Il était une fois… Sexe, Mensonges et Vidéo de Steven Soderbergh

Sexe, Mensonges et Vidéo est un film dramatique américain de Steven Soderbergh.

Graham Dalton collectionne les interviews video de femmes qui racontent sans détours leur vie sexuelle. De retour dans sa ville natale il retrouve un ancien copain de fac qui a « réussi » et sa femme. Cette rencontre va avoir pour tous des conséquences surprenantes.


Suite à une rupture amoureuse, Steven Soderbergh a écrit le scénario du film en huit jours sur un bloc-note jaune durant un voyage. Il n’est à l’époque remarqué que pour son documentaire « 9012 live » sur le groupe Yes.

Le néo-cinéaste soumet alors son scénario à de jeunes producteurs américains qui viennent d’ouvrir leur agence indépendante. Robert F. Newmyer et Jeffrey Silver sont séduis par le propos et la vision de Soderbergh, mais les moyens financiers sont limités. Virgin participe au budget qui s’élèvera au final à un peu plus d’un million de dollars.

Jennifer Jason Leigh et Elizabeth McGovern étaient les deux premiers choix d’actrices pour les rôles de Cynthia et Anne. Les deux actrices refusent, l’une pour une incompatibilité d’emploi du temps et l’autre car son agent n’aimait pas le scénario.

Sexe, Mensonges et Vidéo est sélectionné en compétition officielle du 42éme Festival de Cannes, présidé par Wim Wenders. Et Steven Soderbergh crée la surprise en remportant la Palme d’Or et James Spader le prix d’interprétation masculine. Ce double couronnement est vivement critiqué. Do the Right Thing de Spike Lee et Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore étaient donnés à l’époque comme les grands favoris.


Un carré du désir

Dans un premier temps, Steven Soderbergh nous présente un triangle amoureux, où plutôt à la recherche de désir et de plaisir. On a Anne qui est loin de vivre la vie de rêve avec son mari John. Elle n’a pas vraiment de désir pour lui, et ce dernier la trompe avec sa sœur Cynthia. Le triangle véhicule le sexe et les mensonges. La vidéo arrive par l’intermédiaire de Graham, et cela intrigue en premier lieu Anne, puis Cynthia. John reste aveuglé par son adultère.

Steven Soderbergh se montre particulièrement à l’aise pour instaurer une atmosphère intime et un regard ciselé sur le couple moderne. On pense évidemment à American Beauty, il est évident que Sam Mendes a été inspiré par l’œuvre de Soderbergh.

Le premier quart d’heure ventile un parfum ensorcelant où l’érotisme doux se combine avec l’étrange.

Une éclosion collective !

Steven Soderbergh a eu un sacré flair pour dénicher ce quatuor parfait. Malgré ses réticences au départ concernant Andie MacDowell, le cinéaste américain ne peut être que satisfait de sa performance. En effet, l’actrice casse à merveille son statut de « poupée de cire » en livrant une interprétation toute en nuances et sobriété. Il s’agit sans conteste d’un de ses plus beaux rôles au cinéma.

James Spader colle parfaitement à son rôle. Tout d’abord physiquement, sa gestuelle, ses mimiques, son regard et ses déplacements peu assurés rendent son personnage à la fois énigmatique et attirant. Il dégage une sensibilité, une douceur, qui vient épouser peu à peu celle de sa partenaire. A mon sens, son prix d’interprétation à Cannes est loin d’être une arnaque, comme beaucoup l’ont dit et disent encore. Il est même logique, surtout lorsque l’on voit ceux qui composent le jury (Wim Wenders, Sally Field, Krzysztof Kieślowski, Héctor Babenco…). Le travail de Soderbergh a communié avec eux et il a surtout montré un renouveau dans le cinéma américain.

De son côté, Laura San Giacomo dégage de la fièvre, de la jalousie et l’amour envers sa sœur. Son appréhension du personnage fait d’elle une présence essentielle dans le quatuor. L’actrice américaine connait là le meilleur rôle de sa carrière.

Et pour finir, Peter Gallagher est légèrement en retrait, à l’image d’un étau qui se resserre au fur et à mesure sur lui. Son interprétation est convaincante, et renforce la vision de Soderbergh sur les relations entre les êtres. Le cinéaste fait preuve d’une maturité épatante, aussi bien dans la direction, que dans la composition des personnages.

Et au final, ça donne quoi Sexe, Mensonges et Vidéo ?

Premier film et premier coup de maître pour Steven Soderbergh. Ce dernier signe une œuvre  fascinante et intimiste au cœur de quatre vies, de quatre êtres différents à la poursuite d’une nouvelle flamme… Le cinéaste américain dresse un portrait percutant des grandes banlieues américaines de la fin des années 80. Une introspection novatrice qui brise les codes et les tabous. A l’image de Graham, Steven Soderbergh veut montrer ce qui se passe réellement chez les gens et ainsi tordre le coup aux faux-semblants.

Sa scénographie se caractérise par une approche quasi-documentaire, tout en y véhiculant de réelles ambitions cinématographiques. Son cadre se veut intime, et s’attarde avec force sur les mots et les regards. L’atmosphère est tout d’abord assez curieuse, pour ensuite prendre une tournure plus étouffante, passionnante et réaliste. La photographie de Walt Lloyd mise principalement sur la lumière et les ombres pour intensifier le côté intime. Une sobriété qui fait corps avec celle de Steven Soderbergh. Les décors favorisent également la caractérisation des personnages, et établi efficacement le contraste entre eux.

C’est au niveau de l’écriture que réside toute la fibre l’essence du cinéma de Soderbergh. Il démarre avec des personnages à la limite de la caricature pour ensuite leur donner un relief novateur. En effet, chaque protagoniste évolue à travers le carré dont il fait partie. Les thématiques principales sont évidemment dans le titre, mais Soderbergh y articule d’autres sous-thématiques aussi importantes. La religion, le mal-être sexuel, l’adultère et la fraternité sont instaurés comme des miroirs. Une combinaison qui peut paraitre simple, mais encore faut-il le distiller avec intelligence, comme pour les dialogues. Le cinéaste œuvre en toute simplicité et efficacité dans son immersion.

A la musique, Cliff Martinez fait également ses débuts au cinéma en tant que compositeur. La bande originale se distingue par des sonorités quelque peu expérimentales, qui participent à l’atmosphère ensorcelante du film.

En résumé, Sexe, Mensonges et Vidéo est chef d’oeuvre, puisqu’il ouvre la porte dans nouveau cinéma. Un bouquet d’audace et de maitrise qui donne naissance à un grand cinéaste et à des actrices et acteurs prometteurs.

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