Après Séance : Noureev

Noureev est un drame biographique britannique réalisé par Ralph Fiennes.

La canicule peut nous pousser à aller au cinéma pour profiter de la climatisation et je remercie donc la canicule de cette année de m’avoir amené à voir Noureev (Le corbeau blanc), la première réalisation de Ralph Fiennes (Voldemort). Sans elle, je n’aurais jamais poussé la porte de ce cinéma pour voir un film qui avait eu si peu de publicité. Je me suis toujours intéressée à la danse au cinéma mais plutôt version comédie musicale.

Noureev m’a donc ramené aux six années où j’ai appris la danse classique (entre 6 et 12 ans). J’ai revécu la notion d’effort et de souffrance. Les deux ou trois gros plans sur les pieds de Oleg Ivenko (Noureev) raconte beaucoup sur la souffrance qu’il faut endurer pour arriver à contraindre notre corps à faire des mouvements souvent contre-nature mais tellement gracieux, majestueux.

La grâce et la majesté, Oleg Ivenko les a. C’est un jeune danseur classique professionnel, ukrainien, de 22 ans qui campe un Rudolph Noureev plus vrai que nature. Les scènes de ballet et de répétitions sont tout simplement magnifiques. La caméra capte tous les mouvements de ce danseur plein de charisme. Son animalité. Il ressemble à Noureev jeune ce qui ne gâche pas le tableau, bien au contraire. Il a un magnifique sourire et un charisme digne du grand homme.

Le récit raconte le passage à Paris du jeune Rudi, 22 ans, avec le ballet du Kirov. Le récit est agrémenté de moments du passé qui illustrent l’enfance puis l’adolescence du danseur.

En tant qu’apprentie danseuse classique qui n’avait pas le niveau nécessaire à 12 ans pour entrer chez les petits rats de l’opéra, le nom de Noureev, pour moi, c’est du rêve. Ses prestations scéniques sont de la beauté à l’état pur. Par contre, sur le personnage, je n’avais que quelques bribes d’information : danseur russe, passé à l’ouest avant ma naissance, qui danse comme un Dieu et a un sale caractère, devenu chorégraphe puis directeur de l’opéra de Paris et enfin mort du SIDA au début des années 80. J’ai donc découvert beaucoup d’anecdotes concernant Rudolf Noureev et approfondi certaines autres connaissances.

Rudi était un jeune Tatar dont le père était instructeur militaire donc souvent absent du domicile familial. Il était le plus jeune enfant d’une famille de 4 et avait trois sœurs. Il est né dans un train ce qui explique qu’il avait une passion pour les petits trains électriques.

L’histoire se concentre sur son séjour à Paris, ses amitiés trop « occidentales » et son passage à l’Ouest en pleine guerre froide, le 16 Juin 1961.

Le personnage de Noureev n’est pas épargné par le réalisateur et le scénariste. On ne cherche pas à nous rendre sympathique une personne qui ne l’était pas vraiment. Sur scène, il était magique mais dans la vie il était hautain, prétentieux et colérique. Il ne doutait pas un instant de sn talent et du fait qu’il était Le Meilleur danseur de tous les temps. Il faut reconnaître qu’il a révolutionné la chorégraphie pour les hommes dans le ballet classique. Jusqu’ à son avénement, les hommes prenaient des poses viriles sur scène et n’étaient là que pour servir de faire-valoir aux danseuses étoiles. Lui bougeait, dansait, sautait, remplissait tout l’espace quitte à se fâcher avec certaines danseuses qui trouvaient qu’il leur faisait de l’ombre.

C’était un homme fasciné par l’art, sous toutes ses formes, aussi bien la danse, que le dessin, la peinture, que l’écriture. Dans ce film, il donne l’image d’un homme cultivé toujours avide d’en apprendre plus. Il a appris l’anglais afin de pouvoir parler avec les français et les anglais quand il viendrait en Europe en tournée. Ce dont il n’a jamais douté, dès l’adolescence.

Son côté cultivé et rebelle, l’a, bien entendu, amené jusqu’au quartier latin où il aimait un peu trop traîner au goût des gardes du KGB qui ne le quittaient pas d’une semelle. Son passage à l’Ouest s’est fait de façon spontané quand il a appris qu’il était convoqué à Moscou alors que les autres membres du ballet partaient pour Londres. Il avait besoin de Liberté pour danser car sa vie c’était la danse.

On pourrait reprocher au film son côté décousu de par les allers et venues entre passé et présent. Pour moi, au contraire, les petits passages dans le passé m’éclairaient toujours sur ce que je voyais à l’écran concernant l’histoire principale. L’idée de présenter son passé d’enfant par des images en noir et blanc avec des reflets bleus était un pur régal pour les yeux. Ces images du passé expliquent que la vie n’a pas été facile pour Rudi quand il était enfant. Il a souffert du froid, de la misère et du mépris des autres ados en grandissant à cause de ses origines campagnardes. La scène du restaurant russe en compagnie de son amie Clara Saint (Adèle Exarchopoulos) pourrait bien nous donner la clé d’une attitude froide et distante qui existerait pour cacher des blessures narcissiques de l’enfance et l’adolescence. L’idée nous est proposée mais pas imposée par le réalisateur. A nous de nous en saisir ou pas.

Ralph Fiennes s’est distribué le rôle du mentor de Rudolf Noureev, le chorégraphe, Alexander Pushkin, rien à voir avec l’écrivain. Le casting se partage entre des acteurs russes et français qui jouent chacun dans leur langue maternelle et en anglais quand il s’agit de s’adresser les uns aux autres. Je trouve cette idée très bonne car elle nous plonge encore plus dans l’histoire. Le tournage a eu lieu à St Petersbourg, Paris et les scènes tournées en studio l’ont été en Serbie.

La fin du film qui raconte la demande d’asile politique est vraiment tourné à la façon d’un thriller. Va-t-il retourner en Russie ? Va-t-il pouvoir fausser compagnie à ses « amis » du KGB ? Quelqu’un parmi les journalistes et danseurs présents à l’aéroport va-t-il l’aider ? Le film finit donc sur un moment palpitant vraiment très bien réalisé.

Pour une première réalisation, on peut dire que Ralph Fiennes maîtrisait bien son sujet et a réussi à y intéresser le public.

L’exploit aussi c’est de parler de la guerre froide sans parler de politique (ce n’est pas le sujet du film) et de parler de la sexualité de Noureev sans en faire trop (ce n’était pas le sujet du film non plus). Quelquefois, les attitudes suggérées valent bien mieux que des images appuyées sur certains sujets sensibles comme la politique et la sexualité.

Je recommande donc vivement Noureev et pas seulement parce que les cinémas sont climatisés. Pour ceux qui aiment l’histoire, la danse, le suspense haletant (même quand on connaît déjà la fin puisqu’elle appartient à l’histoire) et surtout pour découvrir le charisme et le talent d’Oleg Ivenko qui rend anecdotiques tous les autres rôles de ce film. Il y a vraiment du Noureev en lui.

Béatrice Lascourbas.

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