. La musique de Jóhann Jóhannsson se fait déjà remarquer, et elle se fond parfaitement avec les images, les couleurs et le rythme du film. Andrea Riseborough (Oblivion, Birdman) est quasi méconnaissable. De son côté, Nicolas Cage apparait comme une bête endormie par l’amour de sa femme.

Panos Cosmatos articule la première partie de son film, comme un compte à rebours. Il laisse planer des vapeurs oniriques autour de Red et Mandy, donnant une impression de temps suspendu. Tout semble parfait, sauf qu’une ombre s’approche du petit nid douillet du couple. Le réalisateur vaporise le mal avec subtilité. Évidemment, l’explosion est inévitable !

Un petit conseil, il faut s’accrocher dans cette première demi heure. Le long métrage et son propos prend alors son sens. Le contraste s’opère. Après, soit on aime ou pas…

Le casting ?

Nicolas Cage revient plus bestial que jamais. Est-il de retour ? La réponse est oui, en tout cas en ce qui concerne ce film. Son interprétation nuancée épouse le contraste fixé par le réalisateur. Toutefois, son personnage aurait mérité quelques indices sur son passé. Cela aurait pu apporter plus d’épaisseur et de cohérence. En tout cas, ça fait du bien de voir que Nicolas Cage est toujours vivant. Il en a toujours sous le capot, et on espère que de grands cinéastes s’en sont aperçus.

Sa partenaire, Andrea Riseborough livre une prestation troublante. Elle dégage à la fois de la plénitude et une peur profonde. Bien qu’elle n’apparait au total qu’un quart d’heure, l’actrice britannique se montre solide dans sa manière de souffler la stabilité et son contraire.

Ensuite, on retrouve un acteur qui se fait très rare, en la personne de Bill Duke (Predator, Commando). Ce dernier campe le seul ami de Red, un homme mystérieux vivant dans une caravane bien armée.

Linus Roache (Batman Begins), Olwen Fouéré (Jersey Affair) et Richard Blake (Kingsman) sont impeccables en hippies des bois complètement barges.

Et au final, ça donne quoi Mandy ?

Cet OFNI est avant-tout une expérience sensorielle, qui n’hésite pas à tirer sur la chaine jusqu’à ce qu’elle casse. Néanmoins, Panos Cosmatos a travaillé sérieusement sa forme et son propos. Cela rend Mandy particulièrement étrange et déstabilisant, une bête curieuse qui n’hésite pas à s’appuyer sur le son, les couleurs et quelques effets d’imagerie.

La mise en scène de Panos Cosmatos se scinde en deux parties. D’un côté, il opte pour des séquences hypnotiques et de l’autre, il nous plonge dans un cauchemar éveillé où la fureur et le sang ne font qu’un.  Une opposition qui fonctionne parfaitement, puisqu’elle caresse autant qu’elle frappe. Le cinéaste n’hésite pas à faire couler le sang et souffler sur les braises. Un spectacle qui rappelle le cinéma de genre des 80’s, le cinéma qui bercé l’enfance de Panos Cosmatos. Les couleurs, les lumières et les ombres baignent dans une harmonie macabre, ce qui en fait une toile de fond déroutante. Le son fait corps avec les images et la volonté de gifler son spectateur.

Au niveau de l’écriture, Panos Cosmatos et Aaron Stewart-Ahn ont posé le cadre classique du film de vengeance, pour ensuite lui donner un volume visuel et sonore. Les références à la pop-culture sont parsemées, et ne sont pas utilisées juste pour la galerie. Le traitement autour du mal pose à la réflexion, notamment dans la première partie. Le couple rayonne, mais semble caché des cicatrices. C’est peut être cet aspect là que les scénaristes auraient dû approfondir, que ce soir dans la première ou la dernière partie du film. Le script reflète un trip, celui de Red ? De Panos ? Des deux ?!

Les notes de Jóhann Jóhannsson viennent structurer le propos et donnent encore plus de profondeur aux images. Quelle tristesse d’avoir perdu un si grand compositeur, si jeune et tellement talentueux.

En résumé, Mandy est un cocktail de sentiments, d’images et de sons. Panos Cosmatos s’amuse avec le shaker de la première à la dernière minute. Il en ressort une expérience fiévreuse où l’on retrouve un grand Nicolas Cage..

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