Après Séance : Ma vie avec John F. Donovan

Ma vie avec John F. Donovan est un film dramatique canadien coécrit, coproduit, réalisé et monté par Xavier Dolan.

Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.


L’enfant nu.

En 2014, Xavier Dolan prenait le contrôle du cinéma d’Auteur avec son désormais culte Mommy. Un parcours qui rappelle celui d’un quasi-homonyme britannique qui s’est emparé du cinéma de divertissement hollywoodien. Vient donc le temps de la confirmation. Juste la fin du monde ayant divisé la planète cinéma en 2016, Dolan contre-attaque en livrant son premier film en langue anglaise, avec des stars hollywoodiennes : il réussit complètement son pari.

Il n’y a plus un seul doute à avoir. Xavier Dolan est définitivement devenu un auteur. La véritable star de Ma vie avec John.F Donovan n’est pas Kit Harrington (John Snow de Game of Thrones), ni Nathalie Portman ou encore Susan Sarandon. C’est le cinéaste en personne. Bien décidé à conquérir l’Amérique, il nous livre son film somme, résumant toutes ses obsessions, et une bonne partie des thématiques présentes dans sa filmographie.

L’homme signe ici un véritable autoportrait. Tout d’abord avec le personnage de Rupert, un enfant acteur échangeant une correspondance postale avec le fameux John Donovan, un acteur de feuilleton pour adolescents. Une star qui essaye de réussir une ascension dans le milieu du cinéma, en cachant son homosexualité au monde. Un enfant rêvant de devenir un artiste. Un artiste voulant trouver le juste milieu entre son travail et sa vie privée. Ce sont deux Dolan qui nous parlent ici : l’enfant et la star. Son cinéma, comme l’homme, s’assagit et mûrit au fil du temps. Adieu explosions clipesques, mouvements de caméra virtuoses. John F Donovan est le film le plus sobre de son auteur. Dolan restant Dolan, celui-ci livre tout de même de véritables moments de bravoure cinématographique. On pourrait citer un Kit Harrington perdant le contrôle de lui-même, ou une embrassade mère-fils sous la pluie londonienne. Mais on retiendra l’électrique ouverture du film sur Rolling in the deep d’Adèle. La caméra, tel Dolan, traverse l’atlantique et débarque dans la ville où tout est possible : New York. C’est un véritable mouvement migratoire qui inaugure cette bombe émotionnelle.

Si Dolan s’est calmé sur la forme, celui-ci a réussi à infuser toutes les obsessions de son cinéma : conflit maternel, parcours initiatique, quête identitaire… Le cinéaste va même jusqu’à jouer la carte de l’autoréférence. La plus frappante étant bien évidemment la réutilisation du même schéma narratif que dans Laurence Anyways, soit un récit entrecoupé par les interactions entre une journaliste et une célébrité (qui encore une fois sort un livre) qu’elle interviewe. Si ce côté pot-pourri peut agacer, on ne peut qu’admirer le tour de force qu’a réussi Xavier Dolan, à savoir l’introduire dans un film qui est supposé être un film hollywoodien.

On peut reprocher à Ma vie avec John F Donovan son casting bien moins flamboyant qu’auparavant, d’éluder certains éléments scénaristiques ou de passer à côté du coche de l’ère post #Metoo. Pourtant, cela n’est rien face à l’efficacité émotionnelle du récit, aussi efficace qu’un tir de sniper dans le coeur. Soldat Dolan, mission accomplie.

Hugo Turlan.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. belette2911 dit :

    Je me disais bien que c’était le regard de Jon Snow !!

    J'aime

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