Après Séance : Douleur et Gloire

Douleur et Gloire est une comédie dramatique espagnoles écrite et réalisée par Pedro Almodóvar.

Le dernier Almodovar, ça ne se rate pas. Le cinéma de ce réalisateur espagnol de 70 ans dont j’ai adoré tous les films que j’ai vu, même (et surtout) si je les ai découvert sur le tard me touche profondément. Normal me direz-vous puisque je suis une femme et qu’il parle si bien des femmes. C’est probable mais ce n’est pas que ça.

« La loi du désir » et « La mauvaise éducation » parlent des hommes, tout comme « Douleur et Gloire ». Ces trois films ont également pour héros un homme réalisateur. On se sent donc comme dans le dernier volet d’une trilogie sur l’auteur et le cinéma. Almodovar en dit même :  » la façon dont la fiction s’entremêle avec la réalité diffère d’un film à l’autre. Fiction et vraie vie sont les deux faces d’une même pièce de monnaie et dans la vraie vie, il y a toujours de la douleur et du désir ».

 Douleur et gloire est une autofiction et Almodovar ne nous donne pas la clé pour séparer l’autobiographie et la fiction dans cette histoire d’un réalisateur qui vieillit. Les deux sont tellement bien mélangées que ça m’a vite paru impossible. C’est aussi ce qui fait le charme d’Almodovar. Je vais tout de même dire ce qui est avéré. L’appartement d’Antonio Banderas dans le film est une reconstitution exacte de celui de Pedro Almodovar. Le décorateur est même allé récupérer certains objets directement chez lui. Antonio Banderas, totalement habité par le rôle, est coiffé et habillé comme le réalisateur. Il a bien déménagé quand il avait 8 ans et fait ses études dans un collège religieux Il est parti vivre seul à Madrid à l’âge de 18 ans. Son attachement à sa mère n’est plus à démontrer. Les détails sur la tenue de sa mère dans son cercueil sont vrais. Pour le reste, mystère….

Au sujet de sa mère, Pedro Almodovar écrivait, peu de temps après sa mort, dans un ultime hommage : «  J’ai beaucoup appris de ma mère, sans que ni elle ni moi ne nous en rendions compte. J’ai appris quelque chose d’essentiel pour mon travail, la différence entre fiction et réalité et comment la réalité a besoin d’être complétée par la fiction pour rendre la vie plus facile. ».

Le générique du film avec son côté kitch et coloré tout en restant chic est tout simplement parfait. Il est tellement adapté au film qu’on passe du générique aux premières images du film par un subtil jeu de couleurs, sans même s’en apercevoir ;

Le film débute sur une image aussi énigmatique que superbe. Un homme (Antonio Banderas) fait la chaise au fond d’une piscine. Que fait-il là ? A quoi pense-t-il ? Est-il en train de se noyer ou est-il serein (comme un bébé flottant dans son liquide amniotique) ? On pourrait également penser que, pour lui, la vieillesse est son naufrage ……

A peine avons-nous le temps d’effleurer ses questions que le récit commence. Nous sommes bien dans un film d’Almodovar puisque nous sommes en Espagne auprès d’un groupe de femmes qui font la lessive au bord de l’eau tout en chantant. Les images sont belles, ensoleillées, lumineuses, colorées. On constate que ce souvenir de Salvador est plus qu’agréable. On comprend son bonheur d’être un enfant adoré par sa mère (Penelope Cruz) avec laquelle on sent une relation quasi fusionnelle. Face à cette femme courageuse et de caractère, la présence du père n’est qu’accessoire.

Puis, on revient sur l’histoire actuelle de Salvador (notre homme au fond de la piscine). Il est devenu vieux, perclus de douleurs physiques et morales. Il est très seul. Sa mère est morte. Ses douleurs l’empêchent de continuer à faire du cinéma et de vivre heureux. Pour partager sa vie, il n’a que son assistante et sa femme de ménage qui passent très régulièrement. Un de ses anciens films est devenu un classique et il est invité à la présenter à la cinémathèque. Pour cela, il prend contact avec l’acteur principal de ce film avec lequel il est fâché depuis le tournage, trente ans auparavant.

Ce film est vraiment un film bouleversant. Il est bouleversant comme la Vie peut l’être souvent. Chacun se retrouve dans ses histoires d’amour, d’amitié, d’Ego, de relation aux parents et même dans son histoire d’addiction (les objets d’addiction et les raisons de vouloir échapper à un quotidien trop lourd étant tellement nombreux et variés qu’on est tous dépendant à quelque chose). L’alternance entre les souvenirs lumineux et le moment présent, plus terne jusqu’à ce que, aidé par une reprise de contact avec son ancien amour, Salvador retrouve le goût de vivre. Il arrête alors sa fuite en avant vers sa perte pour laisser un film testament qui signe plus une renaissance qu’une future mort.

Que dire des acteurs si ce n’est qu’ils sont tous habités par leur rôle et qu’ils sont filmés avec soin, attention, amour. Antonio banderas joue son rôle de Salvador avec tellement de conviction et de retenue, à la fois, qu’on se demande si ce n’est pas le meilleur rôle de sa carrière. Penelope Cruz est toujours aussi juste et lumineuse. Autour d’Antonio Banderas et Penelope Cruz, des habitués du génie espagnol. Nous retrouvons Asier Etxeandia (Etreintes brisées) qui campe Alberto, un amoureux de la « chasse au dragon » (je viens juste d’apprendre ce que c’est, grâce à ce film). Acteur fâché depuis 30 ans avec Salvador, il l’entraîne dans son monde, suite à leur réconciliation. Almodovar, lui offre une scène où il joue un magnifique solo théâtral. Julieta Serrano (qu’il retrouve 30 ans après Attache-moi) joue le rôle de la mère âgée de Salvador. Almodovar dit que, même si les scènes sont inventées, elles lui ont permis d’approfondir encore sa connaissance de sa relation avec sa mère. Leonardo Sbaraglia joue le rôle de Federico, un ancien amoureux de Salvador qui, sans le savoir, va lui redonner goût à la vie. Il est filmé avec tellement d’amour et d’admiration qu’il en devient éclatant de beauté même si on peut compter les failles de ce personnage. Pedro Almodovar nous présente également deux jeunes acteurs dont c’est le premier film César Vicente et Asier Flores. César joue le rôle d’Albanil, celui qui a donné ses premiers émois amoureux à Asier Flores (Salvador jeune). Il s’agir vraiment d’émois car Albanil est hétéro et plus âgé que le jeune Salvador qui a une dizaine d’année. la relation entre eux est un peu celle de pygmalion sauf que c’est le plus jeune qui enseigne au plus âgé. Almodovar les filme avec énormément de tendresse. Seront-ils rappelés pour un prochain film du réalisateur ? C’est tout le mal que je leur souhaite.

J’ai vu ce film deux fois déjà et je n’hésiterai pas à y retourner si l’occasion se présente de le faire d »couvrir à un ami car c’est un film dans lequel l’émotion est intense mais contenue, intérieure. C’est un Almodovar à part entière mais encore plus personnel que les autres, si c’est possible. On va le voir pour découvrir la vie d’Almodovar et finalement on y apprend bien plus parce qu’on y apprend son être. Pour moi, c’est un chef d’œuvre et pourquoi pas une future palme d’or ?

Béatrice Lascourbas.

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