Rencontre avec Maxime Giroux (Le Déserteur)

A l’occasion de la sortie de son film Le Déserteur (2019), nous avons rencontré le réalisateur Maxime Giroux. Un entretien qui s’est révélé enrichissant et passionnant. 

Anne Schneider : Le Déserteur… Les œuvres porteuses de ce titre, à commencer par la chanson de Boris Vian, ménagent l’illusion d’un ailleurs, d’un espace soustrait à la guerre, où l’on pourrait se réfugier, « déserter ». Votre film – et c’est là l’une de ses grandes richesses -, torpille totalement cette illusion, puisque l’ailleurs est encore pire…

Maxime Giroux : Oui ! (Rires) Bon… Ce n’est pas moi qui ai trouvé le titre, puisque c’est le titre français. Néanmoins je trouve intéressant ce rapprochement avec B.Vian et on me l’a déjà fait remarquer. Au Québec, quand on désertait, on allait en prison. Et notre idée part de là : le héros décide de refuser d’aller vers la violence, la guerre, il déserte, mais la violence vient le rattraper. Et il ne peut pas rester au Québec, comme le lui rappelle sa mère ; donc il doit partir, mais la violence le rattrape.

On se posait la question de savoir si c’était une vraie guerre, ou s’il s’agissait de « la guerre » de ce système dans lequel on vit depuis plusieurs décennies. Chaplin écrit son discours, celui du début de son film Le Dictateur; il parle d’oppression, de violence, puis d’acceptation, de tolérance ; cela a été écrit il y a quatre-vingt années et, quatre-vingt ans plus tard, on en est encore là…

AS : Une violence sans doute même de plus en plus intérieure, et c’est ce que le film montre très bien…

MG : Exactement ! On ne la voit pas, on ne la comprend pas… Avant, il y avait toujours une instance pour nous désigner le méchant (les Russes, ou je ne sais qui…). Aujourd’hui, elle est là. Mais qui fait cette guerre-là ? Personne et tout le monde en même temps. C’est le système auquel nous-mêmes nous participons et auquel tous ces personnages-là participent aussi sans le vouloir. Ce sont des victimes, mais aussi des agents, tout comme nous…

AS : Le film parle aussi de l’impérialisme culturel…

MG : Oui, le héros est un Québécois qui va aux Etats-Unis pour imiter les Américains. Moi, on m’a aussi offert d’aller imiter le cinéma américain aux Etats-Unis en allant faire des films aux Etats-Unis, comme le font de plus en plus de Québécois : Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallée… Ce sont des personnes que j’aime beaucoup mais le film, indirectement, parle un peu de cette force-là, qui fait en sorte que tout devient économique, que tout devient marketing. Là réside la violence, dans le fait qu’on est en train de détruire plein de petites cultures, pour avoir une seule et unique culture, qui soit nord-américaine. C’est pourquoi le personnage appelle sa mère, qui est la mère-patrie, aussi. Il est perdu, dans cet univers-là : je suis là, je n’ai pas le choix, je me fais violenter, je ne sais pas comment me défendre et la seule façon est de devenir violent moi-même. On m’oblige à adopter ce fonctionnement.

C’est pourquoi j’affirme que c’est un film personnel. Si je pouvais ne faire des films qu’au Québec, c’est ce que je ferais, mais de plus en plus on nous dit que la culture c’est en anglais. Regardez Xavier Dolan, il fait un film aux Etats-Unis, alors qu’il n’en a pas besoin, puisqu’il pourrait trouver de l’argent n’importe où. Mais cette culture s’impose comme l’unique culture, mondiale. Et cela ne vaut pas seulement pour la culture, mais aussi pour la façon de vivre, pour tout… Et cela, bien sûr, ce n’est pas dans le film, mais ça y est !

AS : A ce sujet, concernant les cultures abandonnées, parlons du cadre, et notamment de ces villages abandonnés dans lesquels vous avez tourné. Comment avez-vous vécu ce tournage : avez-vous pris plaisir à réveiller ces villages de leur sommeil par cette vie cinématographique ? Ou bien l’animation passagère provoquée par le tournage s’est-elle inscrite comme une sorte de rêve ?

MG : C’est une très bonne question, super intéressante ! (Rires) Pas évident d’y répondre ! Déjà, j’ai une fascination pour les endroits abandonnés et pour l’architecture en général, qui est une de mes grandes passions. Les villes abandonnées aussi, là où il y a eu des humains…

Je visitais l’ouest américain en même temps que nous écrivions le scénario, j’envoyais des photos aux autres scénaristes… Je pense que nous avons visité neuf Etats : Wyoming, Idaho, Nevada, Californie, Oregon… J’y ai visité beaucoup d’endroits, des villages fantômes, des villages abandonnés, et il était très important pour moi de ne les altérer en rien, de créer un univers, qui semble phantasmé, inventé, tout en ayant des lieux authentiques, auxquels je n’aurais rien changé… Tout est là, je n’ai rien déplacé. En bas, dans la noirceur, on a apporté des éléments, mais l’endroit où se trouve Romain Duris existe pour de vrai. La seule chose rajoutée est de l’argile, dans le bac, mais on n’a rien modifié dans ce lieu, qui existe, et se trouve sous un cinéma, justement !

AS : Ces villages désolés sont autant d’allégories politiques ?

MG : Oui, sorte de témoignage que l’humain peut construire, peut prendre, puis abandonner. Comme le fait le système capitaliste, tant que cela crée notre plaisir et nous permet de prospérer. Comme il l’a fait avec Chaplin aussi, qu’on a utilisé ; et quand il est devenu un communiste à leurs yeux, on l’a jeté. Quand on ne fait plus partie du système, on nous jette. C’est aussi la raison de la présence de Chaplin dans le film, pour jouer avec le cinéma et avec ce personnage naïf, assez semblable au héros québécois, qui est une bonne personne, qui voit la bonté humaine.

Pour en revenir aux lieux, j’avais le désir de témoigner d’une certaine Amérique qui existe ; parce qu’elle existe, cette Amérique qui était prospère en 1890, 1910, 1920, 1930… Mais maintenant, si vous voulez voir un pays moderne, prospère, vous allez à Singapour, pas aux Etats-Unis. Même au Canada, où nous avons beaucoup construit dans les années 1940, 1950, 1960, toutes ces constructions sont en train de s’écrouler…

AS : Mais qu’en est-il de ces autres espaces qu’on dit sauvages : pourquoi le Nevada, plutôt que les grands espaces du Québec lui-même ?

MG : Le héros quitte le Québec, et moi j’ai l’impression que le Québec, en ce moment, est perdu. Comme beaucoup de pays par le monde, mais le Québec, lui, est en Amérique, et a toujours été entouré de trois cents millions d’anglophones… Nous, nous sommes des francophones et nous avons toujours eu à nous battre, à affirmer notre identité ; et là, pour la première fois, car c’est la première génération concernée par ce phénomène, on a l’impression que tout le monde se moque de cela : tout le monde veut faire partie de cette grande fête du système capitaliste, on veut aller récolter l’argent, le life-style… Mais on n’est pas très bons à ce jeu, ce n’est pas nous… Mais on le fait quand même, parce qu’on n’a pas le choix. Si on ne le fait pas, on va mourir, en tant que société. On veut garder nos acquis, donc c’est un peu cela, l’idée d’aller dans ce désert : un personnage perdu quitte sa patrie et se rend compte que, finalement, il y a une violence à jouer ce jeu-là. Il doit revenir, il veut revenir vers ce qu’il est profondément, mais il n’en est pas capable. C’est ce que je ressens par rapport au Québec en ce moment ; c’est fataliste, mais c’est ainsi. J’ai l’impression que nous avons atteint un point de non-retour et que nous ne reviendrons jamais en arrière.

AS : Y a-t-il encore le « Je me souviens », sur les plaques d’immatriculation ?

MG : Oui, mais il n’y a pas grand monde qui s’en souvient (grand éclat de rire) !… Vous savez, moi, je suis un Américain, j’occupe le territoire américain, je suis un Nord-Américain, je ne suis pas un Etasunien, je suis profondément ancré dans mon territoire qu’est l’Amérique, je me considère vraiment comme un Américain, beaucoup plus que comme un Français. Je suis très connecté avec les Américains des Etats-Unis. La seule chose qui me différencie, en fait, c’est la langue. Mais le territoire, pour moi, est très important. Pas juste le Québec, tous les Etats-Unis…

Et c’était intéressant pour moi d’explorer ce territoire qui, vous le savez sûrement, est peuplé d’anciens Français. Il y a là des noms Français, portés par des gens qui ne parlent plus du tout français… On parle de millions de gens dans ce cas-là, qui sont là depuis quatre-vingt, soixante-dix ans, cent ans, qui ne parlent plus français mais qui ont des noms de famille français et des origines françaises ; de même que des Allemands, Anglais, Autrichiens… Les gens viennent de partout aux Etats-Unis…

AS : Oui… J’en reviens, justement, à ce réalisateur français, Armand Gatti, et au lien qui m’était apparu entre son film, El Otro Cristobal , et votre film, par le biais des écrans géants. Un film qui, d’ailleurs, avait été commandé à Gatti par Castro au début des années 60, et dans lequel ces écrans géants jouaient un rôle très particulier puisque, implantés au ciel, et très semblables à ceux de votre film par leur armature métallique, ils étaient censés y retransmettre des images de la Terre… En voyant votre film, je me suis demandé si la référence était délibérée et si vous aviez souhaité une coupure similaire entre le monde de la guerre et celui dans lequel Philippe, le héros, cherche à fuir ; avec toutefois cette différence radicale que l’espace dans lequel s’enfonce Philippe n’a, lui, rien de céleste…

MG : Je n’ai pas vu ce film de Gatti, mais dans ce cas-ci je voulais vraiment créer un malaise chez le spectateur. Je voulais lui rappeler que c’est un peu quelque chose qui peut ressembler à un rêve… même si certains ont pu considérer que ce n’en était pas un. En tout cas, on voulait lui montrer quelque chose de concret : cette violence, ces guerres, ou ce système défigurent l’âme ; c’est ce qui arrive à Philippe.

Et, concrètement, l’identité passe par le visage. Et ces gueules cassées, que l’on voit sur ces grands écrans, ce sont des gens qui se sont fait détruire…

AS : Défigurer, au sens propre du terme…

MG : Oui, défigurer l’identité. Et ces gens ont un sourire, dans les images. Malgré tout, ils ont une résilience, et malgré la violence, toute la violence que l’humain peut avoir, ils vont continuer à sourire et à avancer. C’est intéressant, trouvais-je, parce qu’à la fois effroyable et absolument puissant. Mais ce sourire est bien entendu une nécessité, parce que, s’ils ne sourient pas, ils meurent.

AS : Ce sont des images que vous avez trouvées dans des fonds européens ?

MG : Oui, des archives françaises. C’est ce qui a coûté le plus cher, dans le film ! La musique de REM, « Everybody hurts…», a coûté moins cher que ces archives françaises. Les droits d’auteurs, en France – et c’est une bonne chose, d’une certaine façon -, ou encore les droits de diffusion sont très dispendieux. Alors qu’aux Etats-Unis, ce n’est pas cher au départ, et si le film marche, on doit donner de l’argent. Dans le business, ils se sont adaptés beaucoup plus que la France ou le Québec aux nouvelles données économiques : il n’y a plus beaucoup d’argent, mais quand il y en a à faire, on se donne toutes les chances. J’ai déjà essayé d’avoir une chanson de Robert Charlebois, dans un film, mais c’est impossible à acheter. Avoir de la musique française est très compliqué aussi. Alors que les Américains, eux, ont le sens du business ; pas comme les Québécois ou les Français ! Quand je disais que, nous, les Québécois, on essaye de jouer le jeu mais qu’on n’en est pas capables, en voici un des exemples…

AS : En, un sens, peut-être tant mieux…

MG : Mais tant mieux ! Exactement ! Peut-être tant mieux…

AS : C’est ce qui permettra, peut-être, une autre ligne de fuite…

MG : …Ou c’est ce qui va faire qu’on va tranquillement devenir des économies qui vont disparaître, à force de perdre des acquis, comme ce qui se passe en France. Voyez les gilets jaunes, la classe moyenne de plus en plus dans la misère…

AS : D’où l’importance, même symboliquement, de cette image des villages, de tout ce qui a été, et qui peut mourir…

MG : … Et qui est en train de mourir… Exactement !

AS : A propos de ces évolutions, pouvant conduire à une disparition… Vers la fin du film, le héros se trouve filmé de dos, à contre-jour. Dans ce plan, ce double en déroute de Chaplin prend soudain la silhouette de Stan Laurel… Cette métamorphose était-elle voulue par vous, dans le sens d’un amenuisement du personnage, qui aurait laissé tellement de plumes dans la bataille qu’il ne serait plus semblable à Chaplin mais au maigre Stan Laurel ?

MG : C’est drôle, je n’avais pas pensé à Laurel et Hardy, pas du tout, mais il y a bien le fait qu’on voulait qu’il soit fragilisé. Sur ce plan, dans le train, on m’avait fait remarquer la proximité avec Magritte. On ne voulait pas le faire absolument, mais néanmoins c’était là.

AS : Autre effet de contrepoint, le rôle joué par la musique. Une musique qui est souvent très fascinante et très douce, en contrepoint avec toute la violence extrême qui est montrée. Donc, pourquoi cette douceur ? Pour vous réparer, vous ? Un baume pour le spectateur ?

MG : Je suis étonné que vous souligniez la douceur, car il y a deux chansons douces (REM et une reprise d’une chanteuse allemande, Sibylle Baier), mais le reste de la composition musicale m’apparaît comme assez oppressante… Mais il y avait effectivement le désir de ramener, ici et là, de la douceur, pour que le personnage puisse respirer un peu et que le spectateur puisse se ressourcer, parce que cela reste un film assez grossier, avec un dessin grossier, un peu à l’image du système capitaliste et de l’Amérique.

AS : Et les acteurs ? J’ai lu que Romain Duris avait apprécié de se voir proposer un rôle aussi sombre, ce qui lui arrive peu en France. En tant que spectateur, on perçoit une vraie délectation des acteurs à jouer des rôles si noirs, si ambigus…Soit Duris, soit Reda Kateb…

MG : Pour Reda, c’était un rôle plus normal, d’une certaine façon. Mais pour Romain, dès qu’il a lu le script, ce qui l’a excité, ça a été de voir là quelque chose qui lui est peu proposé en France… Ici, on est à la limite du film de genre, en tout cas sa partie. Romain est quelqu’un qui aime énormément la BD, il en fait, donc je pense que cet aspect lui a plu. Il a été facile de l’avoir, pour ces raisons-là, et il s’est d’ailleurs montré extrêmement généreux.

AS : Son rôle conserve une humanité que vous lui avez préservée ; dans le moment des larmes…

MG : Cela, c’est sa proposition. Ce n’était pas dans le scénario, au départ. C’est lui qui est arrivé avec ça : il le fait, sans me le dire, et c’était tellement puissant qu’il fallait que je le garde au montage. Trois personnes versent une larme, dans ce film ; trois hommes : Philippe, quand il parle avec Soko, Romain, qui pleure un peu comme s’il se rendait compte de tout ce qu’il est en train de faire, mais comme s’il était impuissant face à cela. Il lui demande : « Fais- moi rire… », mais ça le fait pleurer…

AS : C’est très beau, car il y a une grande polysémie de ces larmes… Je pensais justement à la fameuse « banalité du mal »… Là, ces larmes nous mèneraient plutôt vers l’ambiguïté du mal…

MG : Exactement. Il y a enfin le vendeur, aussi, lorsqu’il fait son discours… Sur grand écran, on voit bien la petite larme qui coule. Il y a eu deux prises. C’était la première. Excellent acteur… Et lui non plus, je ne lui avais pas demandé cette larme… Consciemment ou instinctivement, ces comédiens ont donc voulu apporter une certaine humanité à leur personnage…

AS : A vos yeux, ce film-là, le vivez-vous comme s’inscrivant dans une continuité ou dans une rupture, par rapport à vos précédents ?

MG : C’est une très bonne question, parce que c’est une rupture, totalement. Après Félix et Meira , j’ai décidé de m’amuser avec le cinéma, de moins me prendre la tête avec ce qu’on doit faire, pas faire au cinéma. Si tu fais tel genre de film, c’est supposé ressembler à ça… J’ai décidé de ne plus chercher à avoir une carrière, ou à avoir un style, en tant que cinéaste… Au contraire, j’aimerais que, pour chacun des films, on puisse changer mon nom ! J’ai envie de m’amuser avec cela. Mon prochain film, j’aimerais qu’il soit sur un trader financier, à l’américaine. Ensuite, je veux faire un film façon « screamer ». C’est comme si, à l’instar du personnage, qui est pris dans quelque chose, moi-même, en tant que cinéaste, j’étais pris dans quelque chose, et c’est comme si les institutions, les producteurs, les distributeurs, les financeurs, avaient peur, sans que ce soit de leur faute ni de la faute de personne ; comme si tout le monde avait peur : « Non, le spectateur ne va pas comprendre ceci, c’est cela qu’il veut… ». Moi, je n’essaie pas de développer mon économie, qui s’appelle Maxime Giroux, comme fait Dolan, qui est un personnage qui est son propre produit de marketing. Je n’essaie pas d’avoir un style cinématographique qu’on va retrouver, comme les Dardenne. C’est vraiment le contraire que j’ai envie de faire. Mais ça ne veut pas dire que les gens vont suivre… (rires)

AS : Oui, mais ils peuvent… Votre démarche postule une confiance et vous avez raison. Une confiance dans l’idée d’un dialogue possible, d’une compréhension…

MG : Ben oui… Moi, j’adorais les Dardenne, mais je ne regarde même plus leurs films, parce qu’ils ne me surprennent plus… Tandis que, pour Bruno Dumont, quand j’ai vu P’tit Quinquin , je me suis dit « Mais c’est génial ! ». Mais ce n’est pas si génial que ça. Ce qui est génial, c’est que Bruno Dumont ait fait cela…

AS : Oui, qu’il ose…

MG : Voilà !

AS : Donc, osez… Continuez à oser.


Un grand merci à Maxime Giroux et Anne Schneider pour cet entretien (4 juillet 2019).

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