Critique : Dragged Across Concrete (2019)

Dragged Across Concrete est un polar canadien écrit et réalisé par S. Craig Zahler.

Deux policiers, le vieux briscard Brett Ridgeman et son partenaire plus jeune Anthony Lurasetti, sont dénoncés pour leurs méthodes douteuses lorsqu’une vidéo est publiée par les médias. Les deux hommes sont donc suspendus. Sans ressources financières, ils décident de basculer dans la criminalité. Mais ils vont être rapidement dépassés par ce qui les attend.


Quelle est ta place dans ce monde ?

S. Craig Zahler démarre son long métrage en nous brossant les portraits d’un afro-américain tout juste sorti de prison et deux flics qui viennent d’être suspendus à cause de leurs méthodes répréhensibles. Chaque personnage est à un tournant de son existence. Un dégoût et une injustice les animent vers un chemin sans retour.

On est dans la grande tradition du polar, avec un atmosphère crépusculaire et un rythme lent. Le cinéaste américain fait dans le détail, que ce soit dans l’image ou le son. S. Craig Zahler nous présente un début d’intrigue que l’on pourrait assimiler à des sables mouvants. L’intensité est distillé au compte-gouttes, à travers chaque mot et chaque regard.

Un lion peut en cacher un autre…

Flic ou voyou, Mel Gibson s’est toujours montré à l’aise de chaque côté de la barrière. Sous la direction de S. Craig Zahler, l’acteur américain signe une interprétation étincelante. On ne l’avait pas vu aussi inspiré depuis un petit moment. Il incarne avec force un ripoux et père de famille, qui est passé à côté d’une vie plus lumineuse. Sa composition reflète parfaitement le mal qui le ronge et le désespoir qui le conduit à franchir complètement la ligne jaune.

A ses côtés, Vince Vaughn est convaincant dans l’ensemble. Cependant, on sent la différence de « poids » entre lui et Mel Gibson. Ce dernier en impose beaucoup plus face à la caméra. Robert Downey Jr ou bien Joaquin Phoenix auraient donné plus de relief au duo.

Tory Kittles (Colony) est impeccable de la première à la dernière seconde. A 43 ans, l’acteur trouve le meilleur rôle de sa carrière. Il est évidemment qu’il mérite de collaborer avec de grands cinéastes.

Sur le plan secondaire, on retient principalement Jennifer Carpenter, Laurie Holden et la courte apparition de Don Johnson.

Et au final, ça donne quoi Dragged Across Concrete ?

Beaucoup vont découvrir ce film en dvd ou en streaming, à cause d’une distribution inexistante dans l’hexagone. C’est malheureux car le cinéma que propose S. Craig Zahler mérite clairement l’empreinte du grand écran. Dragged Across Concrete confirme le talent du cinéaste à mettre des gifles cinématographiques.

Sa mise en scène est à mi-chemin entre Paul Haggis (Collision) et Michael Mann (Heat). Une manière précise de présenter ses personnages avec leur environnement respectif. On retrouve quelques codes du western, notamment dans le rythme, l’atmosphère et l’intensité. Le réalisateur dépeint en toile de fond une Amérique fracturée par la haine et la violence. Il en ressort une scénographie crépusculaire à souhait, qui rappelle évidemment son western Bone Tomahawk.

Au niveau de l’écriture, on retient principalement la pertinence dans la conception des personnages et des différents liens entre eux. Les contextes personnel, social, et professionnel de chacun entretiennent la noirceur du propos. On retrouve le côté Collision de Paul Haggis. Les dialogues sont peu nombreux, mais ils ont du punch.

La bande originale est aux antipodes de ce que l’on peut voir à l’écran. La soul et le funk contrastent fortement avec le propos de S. Craig Zahler. Une ironie qui rappelle évidemment le cinéma de Quentin Tarantino.

En résumé, Dragged Across Concrete est un petit bijou obscure qui frappe à plusieurs reprises à l’estomac. Un cinéma qui mérite de la lumière et une meilleure distribution à travers le globe.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s