Critique : Galveston (2018)

Galveston est un thriller policier américain réalisé par Mélanie Laurent.

En 1988 à La Nouvelle-Orléans, plus rien ne va pour le petit truand Roy Cady. Endetté, il apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon et que son patron l’envoie dans un traquenard évident. Roy n’a alors qu’une option : fuir. Il part alors en cavale et rencontre sur sa route Raquel Arceneaux, une jeune prostituée elle aussi écorchée par la vie. Ils se rendent à Galveston au Texas.


En à peine une décennie, Mélanie Laurent s’est forgée un joli petit cv au niveau de la réalisation. Galveston apparait comme le film le plus ambitieux de ses cinq longs métrages. Le scénario est signé par le créateur de la série True Detective, le casting et la production sont américains. Des ingrédients qui donnent envie de découvrir ce polar « franco-américain ».

La tempête menace…

Les premières minutes nous montrent pourquoi Mélanie Laurent a été choisie à la réalisation. Comme pour le cinéaste belge Michaël R. Roskam (Quand vient la nuit), elle apporte un regard particulier sur l’Amérique et l’œuvre de Nic Pizzolato. Elle amène un regard intime et élégant sur les méandres américaines. Une appréhension que l’on retrouve souvent chez les réalisateurs européens sous une production américaine (Nicolas Winding Refn, Fabrice Du Welz).

La mise en scène est au plus près des personnages, et on y retrouve l’importance des ombres et des lumières, si chère à Mélanie Laurent et son équipe technique. Les décors et la photographie forgent un relief aussi séduisant que hostile pour ce polar crépusculaire.

On ne voit pas le premier quart d’heure passé, tant on est capté par cette atmosphère poisseuse. Ben Foster et Elle Fanning irradient l’écran.

Un duo fracassant !

Comme pour Mélanie Laurent, la carrière de Ben Foster a pris son envol dans les années 2010. Il a enchainé les bons films avec de grands rôles comme Du sang et des larmes, Comencheria ou encore Leave no Trace. Dans Galveston, l’acteur américain campe parfaitement ce quadragénaire qui n’a rien à perdre, et qui va retrouver espoir à la vie grâce à une rencontre improbable. La caractérisation du personnage se rapproche de celui qu’il a interprété dans Comancheria, sauf que le regard de Mélanie Laurent lui donne une toute autre direction. Ben Foster est impeccable et montre une nouvelle fois qu’il est un très grand acteur avec un jeu instinctif et une véritable sincérité devant la caméra.

A ses côtés, Elle Fanning livre une prestation remarquable. On sent une alchimie entre elle, Ben Foster et Mélanie Laurent, un véritable partage, ce qui renforce le duo à l’écran. Il y a une certaine compassion de la part de la réalisatrice envers ses deux personnages, sans pour autant prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Elle constate simplement qu’il y a des destinés plus sombres les unes que les autres, et qu’il ne faut pas les oublier.

Il faut également souligner la présence de Lili Reinhart, qui se révèle fort convaincante en quelques secondes face à Ben Foster. Même si il fait le job convenablement, Beau Bridges ne reste pas dans les mémoires. Il s’agit peut-être du seul reproche que l’on peut faire à ce casting où plutôt au scénario. Cet antagoniste manque légèrement d’étoffe, on n’a pas l’impression qu’il soit réellement menaçant. Personnellement, j’aurais bien vu Michael Rooker dans ce rôle.

Et au final, ça donne quoi Galveston  ?

Défi réussi pour Mélanie Laurent ! Première réalisation aux États-Unis avec un petit budget et un tournage express, on peut que la réalisatrice française a pleinement rempli son contrat. Galveston n’a pas été qu’une simple commande pour Mélanie Laurent, au contraire elle a saisi l’occasion de poser son identité cinématographique sur un polar à l’américaine. Le mélange fonctionne à merveille, grâce au talent des acteurs et le savoir-faire de la cinéaste.

Tout d’abord, sa mise en scène est à la fois élégante et efficace. Mélanie Laurent l’a joué simple au vu d’un tournage chargé et court dans le temps. Son cadre tranche avec aisance l’intimité de ce duo en cavale. Une immersion qui frappe fort et juste, de la première à la dernière minute du film. Le pan séquence dans la dernière partie du film est tout simplement renversant.

Visuellement, la photographie d’Arnaud Potier donne du coffre à ce road trip. Les décors, les contrastes de couleurs et les jeux de lumières participent grandement à l’atmosphère sombre, fiévreuse et douce du film. Il faut également souligner les prouesses en matière de maquillage, c’est crédible et percutant.

Le scénario épouse cette vague de romans qui traite la face cachée de l’Amérique, comme ceux de Dennis Lehane (Quand vient la nuit, Gone baby Gone) ou de Taylor Sheridan (Comancheria, Yellostone). La griffe de Nic Pizzolato est omniprésente, et Mélanie Laurent y injecte sa sensibilité. Les personnages principaux sont tout d’abord opposés, puis noués avec des points communs, et un unique but : se reconstruire à l’aide de l’autre. L’aspect road trip est intéressant, et rappelle parfois Un monde parfait de Clint Eastwood.

Un petit mot sur la bande originale qui n’est pas des plus mémorable, mais qui se fond assez bien avec les images.

A sa sortie en salles, Galveston a connu une douche froide, alors qu’il aurait tellement mérité un meilleur accueil à travers le monde. On félicite tout de même le distributeur indépendant The Jokers pour avoir porter ce film dans l’hexagone.

En résumé, Galveston est une véritable réussite ! Mélanie Laurent justifie parfaitement son premier atterrissage aux États-Unis, en signant un thriller palpitant et émouvant. Ben Foster et Elle Fanning sont impeccables !

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. regardscritiquesho22 dit :

    « Galveston »… De Mélanie Laurent, je n’ai pas vu « Plonger », mais j’ai vu « Les Adoptés », « Respire » et « Demain ». Mélanie Laurent, je la trouve excellente comme actrice et, comme réalisatrice, je n’ai jamais été déçu… Mais, là? Film américain, acteurs américains, dans un thriller qui plus est, peut-être y avait-il de quoi être inquiet, peut-être poussait-elle là le bouchon un peu loin?
    Eh bien non, Mélanie Laurent est devenu un vieux briscard du cinéma et plus rien ne doit lui faire peur. C’est une réalisatrice qui a mûri et qui s’est bonifiée avec le temps. Là, le résultat est grandiose, bluffant. « Galveston » est un film qui aurait pu être tourné par Scorsese ou par Tarentino et Mélanie Laurent, biberonné au cinéma américain, n’a plus grand-chose à apprendre de ses maîtres.
    Le scénario est d’enfer, d’une limpidité étonnante… Il faut dire qu’elle a été bien aidée: j’ai vu, après coup, que son film était adapté du roman du même nom de Nic Pizzolatto, qui avait fait des merveilles avec la première saison de la série policière « True Detective ». On comprend mieux… Mais ce qui est étonnant, c’est la maîtrise exceptionnelle de la réalisatrice, sa capacité à percevoir la réalité de la société américaine, sa direction d’acteurs remarquable: Ben Foster, au physique entre Matthias Schoenaerts et Ryan Gosling, est excellent, de même que la ravissante Elle Fanning. Techniquement, c’est également très réussi, avec des plans superbes et souvent savamment composés, une musique qui s’applique parfaitement au propos et un art du montage qui a peu à envier aux grands réalisateurs américains.
    Bref, le film est une très belle réussite, parfaitement maîtrisé, parfaitement réalisé, un vrai bon film américain, un vrai bon thriller, un vrai bon polar noir, violent, exubérant parfois, baroque et, au bout du compte, un beau moment de cinéma!

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    1. Dommage que le film n’a pas rencontré le succès… :/

      Aimé par 1 personne

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