Critique : Hellraiser (1987)

Hellraiser est un film d’horreur britannique écrit et réalisé par Clive Barker.

Frank Cotton, un homme en quête de plaisirs inconnus, fait l’acquisition d’une mystérieuse boîte. Il y découvre un enfer rempli de souffrance et de plaisir… Plus tard, son frère vient emménager dans la maison de Frank. Pendant le déménagement, une simple coupure et des gouttes de sang sur le plancher réussiront à ramener Frank à la vie. Sous la forme d’un cadavre, il va forcer sa belle-sœur à lui amener des victimes dans le but de se régénérer. Mais les diaboliques cénobites, maîtres des souffrances de l’enfer, vont très vite se rendre compte de la résurrection de Frank…


Sorti en 1987, auréolé du « Prix Spécial de la Peur » au Festival International du Film Fantastique d’Avoriaz, Hellraiser fait partie de ces petits (en apparence) films d’horreur au budget plus que modeste à avoir marqué son époque au fer rouge de par son grain de folie, son univers horrifique à la fois fascinant et dérangeant et son atmosphère glauque et poisseuse. L’impact du film a été tel que son personnage le plus marquant, Pinhead, l’homme au visage clouté, fait désormais partie des « boogeymen » les plus célèbres de la culture pop aux côté de Freddy Krueger, Michael Myers ou encore Jason Voorhees.

Près de 30 ans après sa sortie, et neuf (!) suites plus tard, que reste-t-il encore aujourd’hui du film original, OFNI (Objet Filmique Non Identifié) bien taré s’il en est ?

Globalement, et c’est un très bon point, il n’a rien perdu de son impact horrifique. Si certains effets ont certes un peu vieillit (notamment le montage sonore et les décors), Hellraiser demeure encore et toujours une référence du genre, gore et violent à souhait, en plus d’être psychologiquement malaisant.

Adaptant ici son propre roman, l’auteur-réalisateur Clive Barker fait preuve d’une créativité hors norme au niveau de ses créatures (les Cénobites) et de leur monde peuplé de corps laminés, de chaire abîmée, et de tortures physiques et psychologiques toutes plus tordues et insolites les unes que les autres. Le point fort de Barker est de parvenir à rendre tout cet univers crédible et sérieux, sans jamais verser dans l’excès ou le second degré visant à désamorcer toute forme de tension. Hellraiser est un film qui veut faire peur et qui le fait bien, sans vergogne, ne se privant d’aucune retenue. Fort d’un montage sonore relativement glaçant (les cris de souffrance et de jouissance des « victimes » enchaînées accompagnées des propos malsains de Pinhead et sa voix d’outre-tombe) et d’images fortes (« gros plans » et « très gros plans » sur les corps ensanglantés et les visages mi-humains -mi monstre des Cénobites), le film atteint un niveau de malaise assez intense. Là où certains utilisent l’ambiance pour suggérer la peur (John Carpenter pour « Halloween »), d’autres le gore pour la retranscrire (Abel Ferrara pour « The Driller Killer« ), Barker choisit d’utiliser les 2 en même temps, histoire de la pousser à son paroxysme, dans ses derniers retranchements. Et le résultat final n’en est que plus troublant.

Ceci dit, si Hellraiser parvient à combiner intelligemment ces deux notions d’horreur pure (le gore et la suggestion), il se distingue également par son propos, à la fois réflexif et assez osé.

Ayant mis la main sur une mystérieuse boîte-puzzle, Frank Cotton, un homme en quête de plaisirs extrêmes, va se retrouver embarqué dans un monde parallèle horrifique dirigée par les Cénobites, 3 créatures maléfiques, dans lequel la jouissance passe par la souffrance physique associée au sexe et au sado-masochisme. Revenu dans le monde réel à l’état de créature mi-monstre mi-humaine par le biais d’une goutte de sang, Frank va tenter de convaincre Julia, la femme de son frère avec laquelle il a connu une aventure, de l’aider à revenir à l’état d’homme normal tout en échappant aux Cénobites.

A travers cette histoire, Barker entend questionner les rapports ambigus entre la souffrance et la sexualité, et le plaisir et la passion que certaines personnes peuvent ressentir en combinant les deux. En donnant à voir, sous la forme de flash-back, des moments d’amour vécus entre Frank et Julia, le réalisateur cherche à savoir ce qui pousse cette femme en apparence si sage à tomber dans les bras d’un homme relativement macho, très porté sur la masochisme et la bestialité. En dévoilant par la suite le tempérament plus chaste de Larry, frère de Frank, on devine aisément que c’est pour combler sa frustration sexuelle refoulée.

Souffrance, plaisir, découvertes de nouvelles formes de sexualités; autant de thèmes que Clive Barker parvient à questionner intelligemment dans son film, encore une fois sans jamais le faire gratuitement. Sans atteindre le degré de questionnement existentiel d’un Cronenberg avec « Crash » ou d’un Verhoeven avec « Basic Instinct » sur un tel sujet (la souffrance combinée au plaisir sexuel), Clive Barker parvient, grâce à un scénario plutôt bien agencé et à un univers visuel très inspiré, à nous faire nous questionner nous-même sur notre rapport au plaisir, jusqu’où seraient-on prêt à aller pour atteindre le nirvana suprême de la jouissance et surtout, qu’est-ce que cela peut nous apporter sur le plan physique et psychologique ? A cet égard, le fameux personnage de Pinhead en est la parfaite illustration, soit un individu au départ ordinaire ayant tout sacrifié pour finalement ne faire plus qu’un avec le monde des souffrances et de la jouissance suprême.

En d’autres termes, s’il n’est pas non exempt de touts reproches (certains personnages trop peu développés par rapport à d’autres, des designs de monstres parfois un peu grotesques, une musique relativement assourdissante), Hellraiser n’en reste pas moins une œuvre majeure du genre, à la fois tordue et réflexive, malsaine et bien cradingue, combinant intelligemment toutes les facettes de l’horreur (le gore, la suggestion, l’angoisse) sans jamais verser dans le trop plein. Une petite pépite de cinéma de genre à (re)découvrir !

François B.

Publicités

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. princecranoir dit :

    Voilà un article qui rend un juste hommage à ce monument du cinéma fantastique. Bien sûr le monde décadent des Cenobites interpelle, mais il n’est que miroir inversé de celui de Larry et sa famille, son rapport ambigu à sa fille, la place de l’oncle et de la belle mère dans ce microcosme. Sur fond de fluides corporels et de plaisirs charnels déviants, sans oublier les quelques bondieuseries qui traînent dans la maison, Hellraiser montre effectivement autre chose qu’un simple spectacle forain, le tout porté par la musique magistrale de Christopher Young.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s