Après Séance : Une intime conviction

Une intime conviction est un film dramatique français coécrit et réalisé par Antoine Raimbault.

Un film de procès à la française. Qu’est-ce que ça peut bien donner ? C’était ma question avant d’entrer en immersion dans le procès en appel de  « l’affaire Suzanne Viguier ».

Le film commence le 30 avril 2009, à la fin du premier procès, par l’acquittement de Jacques Viguier (Laurent Lucas), époux de Suzanne qui a disparu depuis 9 ans (le27 février 2000). Jacques est accusé du meurtre de sa femme dont on n’a jamais retrouvé le corps. Le 4 Mai 2009, le procureur de la cour d’appel de Toulouse interjette appel du verdict de la cour d’assise de Haute Garonne. Une jeune femme Nora (Marina Foïs) a l’idée de contacter Maître Dupond-Moretti (Olivier Gourmet) pour plaider lors de cet appel, le 2 Mars 2010.

Antoine Raimbault, scénariste auparavant de La Finale, dont c’est la première réalisation, nous emmène dans un monde dont on ne connait pas grand-chose. Le film judiciaire qui est un genre à part entière chez les anglo-saxons est beaucoup moins représenté en France. On suit ici, avec plaisir, toutes les étapes d’un procès en appel. Le personnage de Nora (Marina Foîs), nous conduit, avec son acharnement de petite fourmi et sa passion pour l’affaire, dans un monde où chaque détail a son importance. Un monde de « pourquoi ? », de « Comment ? » de « Etes-vous sûr ? », un monde où toute parole et tout geste sont interprétables de différentes façons. Un monde où « l’intime conviction » peut nous emmener sur des chemins tellement différents les uns des autres.

On se prend rapidement au jeu et on se passionne pour cette étrange affaire. On s’identifie immédiatement à une Marina Foïs totalement convaincante. Elle est nos yeux, notre voix et nos oreilles. Nous sommes elle dans toute notre candeur de néophyte. Certes, c’est le seul personnage inventé dans ce long métrage ultra-réaliste. Mais justement, son rôle existe pour nous permettre de mieux entrer dans cette histoire. Son jeu est tellement naturel et passionné que nous vibrons , nous cherchons la Vérité, nous tremblons avec elle et pour elle, pour sa vie privée qu’elle néglige au profit de cette recherche de La Vérité.

Et c’est là qu’on se rend compte que ce film de procès contient en effet tous les ingrédients d’un thriller. On cherche des preuves, on les interprète. On se rend compte qu’on peut prendre des fausses pistes tellement facilement….

Heureusement que Maître Dupond-Moretti (Olivier Gourmet) est là pour nous éviter les sorties de route. Ne nous rappelle-t-il pas que dans cette affaire « sans cadavre », il est tout aussi possible que Suzy soit tout simplement partie de son propre chef sans en avertir son mari, ni son amant ? Le fait que Jacques Viguier (Laurent Lucas) ne soit pas coupable n’implique pas forcément qu’il y ait un autre coupable. Les suppositions sont si nombreuses que Maître Dupond-Moretti, avec son sens de la formule bien connu, clame que « Ce dossier est devenu un Concours Lépine de l’hypothèse ».

Au-delà du suspense, ce procès, dont les scènes de tribunal sont filmées avec deux caméras à l’épaule avec des acteurs sui jouent tout le temps en quasi improvisation, comme un documentaire, nous pose la question de l’erreur judiciaire, du doute raisonnable, de la présomption d’innocence.

L’attitude de l’amant de Suzy (Philippe Uchan), nous amène à une réflexion sur la subordination de témoins. L’attitude de cet homme qui n’est ni plus ni moins qu’une tentative de charger le mari, a-t-elle pour but de se disculper ou n’existe-t-elle que par un désir d’apporter des preuves d’une intime conviction que le meurtrier est bien l’époux de sa maîtresse. Cet homme parle beaucoup, selon les écoutes téléphoniques, beaucoup trop même, selon moi. Serait-ce un moyen de noyer son chagrin ? En tout cas, cette attitude nous montre à quel point il est totalement l’opposé de Jacques Viguier.

Jacques Viguier, l’homme malade (bipolaire), l’homme taciturne, l’homme silencieux. Une interprétation délicate pour Laurent Lucas. Peu de texte, toutes les émotions et leur ambiguïté doivent passer par le langage corporel. Il est vrai que le mutisme de Jacques Viguier est inquiétant. On ne sait si c’est celui d’un homme brisé par la douleur et le doute ou celui d’un coupable ayant peur de se trahir en parlant trop.

Le morceau de bravoure de ce film est sans aucun doute la plaidoirie finale de Maître Dupond-Moretti qui est exactement celle du procès de 2010. Tout au long du film, Olivier Gourmet incarne cet avocat brillant. Même si la ressemblance physique n’est pas évidente mais les attitudes, les regards et la présence sont là. Cette plaidoirie est une formidable performance d’acteur. On voit en on entend Maître Dupond-Moretti.

J’ai totalement été happée par ce jeu de Cluedo dont on sort avec des tas de questions. A quel moment a eu lieu la disparition (ou le meurtre) ? Qui est le coupable (le mari, l’amant, une autre personne) ? Y a-t-il même un coupable ? Suzy aurait-elle pu fuir cette vie ? A cet égard, le schéma qu’on réellement fait les enfants Viguier et qui est présenté au cours du procès est très parlant. Il représente toutes les hypothèses possibles concernant la disparition de leur mère, du meurtre au départ volontaire en passant par l’accident, la mauvaise rencontre, etc… Elles sont si nombreuses… Chacun se forge donc son intime conviction tout au long du film mais surtout ce qui m’a le plus touché c’est la réflexion autour de la responsabilité qui nous incombe quand nous jugeons : l’erreur judiciaire. Mais n’est pas tout simplement l’ambiguïté du jugement humain dans toutes les circonstances de la vie qui est mis en avant ? Frissons et réflexion garantis !

Béatrice Lascourbas.

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