Critique : The Tree of Life (2011)

The Tree of Life est film dramatique américain écrit et réalisé par Terrence Malick.

Architecte à succès, marié et père d’un enfant, Jack, la cinquantaine, semble las de l’existence. Plus fortes et plus vivantes que son morne présent, les images de son enfance à Waco, Texas, dans les années 1950, lui reviennent. Le voici enfant, aîné rebelle et taciturne de trois garçons, jouant dans la lumière radieuse de l’été. L’ordre règne dans leur grande maison ouverte sur la nature.


L’idée de The Tree of Life est née à la fin des années 1970. A l’époque, Terrence Malick compose un texte sur l’origine du monde et la naissance de l’humanité. Son producteur et ami, Bill Pohlad raconte avoir été bouleversé par cet écrit qui se rapproche d’un poème. Cela dit, le cinéaste mettra plus de trente ans à synthétiser ce texte en un long métrage.

Après l’annulation de la présentation en avant-première au Festival de Cannes 2010 en raison de retards de montage, le film est finalement présenté à Cannes le et remporte la Palme d’or. Robert De Niro était alors le président du jury, composé entre autres d’Olivier Assayas, Jude Law, Uma Thurman ou encore Johnnie To.

Lors de sa projection à Cannes, le film a divisé la salle, entre huées et applaudissements. Certains y ont vu une expérience bouleversante, tandis que d’autres y ont vu de la prétention et du remplissage.

Voyons à présent ce que ça donne… Que la séance commence !


Le labyrinthe de la vie

Dans les premières minutes, Terrence Malick aborde la mort d’un fils (d’un frère) et pose LA question se pose alors est-ce la nature des choses ou bien une intervention divine qui a causé ce malheur ?

Il s’agit là de son ouverture pour son odyssée de la vie. A travers un montage dés plus elliptique, le cinéaste nous embarque dans un tourbillon de souvenirs et de sentiments. Des fragments qui conjuguent avec tout ce qui est autour de l’espèce humaine…

Comme à son habitude, Terrence Malick ne laisse rien au hasard. La photographie, le son, la proximité et surtout le montage fusionnent pour une expérience unique. Le rapport à la taille, au mouvement, aux espaces et à la religion sont les rouages principaux du propos et du cadre du réalisateur. Ce dernier plante le spectateur devant un spectacle mystique qui peut soit l’ennuyer, soit l’émouvoir.

Les vingt premières minutes sont somptueuses visuellement et la démarche du cinéaste est cohérente, bien qu’elle ne soit pas facile d’accès. La destructuration temporelle et narrative pousse le spectateur à réfléchir constamment au message que veut véhiculer le cinéaste américain. C’est clairement cette exigence qui a divisé la critique et le public.

Un mutisme étincelant !

Brad Pitt trouve l’un de ses plus beaux rôles de la décennie. Il incarne parfaitement la figure paternelle autoritaire. Terrence Malick projette en lui la Nature, tandis qu’il donne à sa partenaire, Jessica Chastain l’incarnation de la Grâce. L’actrice signe une interprétation qui capte à merveille le lumière du cinéaste. Un communion artistique dont Terrence Malick a le secret.

Les jeunes Hunter McCracken et Tye Sheridan prennent aussi la lumière de la Grace, que l’obscurité de la Nature. Le jeu de chaque interprète est d’un naturel confondant, ce qui véhicule un charme troublant tout au long du film. Fiona Shaw est à la fois discrète, tout en servant le propos.

Par contre, Sean Penn est clairement sous-exploité. Son personnage méritait un développement plus important.

Et au final, ça donne quoi The Tree of Life ?

Terrence Malick est, à juste titre, considéré comme un cinéaste du même rang que Sergio Leone, Stanley Kubrick ou encore Federico Fellini. The Tree of Life fait partie de ses films qui demande qu’on s’y plonge complètement et d’avoir ensuite le recul nécessaire pour que l’on puisse en saisir toute sa dimension.

2001, l’odyssée de l’espace est le testament de Kubrick à l’humanité, et Terrence Malick nous offre le sien avec The Tree of Life. Difficile de ne pas entrevoir les similitudes entre les deux œuvres. Cependant, chacune a sa propre identité cinématographique et sa propre portée mystique.

Tout d’abord, la mise en scène ne suit pas d’arc narratif à proprement parlé. Le montage traite les séquences comme des fragments, aussi bien de la vie, du monde et de l’univers. Un parti pris louable qui entraine avec lui quelques faiblesses, à commencer par un rythme inégal. On peut être emporter pendant cinq minutes, pour ensuite s’ennuyer profondément. L’aspect contemplatif y est pour quelque chose aussi. Un sens du cadrage absolument magnifique, mais il ne fait pas tout.

La profondeur de la narration aurait pu être encore plus forte avec une surface plus légèrement plus linéaire. Terrence Malick mise uniquement sur le visuel et le sonore. Très peu de dialogues pour mieux servir l’image et mettre en lumière les interprètes et les différents environnements. Une virtuosité qui procure un bouquet d’émotions, mais aussi une part de déception. La surenchère dans le symbolisme et les références bibliques était dispensable, puisqu’elle dessert la pertinence du propos. La séquence concernant les dinosaures est très intéressante, mais les effets spéciaux sont quelque peu décevants. Pourtant, c’est Douglas Trumbull (Blade Runner, 2001, l’odyssée de l’espace) à la direction des effets visuels.

La bande originale s’appuie sur des compositions de musique classique. L’utilisation n’est pas sans rappeler Stanley Kubrick. Má Vlast de Bedřich Smetana ou bien Lacrimosa de Zbigniew Preisner donnent une dimension épique aux images. Des envolées lyriques qui épousent parfaitement les tableaux de Malick. Toute en sobriété, les partitions d’Alexandre Desplat viennent apporter aussi bien de la mélancolie que de la légèreté.

En résumé, The Tree of Life est un voyage étourdissant qui interroge constamment la place de l’humanité dans le cycle de la vie. Seul bémol, Terrence Malick s’embourbe à de nombreuses reprises dans le contemplatif. Il en ressort une expérience pleine d’audace et de lucidité sur notre monde et notre existence.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. J’ai adoré ce film 👌

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  2. regardscritiquesho22 dit :

    Ah, mes aïeux, je viens de sortir de « The Tree of Live » de Terrence Malick!!! Quelle immense déception: film ésotérique, métaphorique, abscons, cucul la praline, d’une prétention difficile à quantifier, manifeste philosophique d’une secte complètement allumée…
    Ca commence à peu près normalement, et puis ça dérape en plein délire, avec des belles images pour faire sérieux: on est entre le Commandant Jacques Cousteau (« Le Monde du Silence »), Jacques Perrin (« Océans ») et Steven Spielberg (« Jurassic Park »); y a même un dinosaure qui écrase la tête d’un autre, et puis , non, finalement il l’épargne, mais il était gentil le vilain dinosaure! Je ne vous raconte pas l’histoire, vous verrez vous-mêmes, c’est long, ennuyeux, d’un mysticisme illuminé. Par moments, on revient à la famille, on se dit: « Ouf! »… Et puis, non, ça repart pour un tour, vous hésitez à quitter la salle, puis vous restez en désespoir de cause, on va peut-être comprendre à la fin… Ben, la fin, c’est un remake de « La nuit des morts-vivants », sauf que là il fait jour et qu’ils font joujou dans l’eau, peut-être est-ce le paradis?
    Et, pour couronner le tout, on fait appel à deux formidables acteurs, qui n’en peuvent mais. Sean Penn, qui a un tout petit rôle, passe son temps à prendre une mine inspirée, il monte en ascenseur, il descend en ascenseur, il fait du trekking dans je ne sais quel canyon.
    Bon, on arrête là, inutile d’en rajouter…
    Dernière chose, il y a probablement des gens qui vont crier au génie! Pourvu que Cannes ne nous refasse pas le gag de Tim Burton, qui, l’an dernier, offrit la Palme d’Or à « Oncle Boonmee », autre gigantesque supercherie cinématographique. Comptons sur Robert De Niro pour éviter un tel désastre!!!

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