Critique : The End of the F***ing World (2017)

The End of the F***ing World est une série télévisée britannique créée par Charlie Covell.

Netflix poursuit son chemin tel dans le domaine des séries avec la même délicatesse de production d’un rouleau compresseur, délivrant les nouveaux projets à un rythme effréné qui ferait pâlir d’envie Marvel Studio. Alors évidemment, contrairement à des chaines concurrentes qui gardent un rythme de production espacé pour s’assurer l’impatience des fans et livrer un produit de qualité constante, Netflix fait plutôt office de producteur tout-venant, avec plein d’idées, souvent bonnes sur le papier, même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur des ambitions.

A l’heure où la série Dirk Gently n’est pas reconduite pour une 3ème saison (avec un énorme regret), Netflix se lance dans une nouvelle production à l’anglaise avec un pitch pour le moins original, jusque dans le titre. The End Of The F***ing World propose ici un petit road trip entre 2 adolescents, James, un psychopathe en herbe obsédé par l’envie de tuer un être humain, et Alyssa, une rebelle en quête d’aventure sur laquelle James a jeté son dévolu pour nourrir sa pulsion… jusqu’à ce que… non non pas de spoiler!

Adaptée d’un roman graphique à l’humour noir reconnu, on salive déjà devant cette proposition au style encré dans la plus pure tradition « english » (parce que « british » ça a un côté classe qui colle mal au programme). La série assume pleinement son esprit décalé et déphasé à travers une atmosphère grisâtre (L’Angleterre ne connait pas le soleil encore une fois, c’est bien connu) qui ne fait pas rêver quand on parle road trip. En clair, l’optimisme n’est pas le mot d’ordre! Mais pas de quoi se passer la corde au cou dès lors qu’on sait que c’est voulu à 300%. Dès la présentation, on ressent cet esprit loufoque à travers le montage, la mise en scène et même le jeu d’acteurs. Tout, absolument tout est intimiste autour d’une intrigue qui ne laisse aucun répit à nos « héros », les affublant chaque fois de nouvelles circonstances anecdotiques qui ne vont pas aider dans leur lourd parcours.

L’humour noir fait sourire et parfois rire, et comme souvent avec nos camarades d’outre-manche, il faut savoir s’y conditionner ou au moins s’armer d’un bon 3ème degré pour apprécier toute la subtilité de ce voyage malsain qui n’est pas sans rappeler un croisement entre Thelma & Louise et Tueurs Nés, mais avec des mômes qui traduisent leur crise d’adolescence à travers des pulsions inquiétantes et peu communes. Hélas, l’atmosphère dépressive y est tellement permanente et prédominante qu’elle passe comme un lendemain de cuite (longue et lourde), les touches comiques venant vite à manquer sur la longueur pour contrebalancer cet esprit. En résulte que, malgré un format de 8 épisodes de courte durée (en moyenne 17 à 19’ seulement), la durée se fait quand même ressentir. Déjà parce que l’ambiance maussade et dépressive implique un rythme relativement lent, ce qui n’aide pas quand parfois il n’y a pas grand-chose à raconter. En vérité Netflix a vu en ce projet un potentiel qui hélas mérite de rester sur le papier car pas assez généraliste et palpitant pour le grand écran, et trop maigre pour en faire une série digne de ce nom.

Mais ces longueurs sont également alimentées par un autre point non négligeable: une quasi-impossibilité d’avoir la moindre empathie pour qui que ce soit dans cette histoire où la beauté physique n’a clairement pas sa place au sein du casting. A l’heure où la société de consommation est basée sur l’apparence physique, trouver quelqu’un d’un temps soit peu joli dans cette série revient à jouer à Où est Charlie sur une map de 2m2. L’exemple le plus frappant, c’est évidemment le jeune et frêle James, à la peau aussi blanchâtre et froide que le marbre et au faciès aussi expressif qu’un zombie sorti d’un film de George Romero pour les besoins du rôle, un personnage à côté de qui on n’aurait pas forcément envie de s’asseoir dans le bus même sans savoir ce qui traverse son esprit; et sa chemise à fleurs rouge n’inspirera pas plus la chaleur humaine La dévergondée Alyssa ne démérite pas, peste ambulante qui a de quoi décourager quiconque ayant une fille à l’approche de la crise d’adolescence. Rien, absolument rien ne motive à l’attachement de qui que ce soit, même les personnages que nos 2 jeunes sont voués à rencontrer. Pas même les 2 agents de police en charge de l’enquête, que la série tente difficilement d’humaniser à travers une anecdote lesbienne sans grand intérêt afin de gonfler la série via une intrigue dont on se passerait bien.

Se faire l’intégral de la série d’une traite relève donc presque de l’exploit, à condition d’avoir sa boite d’antidépresseurs à portée de main. Toutefois, on ne peut qu’apprécier l’intention de traiter les 2 « héros » comme des adultes dangereux du fait de leurs actes alors qu’ils sont en pleine fleur de l’âge. Au final, le titre trouve un certain sens pour ces jeunes égarés de la vie qui ne peuvent plus revenir en arrière, ayant mis fin à leur propre monde pour un périple sans issue. Et le final parfait de cette saison ne fait que confirmer cette ambition, nous laissant dans le doute le plus total avec un certain avantage puisque même si Netflix a reconduit la série pour une saison 2, elle laisse chacun libre de choisir une fin pour nos personnages selon si l’on envisage ou non de poursuivre le road trip.

De la dépression de cette mini-série nait finalement le miracle de trouver la vie magnifique, et ce quelles que soient les péripéties que l’on a endurées. The End of the F***ing World trouve donc comme principal atout d’agir comme une thérapie en nous faisant vivre le « pire des voyages ». Avec son charme personnel et son humour qui ne va cependant pas suffisamment à fond dans ses ambitions, tout y semble volontairement détestable, impliquant un manque d’attachement et des longueurs très surlignées, la hâte du dénouement et la courte durée de la série nous permettant d’assumer cette fugue avec les héros jusqu’au bout.

Tony P.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. J’ai adoré cette série ! J’attend la saison 2 avec impatience ^^

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