Après Séance : Vice

Vice est un biopic américain écrit et réalisé par Adam McKay.

Après une carrière politique brillante et un passage dans le monde des affaires, Dick Cheney a discrètement réussi à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on mesure encore aujourd’hui les conséquences.


On y voit comment un étudiant médiocre, ex employé du réseau électrique, a finalement terminé ses études et fut engagé comme collaborateur dans l’équipe de Donald Rumsfeld dans les années 70 sous la présidence de Nixon aux cotés duquel œuvrait notamment Henri Kissinger. Obséquieux et opportuniste, l’homme se taillera un chemin sans faillir dans l’administration américaine en dépit des aléas électoraux dus à la vie démocratique. Il suivra souvent les conseils avisés de sa femme Lynn avec laquelle il aura deux enfants.

C’est en acceptant la présidence des États-Unis que lui proposera un Georges Bush Jr inexpérimenté que Dick Cheney va mettre la main sur les secteurs de la justice et des relations internationales. Profitant de l’inexpérience du président Bush, il va transformer un poste honorifique en poste opérationnel de décision pour la première fois dans l’histoire des États-Unis. Après l’attentat contre les Tours du WTC le 11 septembre 2001, Dick Cheney va orienter les choix géopolitiques des États-Unis vers une intervention en Irak, instrumentalisant les attentats et inventant le mensonge des armes de destruction massive pour envahir l’Irak et chasser Sadam Hussein et son équipe du pouvoir.

Derrière ses choix de guerre hégémoniques non avalisés par la communauté internationale, le pouvoir politique et militaire de l' »Oncle Sam », instrumentalisé par un Dick Cheney âpre au gain, avait déjà en « ligne de mire » les puits de pétrole irakiens.

Traitement tragi-comique de l’Histoire

Avec ce nouveau long métrage, Adam Mc Kay renouvelle son « style tragique et décalé » de l’analyse des évènements, inauguré avec The big short consacré au « crack financier » de 2008.

Vice nous montre un Dick Cheney interprété par un Christian Bale méconnaissable qui campe un homme manipulateur, cynique et sans scrupules. Bien intégré dans un réseau qu’il a patiemment tissé avec les années, le vice président des États-Unis n’hésitera pas à « lâcher » tout soutien fidèle en cas de nécessité après avoir agi dans le dos d’un Georges Bush, que l’on découvre encore plus naif qu’on ne pouvait l’imaginer.

Dans un dernier « face à face » glaçant avec le spectateur, Dick Cheney confesse n’avoir aucun remords sur la façon qu’il a eu de conduire sa carrière ni ses choix politiques critiquables de 2001 à 2007 et son enrichissement personnel. Si certains en doutaient, on voit comment la porosité entre le milieu des affaires et celui du pouvoir politique est préjudiciable à l’intérêt général et profite à quelques uns.

Au final, « Mortel Dick », presque seul aux commandes avec son équipe, se sera enrichi en dizaines de millions avec le succès de la société Haliburton (*). Ses décisions auront entrainé la mort de centaines milliers d’Irakiens, de milliers de civils en Europe, suite aux attentats ainsi que de milliers de GI’s. Enfin, le monde dangereux dans lequel nous vivons est la conséquence de la montée de l’Islamisme et de la naissance de DAESH, 2 résultantes du conflit irakien de 2003…

Ce biopic n’aurait pas la même saveur sans une aussi belle distribution. Christian Bale est impérial et méconnaissable dans la peau du « Veep ». Une interprétation qui pourrait lui valoir un nouvel Oscar d’ici quelques jours. Il partage l’affiche pour la troisième fois avec Amy Adams, qui se montre une nouvelle fois impeccable. Sam Rockwell livre une prestation grandiose en incarnant Bush junior.

En résumé, Vice est un film « au vitriol » sur les arcanes du pouvoir et une œuvre à charge contre le vice président des États-Unis. Même pour les connaisseurs de l’histoire politique récente de ce pays, on ne peut que saluer le caractère pédagogique et désenchanté de Vice, un film documenté qui « met les points sur les I et les barres sur les T ».

Dagrey.


(*): Haliburton est une entreprise parapétrolière devenue une grande multinationale, second fournisseur de services à l’industrie pétrolière et gazière dans le monde, présente dans plus de 70 pays avec des centaines de filiales.

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