Après Séance : Jusqu’ici tout va bien

Jusqu’ici tout va bien est une comédie française coécrite et réalisée par Mohamed Hamidi.

Fred Bartel a eu la « bonne idée » de domicilier son agence de communication Happy Few à La Courneuve en Seine-Saint-Denis, pour obtenir des aides et des exonérations d’impôts. Cependant la véritable agence est située en plein cœur de Paris. Lorsque des contrôleurs fiscaux découvrent la supercherie, Fred subit un chantage : payer une énorme amande ou aller réellement s’installer à La Courneuve. Il y est contraint faute de liquidités et part avec ses salariés, tous apeurés par cette « terre inconnue ». Là-bas, Fred et son équipe vont rencontrer Samy, un jeune de banlieue qui se propose de leur apprendre les codes de ce nouvel environnement. À nouveau harcelé par les agents du fisc, il est même obligé d’embaucher dans l’urgence trente pour cent de personnel parmi les jeunes de banlieue. Pour éviter quelques désagréments avec ses voisins, il se livre même à quelques petits arrangements.


Vendredi dernier, une sortie entre filles, de vieilles copines de lycée issues de milieux différents, et évoluant toujours actuellement dans des milieux différents. Un incontournable annuel pour nous. La question se pose donc, après quelques heures de papotage : « Quel film allons-nous aller voir ? » Evidemment un film qui nous convienne à toutes les trois. Et là, l’illumination, un film récemment sorti pour qu’aucune de nous ne l’ait déjà vu et drôle de préférence car, quand on se voit une seule fois par an, l’ambiance n’est pas à la prise de tête. Notre choix se porte donc, de façon assez logique sur « Jusqu’ici tout va bien ». Je sens que mon expérience de femme élevée et vivant toujours dans la « zone » de La Duchère, près de Lyon, va me servir. J’ai très peur d’être choquée par un énième film rempli de clichés sur la banlieue et en même temps j’ai très envie de le voir (et, pourquoi pas, de « dénoncer », s’il le faut).

Et puis je ne risque pas grand-chose, j’adore, la présence de Gilles Lellouche, sa classe, son physique avantageux et ses talents d’acteur. Et Malik Bentalha, me fait toujours beaucoup rire. Il a, selon moi, un potentiel comique énorme (à l’image d’un Bourvil). Il joue, ici, un brave garçon, Samy, issu de l’immigration, pas très intelligent mais très futé et avec un cœur d’or. Un détail qui a son importance dans l’histoire, il a peur des chiens.

Le film de Mohamed Hamidi, qui a connu le succès récemment grâce à « La Vache » et dont j’avais apprécié, auparavant, « Né quelque part », débute dans une agence de communication parisienne branchée. On y voit des hommes et des femmes fort bien habillés, quelques peu maniérés, vivant fort bien de leurs revenus, en train de fêter la signature d’un gros contrat. Me serais-je trompé de salle ? Elle est où ma banlieue ?

Arrivent des inspecteurs des impôts plutôt remontés qui reprochent au patron, Fred Bartel (Gilles Lellouche) d’avoir fraudé le fisc en déclarant avoir une filiale à La Courneuve pour obtenir les avantages réservés aux employeurs délocalisant leur activité dans les « zones franches ». Toute la joyeuse équipe va devoir déménager rapidement à La Courneuve pour que Fred échappe à une amende de 1 700 000 euros + une peine de prison. L’aventure commence donc…..

Et quand je dis l’aventure, je pèse mes mots. Tous ces braves employés (sauf un) suivent leur patron dans « la jungle » du 9 3. Et là, à mon grand étonnement, Mohamed Hamidi flingue littéralement tous les clichés entourant la banlieue.

Mon film référence concernant « les quartiers », c’est, bien évidemment, « La Haine » de Matthieu Kassovitz. Le titre choisi par le réalisateur est d’ailleurs un hommage. Rappelez-vous : « C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages….. ». Celui qui tombe de haut c’est bien Fred. Il commence son périple à La Courneuve par quelques rencontres improbables. On sent qu’il est fortement impressionné (pour ne pas dire totalement effrayé) par certains autochtones. Visiblement, « traverser le périph’ » est un effort tel pour toute son équipe qu’il organise une visite guidée de La Courneuve par Samy, dans un mini bus, à la façon d’une visite de zoo.

A partir de l’installation dans les nouveaux locaux, on va utiliser tous les clichés pour mieux les dénoncer. Samy donne des cours de vocabulaire (wesh pelo), d’autodéfense, et même de sociologie. Il leur explique même comment marcher dans une scène hilarante qui fait beaucoup penser au film « L’aventure c’est l’aventure » de Claude Lelouch où Aldo Maccione entraîne ses amis à marcher avec « Classe ». Samy, c’est leur google/GPS personnel, totalement adapté au terrain. On pense également à « Rendez-vous en terre inconnue ».

On se rend vite compte que les clichés sont illustrés par cette équipe de Parisiens branchés, même s’il y a du « gros beauf » et de la « bobo » parmi eux. Ils ont tellement entendu d’horreurs à propos de leur nouveau lieu de travail qu’ils ont peur de traverser le quartier à pied pour aller jusqu’au Métro. Samy les accompagne donc, en groupe, et en profite pour leur donner des conseils de survie en milieu hostile comme « Ne jamais soutenir un regard plus de trois secondes », par exemple.

Un personnage m’a beaucoup intrigué dans ce film et c’est le personnage de Leila (Sabrina Ouazani). C’est une jeune femme qui me fait penser à ma fille. Elle a quitté la Courneuve où elle a été élevée et ne veut plus entendre parler de ce quartier. Elle travaille donc avec Fred à Paris. Elle a tous les signes extérieurs de la citadine assumée. Elle le suit, malgré de grosses réticences, sur leur nouveau lieu de travail et sa « double appartenance » se révèle un atout. Elle parle « les deux langues » celle de la cité et celle du français de bon aloi (comme aurait dit Maître Capello). C’est un personnage qui aurait mérité d’être développé (et c’est mon seul bémol concernant ce long métrage). Mais pourquoi pas… lors d’un autre film… qui lui serait intégralement consacré…

Rapidement, Fred doit embaucher du personnel issu de la cité, c’est la règle pour les zones franches., plus précisément un quart de son staff (soit 4 personnes). Ce qui donne lieu à des scènes vraiment savoureuses.

Mohamed Hamidi est agrégé d’économie, ce qui lui permet de nous expliquer le fonctionnement officiel (et officieux) sur la situation des « zones franches » avec une grande clarté et une certaine facilité. Dans plusieurs interviews, il a exprimé également sa réticence envers la « discrimination positive ». Je partage ses opinions sur ces deux sujets (économiques et sociaux) surtout quand il les exprime de façon aussi réjouissante.

Tout au long du film, on assiste à une vraie leçon de « vivre ensemble » entre les Parisiens et les banlieusards, ce qui donne une dimension différente à la situation. Les clichés que peuvent avoir les zonards contre les bourgeois ne sont pas oubliés. Leurs regards croisés apportent à ce film une profondeur inattendue mais pas rébarbative. Chacun apprend à vivre avec l’autre voire à l’apprécier. Fred qui, par sa fraude fiscale, a des côtés « un peu voyou » rencontre et sympathise même, avec des « vrais de vrais » (dont Karim Belkhadra, un ancien de « La Haine »). Des liens se créent. Les jugements des uns sur les autres s’atténuent. Les parisiens profitent des combines qui leur sont proposées dans le quartier sans (presque) aucun état d’âme.

Quelques embûches surviennent, chacun reprend ses positions car les clichés ont la vie dure et tout se finit bien parce qu’on est dans une comédie. Et, j’allais l’oublier, il y a deux histoires d’amour « iinter-groupe » pour le prix d’une (une super affaire, à l’image des chemises du père de Samy) qui ne se finissent pas comme celle de Roméo et Juliette. J’espère que ça vous rassure.

On sort de ce film, gonflé à bloc. On rit encore de bon cœur en se remémorant que « dans le quartier il y a trois types de cheveux, les crépus, les bouclés et les plats… sauf quand il pleut…. ». On a plein de sujets de conversation autour de ces situations qui, même si elles sont peu probables reste plausibles de par l’engagement total des comédiens et du réalisateur. Les figurants sont plus vrais que nature puisque recrutés sur place dans le 93. La musique est sublime. Outre la musique originale d’Ibrahim Maalouf (géant du jazz actuel), j’ai reconnu Amy Winehouse et surtout, surtout Barry White et Isaac Hays. Je n’aime pas trop le terme de « feel good movie » mais « Jusqu’ici tout va bien » en est un. On rit AVEC les banlieusard mais on ne se moque pas d’eux. C’est sans doute pour ça qu’il a obtenu le Prix du Public au dernier Festival International du Film de Comédie de l’Alpes-d’Huez.

Béatrice Lascourbas.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s