Critique : Paris, Texas (1984)

Paris, Texas est un film dramatique franco-allemand réalisé par Wim Wenders.

Un homme réapparaît subitement après quatre années d’errance, période sur laquelle il ne donne aucune explication à son frère venu le retrouver. Ils partent pour Los Angeles récupérer le fils de l’ancien disparu, avec lequel celui-ci il part au Texas à la recherche de Jane, la mère de l’enfant. Une quête vers l’inconnu, une découverte mutuelle réunit ces deux êtres au passé tourmenté.


« Ce jour est un peu flou dans ma mémoire. Il s’est terminé, ça c’est sûr, avec Jim Jarmusch, qui avait gagné la Caméra d’or, au flipper du Petit Carlton. Je nous revois : Wim et Jim étaient heureux comme des papes ! Durant la cérémonie, John Huston et moi étions assis à l’extrémité de nos rangées, moi à gauche du couloir, lui à droite, donc on savait plus ou moins qu’on allait recevoir un prix. À chaque prix, on se regardait avec un clin d’œil : “Ça ne peut être que de mieux en mieux !” Finalement, il ne restait que la Palme. On s’est regardés en haussant les épaules. “Quoi maintenant ?”. Et puis Dirk Bogarde m’a appelé. J’ai regardé John avec de grands yeux, et il m’a indiqué que je ferais mieux d’y aller. Ce que j’ai fait, bouleversé. Bon, ensuite John a reçu un prix pour l’ensemble son œuvre. Était-ce mérité ? Pour lui, sûrement ! ».»

Wim Wenders.


Après la Palme d’Or du Festival de Cannes 2011, on passe à celle de 1984. Paris, Texas a marqué tout une génération, ainsi que le road movie en devenant une véritable référence pour le genre. Même si je garde une petite réserve, il me semble ne jamais avoir visionné ce film avant ce soir. Pourtant, j’ai une affection particulière pour le regretté Harry Dean Stanton, que je considère comme un très grand acteur mésestimé.

En route ! Que la séance commence !


Déconnecté !

Wim Wenders ouvre son long métrage en suscitant immédiatement le mystère. Il plante Harry Dean Stanton en plein milieu de l’aridité texane, comme une âme errante entre deux mondes. Le personnage a le regard vide et ne prononce pas le moindre mot. Un démarrage à la fois sobre et efficace qui nous entraîne comme un vague de sable fin.

La lumière Harry Dean Santon 

Wim Wenders offre à Harry Dean Santon le rôle de sa vie et à la mesure de son talent d’acteur. Il est littéralement habité par Travis. Une interprétation qui gagne en intensité et en émotions au fil des minutes. On sent un investissement total et une sublime alchimie entre l’acteur et le cinéaste. Ils se raccrochent chacun à l’autre pour nous offrir un magnifique bouquet cinématographique comme on en voit peu. Il s’en dégage de la poésie, de la mélancolie et de la passion.

Nastassja Kinski répond à merveille à son partenaire, en signant une prestation ensorcelante. Son personnage aux multi-facettes émeut autant qu’il séduit. Comme tout au long du film, le réalisateur se montre minutieux face à l’actrice et lui donne une aura fantomatique, à la limite du songe.

Dean Stockwell et Aurore Clément campent un couple convaincant. Il incarne la sagesse, tandis que pour elle c’est la peur qui la domine. Wim Wenders prend soin de mettre en lumière ces deux personnages qui voient leur quotidien chamboulé par Travis.

Et pour finir, le petit Hunter Carson se montre bon et attachant. Une efficacité dans le jeu qui donne encore plus corps à l’histoire.

Et au final, ça donne quoi Paris, Texas ?

Une pure merveille ! Wim Wenders porte un regard inspiré sur l’œuvre de Sam Shepard, et sur l’Amérique. Le pays des rêves est exploré avec intelligence et savoir-faire. Le cinéaste allemand articule sa mise en scène de manière à établir constamment des contrastes. Une sorte de palais des glaces où des âmes se sont égarées. On navigue entre le désert, les villes perdues, une maison, un motel ou encore un peep-show. Une Amérique loin des paillettes qui est retranscrite avec une sobriété étincelante.

La scénographie de Wenders renvoie les personnages aux différents environnements, et vice-versa. Un cadre millimétré qui nous peint un voyage empreint d’amour et d’humanité. La photographie de Robby Müller épouse en tout point la vision du cinéaste allemand, ce qui nous donne des plans à la fois somptueux et hyperéalistes. Comme chez Jim Jarmusch, la poésie est omniprésente dans la manière de filmer, que ce soit fixe ou mobile. Encore une fois, le côté miroir ressort énormément dans sa mise en scène.

Au niveau du scénario, je découvre une autre facette de Sam Shepard. Ce dernier compose une magnifique histoire, avec des personnages qui reflètent l’ombre du rêve américain. Cette ombre a été vécue par Sam Shepard lui-même, c’est pourquoi il a refusé d’interpréter le rôle de Travis. Il faut également souligner la force intemporelle qui se dégage de ce script. Toute en sobriété, l’histoire et ses personnages nous emportent dans une vague bouleversante. Les thématiques reflètent la vie, la mort et l’amour. Difficile de vous en dire plus sans vous dévoiler quelques éléments importants du film.

La bande originale est l’œuvre de Ry Cooder, qui signe un score en adéquation avec les peintures de Wenders et les personnages. Sa musique est la cerise sur le gâteau, et montre bel et bien que le cinéaste allemand n’a rien laissé au hasard. Il s’est constitué une équipe de travail à son image, c’est à dire créative et cohérente.

En résumé, Paris, Texas est chef d’oeuvre ! Sam Shepard a inspiré un grand réalisateur, un grand acteur et une grande actrice, pour un résultat somptueux et émouvant. La magie du cinéma, tout simplement.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s