Critique : Les Griffes de la Nuit (1984)

Les Griffes de la Nuit (A Nightmare on Elm Street) est un film d’horreur américain de genre « slasher » réalisé par Wes Craven.

Victime de cauchemars effrayants et plus vrais que nature, l’adolescente Tina Gray se confie à ses amis. Loin de la rassurer, ils lui avouent que leurs nuits sont également tourmentées par un mystérieux et inquiétant croque-mitaine dont la main gantée est pourvue de lames de rasoir. Nancy et Glen, deux amis de Tina, décident de passer la nuit chez elle durant l’absence de la mère, afin de la rassurer. De nouveau endormie, Tina sombre dans un cauchemar dont elle ne se réveillera jamais. Sa meilleure amie Nancy, traumatisée par le meurtre sauvage de son amie, réalise que ses propres rêves sont liés à une vérité sue par sa mère, Marge. Dans sa quête de vérité, elle découvrira que ses rêves sont visités par la réincarnation de Fred Krueger, un tueur d’enfants dont ses parents se sont, autrefois, débarrassés par le feu.

Wes Craven a obtenu la consécration avec ce film. Son œuvre est devenu très vite une référence et un succès commercial, que le deuxième volet, La Revanche de Freddy (1985), fut produit et tourné en moins d’un an. Les griffes de la nuit a été sélectionné pour le festival d’Avoriaz de 1985, qui avait Robert De Niro entant que président du jury. Il reçoit deux prix mais s’incline face à Terminator qui remporte le Grand Prix. Pour l’anecdote, sachez que le titre français est l’œuvre de Claude Chabrol, qui était chargé, par la Fox, de trouver des titres français pour les films américains distribués en France.


Un deux, Freddy te coupera en deux,
trois quatre, remonte chez toi quatre à quatre,
cinq six, n’oublie pas ton crucifix,
sept huit, surtout ne dors pas la nuit,
neuf dix, il est caché sous ton lit…

D’entrée, le réalisateur instaure une atmosphère angoissante. Il mise principalement sur le son, avec la respiration de Freddy, la musique de Charles Bernstein et quelques bruits stridents comme les griffes contre le métal. Le décor est posé pour que l’on entre dans le premier cauchemar, celui de Tina. Wes Craven entretient aussi bien l’horreur, que le mystère et l’imaginaire. Il nous balance un personnage charismatique et terrifiant, et cela prend tout l’espace. A travers Freddy, le cinéaste nous étreint comme les protagonistes.

Le premier quart d’heure ne fait pas dans la dentelle et promet des moments encore plus flippants et sanguinolents. Wes Craven maitrise les codes du slasher et y apporte un peu plus de spectacle visuel, afin de faire bondir son public.

Robert Englund tient le rôle de sa vie, et il en est conscient. L’acteur américain prend un réel plaisir dans la peau de Freddy Krueger. Ses mimiques et sa voix sont glaçantes à souhait. Wes Craven a misé sur l’interprète parfait.

Heather Langenkamp livre une interprétation efficace, tout comme Johnny Depp qui joue dans son premier film. Dans le reste du casting, on note la présence de John Saxon (Opération Dragon) et Ronee Blakley (Driver).

Et au final, ça donne quoi les griffes de la nuit ?

Avec comme toile de fond l’adolescence américaine des années 1980, Wes Craven signe une œuvre originale et quelque peu insaisissable. Les griffes de la nuit donne un nouveau souffle au slasher, notamment par son utilisation de l’imaginaire et surtout Freddy Krueger.

Le réalisateur ne se fixe aucune limite. A l’image de son croque-mitaine, Wes Craven joue au marionnettiste. Il fait perdre tout repère aux protagonistes, et ainsi aux spectateurs. Sa mise en scène est articulée de prouesses visuelles et d’un montage dynamique. La direction artistique est faite de rouge, de flammes et d’acier. Un cocktail parfaitement distillé par le cinéaste et son chef opérateur. Certains effets spéciaux et quelques procédés de scénographie ont pris un peu la poussière, mais ça reste très spectaculaire dans l’ensemble. Le contraste entre l’imaginaire et la réalité rappelle parfois Poltergeist. Sauf qu’ici, Wes Craven a œuvré son script autour d’adolescents, vivant dans des familles recomposées où les parents sont quasi absents. Cela renforce un peu plus le sentiment d’insécurité.

Pour son scénario, Wes Craven s’est inspiré d’un fait divers où un jeune insomniaque qui s’était privé de dormir durant quelques jours, par peur de mourir. Le cinéaste a ensuite composé un cadre à contre-courant de ce que l’on voyait dans le genre. Même si il a misé principalement sur le fantastique, il dresse un portrait réaliste et satirique des familles américaines. Les adolescents baignent dans les fantasmes, le sexe et l’ivresse. Tout cela est saupoudré d’humour noir et de perversité, encore une fois à l’image de Freddy.

Le score de Charles Bernstein respire l’étrange, l’horreur et les années 1980. Ses compositions collent merveilleusement bien avec le travail de Wes Craven. Le thème principal reste inoubliable, c’est pourquoi il a été réutilisé tout au long de la saga.

En résumé, Les griffes de la nuit a conservé quasi toute sa saveur. Wes Craven signe l’un de ses meilleurs films et a créé un personnage inoubliable.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. princecranoir dit :

    Un grand Craven, un chef d’œuvre du genre, une œuvre au rouge, « de flammes et d’acier » comme tu l’as admirablement définie.
    C’est la voix de la mauvaise conscience de l’Amérique (Elm Street, Dallas, 22.11.63), c’est M le Maudit qui enfile un pull rayé (comme la bannière du pays) et prend sa revanche en prenant pour cible la jeune génération afin de punir la précédente. Plus qu’un film d’horreur, une vraie psychanalyse d’un pays tout entier.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s