Critique : Seul contre tous (1998)

Seul contre tous est un film dramatique de Gaspar Noé.

1980. Sorti de prison, et après avoir abandonné sa fille pour laquelle il a des sentiments troubles, un ex-boucher chevalin décide de « remettre les compteurs à zéro » et de redémarrer sa vie. Il est seul, dans une société hostile, avec la vengeance au cœur… Une tentative d’utiliser la patronne d’un bar qu’il fréquentait et qui cherche un homme échoue lamentablement car finalement elle aussi le méprise. Sans argent, sans amis, avec un revolver et trois cartouches, il imagine plusieurs solutions, descendre les gens qui l’ont humilié ou tuer sa fille et se suicider…

L’histoire de Seul contre tous est initié en 1991 avec le moyen métrage Carne, toujours signé de Gaspar Noé. Suite à cette expérience, le cinéaste propose à son acteur, Philippe Nahon de reprendre son rôle pour donner suite à cette histoire à travers un long métrage. L’acteur accepte, tout en étant conscient du manque moyen, mais aussi du talent de Gaspar Noé. Le tournage s’est étendu sur deux années et demi, pour sortir dans les salles en 1998.

Le long métrage a été présenté dans de nombreux festivals dont celui de Cannes, Namur, Sarajevo ou encore Stockholm. Seul contre tous a obtenu de nombreux prix, ce qui a donné un coup de projecteur au film et à son auteur.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

J’ai vu Seul contre tous une seule fois, et c’était il y a plus de treize ans. J’avais été assez secoué par le propos et la mise en scène de Gaspar Noé. Je tenais à le revoir aujourd’hui pour me faire un nouvel avis et démarré un cycle autour du cinéaste français le plus controversé de ses vingt dernières années.

Les premières minutes ?

Dés les premières secondes, Gaspar Noé impose sa patte, son cinéma. Sa mise en scène frappe, de par son montage brut et dynamique. L’importance est mise sur le son et l’image, dans le but de mettre le spectateur face à ses situations et des pensées inconfortables. La voix et le charisme de Philippe Nahon collent parfaitement à ce personnage désabusé par le monde qui l’entoure. Il est paumé et au chômage, sa vie lui parait complètement ratée. Il relate son passé et ses erreurs, dans le but de comprendre sa situation ou peut être de trouver des excuses sur ses actes et ses pensées.

Ce personnage dresse un portrait très sombre de la société et des relations humaines. Après vingt minutes, on constate que Gaspar Noé travaille la violence à travers les mots en intensifiant l’impact avec des images, des sons et un montage millimétré.

Le casting ?

Philippe Nahon livre une prestation impériale. Il s’agit clairement du meilleur rôle de sa carrière. Sa manière de s’exprimer, de déambuler dans la rue ou encore l’intensité de son regard regard, tout s’imbrique parfaitement pour composer ce personnage perdu dans la jungle de la vie.

Le reste de la distribution se montre convaincant, que ce soir le patron du bar, la compagne du boucher ou encore Cynthia.

Et au final, ça donne quoi Seul contre tous ?

Avec ce premier long métrage, Gaspar Noé nous dresse le portrait d’un homme en pleine descente aux enfers où le point de non-retour est très proche. Un passé douloureux et une rage guident l’ancien boucher vers des pensées et des actes obscures. Le cinéaste s’inspire clairement du cinéma de Martin Scorsese et de David Lynch, tout en y mettant sa propre vision du Septième Art. L’identité cinématographique de Gaspar Noé ne fait aucun doute.

Tout d’abord, sa scénographie a pour but d’être sensorielle, étrange et choquante. Du cadre, au montage, en passant par la photographie, rien n’est orchestré au hasard. C’est cohérent, audacieux et cela reflète surtout une grande maturité.

L’écriture de Noé est à la fois instinctive et prodigieuse. Tout d’abord, la structure narrative est d’une efficacité redoutable. Les dialogues sont crues et habilement constitués. Le personnage du boucher parait hors norme, alors qu’il y en a plusieurs comme lui dans la réalité. Gaspar Noé nous présente une fiction qui respire la réalité, et ça en est flippant. A travers cet anti-héros, il aborde des thématiques fortes comme l’inceste, le racisme, le chômage ou encore l’homophobie. Le tout dans un cocktail d’émotions, de frustrations, de songes et d’incapacité à établir des liens solides avec ses congénères. Cela rappelle évidemment Taxi Driver.

En résumé, Seul contre tous symbolise la naissance d’un cinéaste culotté et talentueux, qui n’hésite pas à bousculer les codes et ses spectateurs.

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