Après Séance : Les Veuves

Les Veuves est un polar britannico-américain coécrit et réalisé par Steve McQueen.

Quatre braqueurs sont tués lors d’un braquage qui a mal tourné. Leurs veuves décident de finir leur travail pour payer les dettes de leurs défunts époux.


Après toute une série de films multi-récompensés (« Hunger« , « Shame« , « 12 Years A Slave« ) lui ayant valu une très forte reconnaissance critique, le réalisateur britannique Steve McQueen opère ici un changement particulier dans sa carrière. Adaptation d’une série britannique des années 80 du même nom, Les Veuves constitue ici son premier « film de genre », à savoir un thriller policier, sorte de mix entre film de « casse » et de « gangsters ».

A partir d’un « pitch » qui pourrait relever du « déjà vu » tant ce type de concept narratif a été exploité à foison, McQueen livre bien plus qu’un simple « thriller hollywoodien distrayant ». Au contraire, bien que fidèle à certaines conventions du genre (réunions pré-braquage à la « Ocean’s Eleven« , fusillades, menaces de mort), le réalisateur fait de son film une véritable réflexion d’ordre morale et sociale sur l’Amérique d’aujourd’hui, abordant toute une série de thèmes délicats comme la religion, les rapports ambigus entre la politique et la corruption financière, l’ethnicité ou encore le rôle de la femme dans la société américaine contemporaine.

Lu comme ça, on pourrait penser que ça fait beaucoup pour un seul film et pourtant, le réalisateur parvient à combiner intelligemment tout cela par le biais d’un scénario non seulement bien ficelé (et par ailleurs truffé de rebondissements qui n’aurait pas déplu à un certain Alfred Hitchcock) mais en plus relativement cohérent.

Si, sur certains points, le film se révèle un peu vaste au niveau de ses enjeux (en partie grâce à sa multitude de personnages, dont certains exerçant un rôle central dans l’intrigue et n’apparaissant qu’après une bonne heure de film), il n’en reste pas moins très intéressant à suivre. La bonne idée du réalisateur réside dans le fait que, quitte à agacer, il ait choisit de rester très premier degré dans un film qui, sur papier, a pourtant tout du bon divertissement classique hollywoodien.

Qu’on ne s’y trompe pas, Les Veuves, bien que son sujet y ressemble un peu, n’a rien à voir avec des films comme la trilogie « Ocean » de Steven Soderbergh et encore moins son récent reboot féminin « Ocean’s 8 » ; l’objectif de McQueen ne consiste pas seulement à divertir mais surtout à faire réfléchir. En effet, Les Veuves se veut très sombre et réussit à l’être. En terme d’ambiance, on est donc plus proche de films comme « Gone Girl » (dont l’écrivain(e) Gillian Flynn a participé à la co-écriture du scénario avec McQueen) et, dans une moindre mesure, de « Good Time » des frères Safdie.

Ainsi, la ville de Chicago y apparaît comme une mégalopole noyé dans un océan funeste de magouilles politico-financières et de meurtres, ne laissant que peu de choix à ses habitants pour s’en sortir socialement, quitte à franchir pour de bon les limites de la légalité. Au-delà du simple portrait de femmes, c’est surtout le regard d’individus blessés n’ayant d’autres choix que de se dépasser physiquement et psychologiquement pour accomplir leurs destins que le réalisateur donne à voir au spectateur, le tout sans patriotisme exacerbés ou effets larmoyants ; ce qui renforce d’avantage son aspect sociologique et naturaliste.

L’autre point fort du film réside dans son casting féminin, irréprochable. De Viola Davis, à la fois autoritaire et maternelle en chef de groupe en passant Michelle Rodriguez, et les étoiles montantes Cynthia Erivo et Elizabeth Debicki, les comédiennes ont une alchimie parfaite que les différences de tempéraments n’empêchent pas de faire fonctionner.

Du côté des hommes, on retrouve avec plaisir Colin Farell, très bon en politicard « fils à papa » dont le côté beau-parleur n’est pas sans rappeler certains hommes politiques d’aujourd’hui et le vétéran Robert Duvall parfait en vieux patriarche désagréable. Ceci dit, mention spéciale à Daniel Kaluuya, (découvert par le grand public dans la série « Black Mirror » et le film « Get Out » et revu par la suite dans « Black Panther« ), particulièrement glaçant en homme de main sadique et sans scrupules. Ajoutons à cela les apparitions marquantes de Liam Neeson et de Jon Bernthal qui achèvent de nous convaincre de l’excellence du casting.

En somme, Les Veuves constitue très clairement l’un des gros coups de cœur de l’année, pas une œuvre majeure certes (la faute à une intrigue qui se prend parfois un peu les pieds dans le tapis à tout vouloir sur-politiser et à une surabondance de personnages secondaires parfois inutiles) mais un film de très bonne facture, servit par une mise en scène classique mais très bien pensée (voir ce magnifique plan-séquence nous dévoilant une conversation secrète dans une voiture que nous ne voyons que de l’extérieur), un propos réflexif plutôt bien amené et des acteurs, pour la plupart, tous très bons.

François B.

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