Après Séance : Le Mystère Henri Pick

Le Mystère Henri Pick est une comédie française coécrite et réalisée par Rémi Bezançon.

Le pizzaïolo breton génial, écrivant en cachette un chef-d’œuvre de littérature, vous y avez cru…?  Sa veuve (Josiane Stoléru) et sa fille (Camille Cottin), émerveillées de découvrir, deux ans après sa mort, ce dont cet homme aimé était capable, vous y avez cru…? Le critique littéraire affûté (Fabrice Luchini, que pourtant l’on adore…), double à peine déguisé de Pivot, se trompant lorsqu’il soupçonne une imposture, vous y avez cru…?

Bande de rêveurs, de crédules fumeux, de gobeurs de lune (desquels je suis, évidemment…) ! Eh bien vous eûtes tort. Dans le petit monde carré et bien étroit de David Foenkinos (dont le roman éponyme est ici adapté), tout ceci est comme la « fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête », la fourmi de Robert Desnos, tout ceci n’existe pas ! Un pizzaïolo, qui plus est breton, qui plus est génial, et qui aurait accès à la littérature au point d’en être un créateur inspiré, « ça n’existe pas, ça n’existe pas » ! Pas plus qu’un garçon coiffeur ou qu’un vendeur de journaux en kiosque qui parviendraient à se faire, un jour, un nom en littérature, n’est-ce pas…?!

Selon la formule consacrée et le reproche volontiers adressé à l’Éducation Nationale, l’univers de Foenkinos, recopié ici fidèlement par Rémi Bezançon, « reproduit les inégalités sociales » : que les pizzaïolos se contentent de faire des pizzas, les crêpiers bretons des crêpes, ou l’inverse, selon la demande des clients, mais de littérature, point ! Il faut bien la crédulité et la naïveté de femmes aimantes pour croire à l’impossible !

Et pourtant, le questionnement déployé dans le premier temps du film était si excitant, lorsque l’on avait encore la possibilité d’envisager de croire au rêve : quelle « double vie », comme le fait remarquer sa fille, que celle de l’écrivain, qui déploie, en cachette ou non, toute une existence parallèle à la sienne ! Quel être est-il en réalité ? Quand est-il le plus vrai ? Vers quels sucs plonge-t-il les racines de son imaginaire…?

Mais suffit ! Assez rêvé ! Que la morale bien bourgeoise, celle qui a pignon sur rue et se produit hautement, triomphe ! Un critique littéraire, surtout de l’envergure de notre héroïque enquêteur, ne saurait déparler. D’ailleurs l’écrivain génial est en réalité une fleur de bitume, et pas n’importe quel bitume : le quartier latin ; la fleur est un jeune homme très comme il faut, qui parle russe et vit dans les livres. Voilà le monde remis à l’endroit.

Et les pizzaïolos bretons n’ont plus qu’à aller se jeter à l’eau, si jamais ils ont eu le tort de caresser des aspirations trop hautes !

Anne Schneider.

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