Après Séance : Le Jeu

Le Jeu est une comédie dramatique française de Fred Cavayé.

Remake du film espagnol « Perfectos Desconocidos » d’Alex de la Iglesia, lui-même nouvelle version du film italien « Perfetti Sconosciuti« , Le Jeu marque la deuxième incursion comique (deuxième « et demi » en comptant son segment du film à sketch « Les Infidèles« ) du réalisateur français Fred Cavayé, deux ans après « Radin ! » avec Dany Boon.

S’étant fait connaître de la critique et du grand public par des thrillers de plutôt bonne facture (« Pour Elle » avec Vincent Lindon, « A Bout Portant » avec Gilles Lellouche ou encore « Mea Culpa » avec les mêmes acteurs), Fred Cavayé opte cette fois-ci pour la comédie à Huis clos (c’est-à-dire se déroulant dans un seul et unique lieu et que l’on qualifie parfois, de manière un peu facile, de « théâtre filmé »), sous-genre dans lequel on retrouve des petits bijoux d’humour tels que « Le Dîner de Cons« , « Le Père Noël est une Ordure » ou encore « Le Prénom« .

Toutefois, si Le Jeu entretient avec ces derniers quelques points communs tels que les non-dits révélés au grand jour ou encore quelques quiproquos, il est pourtant loin, très loin même, d’atteindre leur niveau. Et pourtant, sur papier, le scénario avait de quoi faire rêver.

Le temps d’un dîner, 3 couples d’amis décident de jouer à un jeu, en apparence « sympathique » mais à haut risque et potentiellement dangereux : chacun doit poser son téléphone portable au milieu de la table et chaque SMS, appel téléphonique, mail, message Facebook, etc. devra être partagé avec les autres

Qu’on ne s’y trompe pas, il y a des éléments qui fonctionnent plutôt bien dans ce film, à commencer par une atmosphère qui, au fil des événements, devient de plus en plus tendue à la manière d’un thriller (ce qui prouve que, même en changeant radicalement de registre, Cavayé a su rester fidèle à son style de mise en scène).

En choisissant de filmer en gros plan les visages de ses personnages le plus souvent barré par les stores histoire de signifier au spectateur qu’ils sont coupables de quelque chose, de faire durer le suspense entre le moment où les smartphones des protagonistes se mettent à sonner et où ces derniers se décident soit à répondre où à consulter leurs SMS ou notifications « Facebook », le cinéaste parvient à faire voler en éclat l’étiquette de « théâtre filmé » en lui conférant une ambiance relativement oppressante; manière de dire qu’on est pas là uniquement pour rigoler mais aussi pour compatir, un minimum, au vaste bordel dans lequel ont choisit de s’engouffrer ces différentes personnes, pourtant victimes consentantes d’un « simple » jeu.

Là où le film se révèle également intéressant, c’est dans sa volonté de nous faire réfléchir sur les rapports de plus en plus assertifs que nous entretenons avec les nouvelles technologies, et en particulier le « smartphone », avec lequel nous pouvons quasiment TOUT faire, ou presque : téléphoner, consulter nos mails, surfer sur Internet, faire des achats, regarder des vidéos, écouter de la musique, etc. En optant pour un parti-pris plutôt osé (le risque de faire voler en éclat une amitié solide, une vie de couple ou une personnalité en se servant d’un outil technologique comme d’un jouet), le réalisateur arrive à nous tenir en haleine en nous faisant nous poser des questions telles que « Jusqu’où tout cela va s’arrêter ? » ou encore « Lequel ou laquelle va se sentir déstabilisé(e) le ou la premie(ère) ? »

Le principal souci, c’est que, bien qu’étant partit sur de bonnes intentions réflexives, le film (qui se présente avant tout comme étant une comédie, rappelons-le) se révèle en définitive plus déprimant que véritablement marrant. Alors oui, il y a des vannes qui passent bien et des comédiens au potentiel comique indéniable (mention spéciale à Stéphane De Groodt, à la fois drôle et attachant) mais malheureusement, tout cela passe à la trappe, à cause du jeu en lui-même justement qui est tout sauf drôle et même, comme dit plus haut, limite dangereux dans la mesure où il peut aller jusqu’à tout détruire : votre boulot, vie de couple, amitié, etc.

De même, dans ce film, on s’enguirlande beaucoup (parfois de manière très grossière), on pleure, on hurle, on se moque de tout et de tout le monde sans le moindre scrupule (les homosexuels, les médecins, les personnes âgées, les adolescents), de telle sorte qu’il en devient limite désagréable, le rire cynique se transformant malgré lui en profond sentiment de gêne ; le comble de l’ironie pour un film se voulant au départ dénonciateur d’un certain genre de situation critique actuelle.

Lu comme ça, on pourrait penser que c’est pareil dans « Le Dîner de Cons » où l’on poussait le rire très loin en ironisant sur beaucoup de choses. Oui peut-être, sauf que dans le film de Francis Veber, le fait de rigoler, même un peu méchamment, de certains personnages où statuts suivaient un vrai fil conducteur comique qui débouchaient sur de vraies situations tellement cocasses qu’elles ne pouvaient que nous faire mourir de rire (les « Just Leblanc » , « Marlène Sasseur » et autres « On a les droits ! » en sont de bons exemples). Or, ici, Le Jeu ne débouche sur aucun quiproquo burlesque, ni jeux de mots rigolos, ni malentendu vaudevillesque. A ces codes pourtant fondamentaux de la comédie en Huis clos, le réalisateur préfère leur substituer des moments assez sombres (menace de divorce, d’empoignade et de chantage) qui ne font que renforcer notre sentiment de pitié vis-à-vis de cette bande d' »amis ».

Au niveau des comédiens, là aussi, il y a à boire et à manger. Comme dit plus haut, outre la subtile interprétation de Stéphane De Groodt, on retiendra aussi celle de Bérénice Béjo qui vient apporter au film à la fois son charisme, sa beauté naturelle et son talent; allant même jusqu’à faire de son personnage de « mère psychologue ne parvenant pas à comprendre les soucis de sa fille adolescente » le plus intéressant du long-métrage. Dans le rôle du bon copain gentiment brute épaisse, Grégory Gadebois est lui aussi plutôt convainquant.

D’un autre côté, on trouve Suzanne Clément et Vincent Elbaz qui en font des tonnes dans des rôles certes assez caricaturaux. Dans celui de la quinqua frustré sexuellement, l’actrice multiplie jusqu’à l’overdose les grimaces d’hystérie et crises de larmes en veux-tu en voilà. Elbaz, quant à lui, sur-joue le cliché du gros beauf de service (ce qui nous change tout de même de Gilles Lellouche qui, à une certaine époque, collectionnait ce genre de rôles) au point de nous dégoûter pour de bon de son personnage, par ailleurs déjà peu intéressant.

En dépit de bonnes intentions louables, d’un « pitch » a priori délirant, d’une mise en scène plutôt bien travaillée et de quelques bons comédiens, « Le Jeu », de par le fait qu’il finisse lui-même par s’enfoncer dans le malaise qu’il entendait pourtant dénoncer, par son « twist final » (= rebondissement de dernière minute) en forme de « double fin » qui tombe comme un cheveu dans la soupe avec une trop grande facilité, finit par décevoir dans l’ensemble.

Si vous devez vraiment choisir entre Le Jeu et Le Grand Bain en terme de bonne comédie française du moment, choisissez ce dernier sans hésiter !

François B.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Je l ai vu et pour ma part c est un bon film deTV du dimanche soir…

    Aimé par 1 personne

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