Après Séance : La Mule

La Mule est un drame biographique américain réalisé par Clint Eastwood.

Âgé de près de 90 ans, Earl Stone, horticulteur en retraite, est à la rue. Fâché avec presque toute sa famille qu’il a longtemps négligé parce qu’il a privilégié sa carrière professionnelle, Earl en arrive à convoyer de la cocaine clandestinement pour un cartel mexicain ayant ses racines de l’autre coté de la frontière. Avec son profil rassurant lui permettant de passer sous les radars, il déjoue les ciblages de la DEA et transporte des quantités de plus en plus importantes de drogue.


Après le ratage du 15h17 pour Paris, la presse spécialisée nous a vendu avant sa sortie un film réaliste annoncé dans la veine de Gran Torino. Je suis un peu partagé sur la comparaison et le succès de l’entreprise.

Globalement, le film est un peu lent surtout dans sa première partie. La réalisation fait la part belle à de nombreuses séances de « remplissage » et à des dialogues pas toujours très utiles pour un film qui manque déjà un peu de rythme…pour Clint aussi, les années passent.

Le côté traque policière mettant en scène Bradley Cooper, Diego Luna et Laurence Fishburne dans le rôle d’agents de la DEA n’a pas beaucoup d’intérêt. Les hommes de main du Cartel dirigés par un patron paternaliste interprété par Andy Garcia n’en ont pas davantage.

Un homme atypique

La description psychologique d’Earl Stone constitue pour moi l’aspect le plus intéressant de » La mule ». Comme il aime souvent se livrer à cet exercice, Clint Eastwood nous décrit ici un personnage contradictoire, quelque part entre l’ombre et la lumière. Earl Stone est un homme pragmatique et « sans filtres » cherchant maladroitement le chemin de sa rédemption.

Pour cette raison, il ne voit pas d’objections à convoyer de la cocaïne pour l’un des cartels qui inondent les États-Unis de drogue…. »nécessité fait loi ». Quant l’occasion se présente, l’homme qui n’est pourtant plus très jeune se transforme en joyeux luron prêt à « pousser la chansonnette » et à « chatouiller la fesse » de sa prochaine, surtout lorsque celle ci est « tarifée ».

Pourtant, l’homme n’est pas mauvais. Vétéran de la guerre de Corée, passionné par son travail d’horticulteur durant toute sa vie, Earl Stone a conscience au crépuscule de sa vie d’avoir été un mauvais père et un piètre mari. Ses activités illégales lui permettant de gâter un peu sa petite fille qui est la seule à ne pas l’avoir rejetée, Earl Stone essaie un peu tard, de retrouver une place tant bien que mal dans cette famille. Plus globalement, le vieil homme pourtant désargenté dans une analyse de sa situation très répandue Outre Atlantique n’est jamais amer. Il ne s’en prend jamais à l’État qui, aux États-Unis plus qu’ailleurs, n’a rien d’un « État providence ».

Républicain jusqu’au bout des ongles, Earl Stone est en complet décalage avec son époque qu’il critique à longueur de temps à propos des téléphones portables et d’Internet.

Avec un style narratif qui lui est propre et ses dialogues parfois surprenants, on voit le personnage d’Earl « balancer » au fil du film des répliques saugrenues et gratuites comme : »Vous les jeunes, sans votre téléphone et Google, vous êtes perdus, c’est générationnel » ou, plus incisif,: « Je pourrais dire que j’ai changé la roue de la voiture d’une famille de nègres aujourd’hui… » devant une famille « de couleur » médusée dont le chef de famille ignorait où se trouvait la roue de secours.

Clint Eastwood a toujours aimé les personnages un peu « cabossés » aux contours « mal définis », aux antipodes des anges de miséricorde politiquement corrects véhiculés pas le cinéma Hollywoodien, Earl Stone ne fait pas exception à la règle.

Au final, La mule n’est pas un grand film de Clint Eastwood, la faute à des longueurs, quelques invraisemblances mais également des séances répétées un peu « téléphonées » d’auto flagellations du personnage principal notamment lors des derniers instants de son ex-épouse ou de conseils pseudo paternalistes tombant comme « un cheveu sur la soupe », dispensés au personnage interprété par Bradley Cooper.

Pour autant, le long métrage se laisse tout de même regarder et apprécions encore une fois de retrouver Clint Eastwood dans cette nouvelle réalisation à l’écran et derrière la caméra, lui qui interpréta tant de personnages de fiction mythiques du cinéma américain.

Dagrey.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. belette2911 dit :

    Je voulais le voir, donc, ta chronique ne change pas mon envie, mais la tempère un peu. Les critiques ciné peuvent être soit dithyrambiques soit cassants… au moins, ici, je trouve un juste milieu 😉

    Aimé par 2 personnes

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