Petit zoom sur… La Guerre selon James Cameron

Tout bon cinéphile le sait. La canicule est l’occasion de se replonger dans les classiques de notre jeunesse. Ceux qui nous ont fait rêver et plonger dans cette drogue qu’est le cinéma. Ayant fui la chaleur parisienne, j’ai pu me retrouver avec le reste de ma collection qui ne m’a pas suivi lors de mon déménagement afin d’effectuer mes études. En fouillant dans une armoire remplie à craquer de DVD et de Blu-ray, je suis retombé sur un de mes cadeaux d’anniversaire m’ayant marqué. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un coffret contenant l’intégral de la saga Alien. Après avoir commencé (et m’être m’endormit à ma grande honte) à regarder le making-of du premier volet, et avoir revu le volet en question, il paraissait évident de s’attaquer à sa suite. À savoir, Aliens le retour, réalisé par James Cameron en personne. Celui qui est probablement le film que je préfère de cette saga.

Bien avant de se perdre dans le grand n’importe quoi, Alien était une série de films d’horreur spatiaux tout à fait respectable. Le premier épisode, réalisé par Ridley Scott était plus proche d’un film d’horreur classique évoquant autant un film d’Hitchcock que Massacre à la tronçonneuse que des classiques de la SF. Aliens, lui, sans renier ces origines, est totalement inspirer par les films de SF des années 50 ainsi que le film de guerre (l’opus de Cameron est largement influencé par la guerre du Vietnam). Ce qui peut s’expliquer par le background de Cameron, fasciné par des films comme 2001, Star Wars, Mad Max 2 ainsi que les comics Marvel. À l’époque d’Aliens, Cameron n’a réalisé que deux longs-métrages, dont un seul qui peut être considéré comme un véritable film d’Iron Jim : Terminator. Il a également écrit le script de Rambo 2, qui fut largement modifié par Stallone. Aliens peut-être donc considérer comme étant le véritable deuxième long-métrage de Cameron. Et, il a sans aucun doute autant impacté la filmographie de son auteur que son film précédent.

Cet impact se voit notamment dans Avatar. Si, on retrouve des traces d’Aliens dans la majeure partie des films de Cameron (spécialement dans Abyss, et quelque touche par-ci, par-là dans Terminator 2) c’est bien dans son dernier film (qui date de prêt de dix ans) qu’Aliens a laisser sa marque. C’est très simple, l’odyssée sur Pandora, est quasiment le remake de l’essai de Cameron sur la saga du xénomorphe.

Dans Abyss, c’est surtout d’un point de vue esthétique que l’on retrouve l’influence d’Aliens. Les deux métrages ont une tonalité plutôt bleue, frôlant le noir pour Aliens et bien plus clair dans Abyss. L’utilisation des machines est assez similaire, ainsi que le design des costumes. Quant à Terminator 2, c’est surtout la ressemblance entre Sarah Connor et Ellen Ripley qui fait mouche : 2 femmes guerrières, armées jusqu’aux dents, luttant face à une société refusant de les croire et devant lutter contre des monstres afin de sauver un enfant. Ellen Ripley, bien plus que Sarah Connor dans le premier Terminator, détermine ce qu’est une femme dans les films de James Cameron. Une femme prenant son destin en main et luttant fait à un système tentant de l’éliminer (les cyborgs, les xénomorphes ou la société patriarcale et conservatrice de Titanic).

Quant à Avatar, l’histoire est quasi-similaire à Aliens. Nous avons affaire à l’armée américaine, suivant les ordres d’une grosse corporation exploitant les ressources d’une planète et faisant face à des extraterrestres menaçants. On y retrouve de nombreux points communs dans le scénario et les personnages : un personnage de bureaucrate pensant avant tout aux intérêts de la compagnie, un personnage de scientifique (interprétée par… Sigourney Weaver dans Avatar, une femme soldat latino, masculine et redoutable ou encore un officier fumant le cigare. Les points communs sont tellement nombreux que l’affrontement final d’Avatar est quasiment un copier-coller sur celui d’Aliens (une créature affrontant un exosquelette). Le dernier film de Cameron est cependant conçu comme un miroir à son second :

Tout d’abord, cela frappe d’un point de vue visuel. Comme expliquez auparavant, Aliens à une lumière quasiment monochromatique, bleue, et très sombre. Un visuel illustrant une planète exploitée jusqu’à l’os par l’homme, et habitée par une espèce encore plus nocive et invasive. Avatar bénéficie lui d’une lumière beaucoup plus douce, plus colorée et est bien plus vivante. Là ou des rocs noirs et des complexes industriels règnent à perte de vue, ailleurs on a affaire à une Pandora luxuriante, peuplée de vie, de verdure. Un monde paradisiaque à condition de ne pas avoir peur des animaux sauvages. LV-246 évoque ce qu’aurait pu être Pandora si les ressources de cette dernière avaient été exploitées par les humains, et les Na’vi éradiqués.

Cet aspect miroir est aussi thématique. Il y a une inversion de valeurs entre les deux films. Si dans Aliens, les extraterrestres sont massacrés les uns après les autres, dans Avatar, les personnages cherchent à lutter contre ce génocide. La science dans Aliens est source de méfiance : dans le premier volet, un scientifique androïde tentait de ramener un xénomorphe en échantillon afin que l’armée puisse l’utiliser comme sujet d’expérimentation pour la division d’armement. Dans le deuxième, on assiste encore une fois à une situation similaire. À l’exception que c’est le bureaucrate et non le scientifique qui prend cette décision. Dans Avatar, les scientifiques essayent quant à eux de préserver un environnement, d’en faire comprendre son importance et, sous l’influence du Dr.Augustine, d’essayer d’établir une harmonie entre humain et Na’vi. Deux tendances qui sont orchestrées sous l’influence d’une seule et même actrice : Sigourney Weaver. Comme si Cameron tentait de s’excuser d’avoir voulu tuer les Aliens. À noter qu’il n’y a pas tellement de différence : les deux personnages luttent contre une gigantesque entreprise dans le but d’assurer la survie d’une espèce. Dans le premier film, le but est de protéger l’humanité contre son prédateur, alors que la Weyland tente d’exploiter ce danger au risquer d’éradiquer l’espèce humaine de l’univers. Dans le deuxième film, une lutte contre l’armée s’engage afin de protéger une espèce indigène menacée de voir leur planète détruite pour en exploiter les ressources.

L’opposition entre deux films, si proches évoque l’évolution du western. Tout d’abord, représentant la glorieuse colonisation, montrant les Indiens, l’Autre, comme des monstres visant à exterminer le colon (le cas Aliens). Ensuite, un genre remettant en question les identifications traditionnelles, inversant les rôles. Avatar peut être lu comme une relecture d’Aliens sous forme de mea-culpa. Les points communs entre les deux films ne sont pas dus au hasard. Il montre une réflexion sur le cinéma d’action : passant d’un film fondamentalement belliqueux et va-en guerre à un film d’essence pacifique, prônant le vivre-ensemble. Une évolution quasi politique du cinéma de James Cameron, passant d’un jeune loup en quête de sensation forte, à un homme plus sage, plus conscient du poids de ses images.

Avatar et Aliens sont deux films complémentaires. Deux histoires très proches pour une vision du monde, finalement assez proche. Deux œuvres qui ont fait date, que l’on le veuille ou non dans le cinéma de science-fiction. Ce sont deux faces, indispensables, de la pièce qu’est la filmographie de James Cameron.

Hugo Turlan.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Arthur Dupont dit :

    Un petit zoom ma foi très intéressant ! Je n’ai pas vu Avatar depuis un bon moment et je n’ai découvert Aliens qu’après, donc je trouve très pertinent le parallèle entre les deux, qui ne m’avait du coup pas sauté aux yeux à première vue ^^

    Aimé par 1 personne

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