Après Séance : Midsommar

Midsommar, littéralement « mi-été » en suédois, est un film d’horreur suédo-américain écrit et réalisé par Ari Aster.

Dani et Christian sont sur le point de se séparer. Un drame dans la famille de Dani intervient. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre de la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé.

Ce qui commence comme des vacances insouciantes, dans un pays où le soleil ne se couche pas, vont vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.


Il y a moins d’un an, le cinéaste américain de 33 ans avait conquis le public et la critique avec son premier long-métrage Heredity. Obsédé par les films d’horreur dès l’adolescence, il commence à en louer des centaines dans un vidéoclub tout en écrivant quelques scénarios.

Après 6 courts-métrages, il passe au grand écran avec Heredity, qui comporte comme thèmes : le deuil, l’héritage et la prison que représente la situation familiale. Ces thèmes sont la quintessence du travail d’Ari Aster, Midsommar n’échappe pas à la règle. Heredity sera le plus gros succès de la société de production A24 avec 80 millions de dollars au box-office.

Nous voilà ensemble pour quelques lignes, sur un film qui va diviser, un film aussi beau que dur. Bonne lecture.


Lors de sa sortie l’année dernière, je n’avais pas eu le temps d’aller voir Heredity au cinéma et je n’ai pas encore eu l’occasion de me faire une séance de rattrapage. Cependant, j’ai entendu nombre d’éloges sur ce premier film d’un jeune réalisateur américain, doué caméra en main, à l’aise et efficace dans sa mise en scène.

Comme à mon habitude, je fais toujours le tour des sorties du mois, je suis donc tombé sur la bande-annonce de Midsommar. J’ai tout de suite été happé par cet univers éclatant et dérangeant. La musique de la bande-annonce ne m’a pas lâchée un instant. Après avoir revu cette bande-annonce au cinéma, je me suis dit qu’il ne fallait pas que je rate ce film.


Allo ???

Midsommar s’ouvre sur une fresque qui a visiblement pour vocation de raconter une histoire. Une prophétie. Un conte de fée. Accompagnée d’une musique dès plus douce, avec quelques chants lyriques. Le panneau s’ouvre sur une forêt sombre et enneigée, filmée en plan d’ensemble. Cette douce ambiance est brusquement perturbée par des sonneries de téléphone. Chacune des sonneries resserrent le cadre pour arriver à une maison, plongée dans le noir. Maison dans laquelle se balade la caméra. Un répondeur, deux personnes âgées qui dorment dans un lit, rien de plus.

Coupe brutale, Dani est chez elle et tente de joindre ses parents sans succès. La jeune femme s’inquiète et joint Christian par téléphone pour lui expliquer la situation. Sa sœur est bipolaire et lui a envoyé un mail préoccupant. L’homme est détaché, il est dérangé par cet appel. Il ne fait preuve d’aucun soutien. Lors de cette conversation en plan séquence Dani est filmée en gros plan. Il traduit la forte anxiété du personnage.

Le plan suivant nous emmène dans un bar, sur un plan large en lent traveling arrière, aéré. Un plan séquence où la bande d’amis, Christian, Pelle, Josh et Mark discutent de cette relation qui est sur le point de se terminer. Lors de la conversation, le portrait de Dani n’est pas élogieux. Toujours inquiète, non portée sur le sexe, envahissante. Christian hésite à quitter Dani depuis 1 an.

Séquence suivante, retour sur Dani, toujours chez elle, qui parle cette fois à une de ses amis en lui faisant part de ses inquiétudes quant à sa relation avec Christian. Cette dernière lui conseille également de mettre un terme à cette pseudo histoire d’amour. Elle reçoit un double appel d’un numéro inconnu. Le cauchemar prend racine, pour elle et pour nous spectateur.

Dans une séquence non parlée, des plus esthétiques, Ari Aster nous présente le suicide de la sœur de Dani et du meurtre de ses parents. Le mode opératoire, l’asphyxie. Elle a allumé le moteur des deux véhicules dans le garage. Deux gaines sont scotchées sur les pots d’échappement. L’un conduit à la chambre des parents, l’autre est directement accrochée à la bouche de la sœur de Dani.

Deux plans frappent, le premier est un gros plan fixe sur les deux échappements. Seules les lumières des véhicules d’urgences et des pompiers révèlent le mode opératoire. Le second est un travelling avant suivant une des gaines, celle accrochée à la bouche de la défunte sœur. Ce travelling révèle un visage glaçant, arrosé de vomi, les yeux grands ouverts d’un blanc bleuté terrifiant. Les cordes de violons maltraitées de l’incroyable musique de Bobby Krlic terminent ce tableau funeste. La caméra poursuit son travelling vers une fenêtre. À l’extérieur, le noir, le néant, seulement des petits flocons de neige tourbillonnant au grès du vent. Le casting, le réalisateur et enfin le titre, « Midsommar ».

À la fin de cet écran titre, le portable de Christian sonne, au bout du fil, Dani. Un hurlement déchirant retentit.

Retenez bien ce nom : Florence Pugh

Florence Pugh en Dani est incroyable. Tant de maîtrise dans l’alternance entre la joie euphorique, la profonde tristesse, la dépression, la violence interne, le doute et l’incrédulité est tout bonnement incroyable. Cette jeune actrice de 23 ans livre une prestation ultra convaincante. Il va falloir compter sur elle dans les années à venir, même si cette dernière a récemment accepté un contrat lucratif avec Marvel pour un rôle dans Black Widow. Elle porte le film sur ses épaules.

Jack Reynor n’est pas en reste en petit ami indigne et anthropologue curieux. L’irlandais de 27 ans que vous avez pu voir dans HHhH de Cédric Jimenez ou encore Détroit de Kathryn Bigelow est très convaincant.

William Fitzgerald Harper, de The Good Place, occupe un rôle moins central, mais représente parfaitement la curiosité et l’anthropologue en devenir qui accepte ce qu’il voit. Il n’a pas de situation complexe à jouer dans ce film, mais sa présence au casting et intéressante et démontre tout de même qu’il peut faire autre chose que des rôles comiques. J’espère que des cinéastes lui laisseront des rôles importants dans les prochaines années même si ce dernier à une préférence assumée pour les planches.

Enfin Will Poulter, que nous ne présentons plus après Le Monde de Narnia, le Labyrinthe ou encore The Revenant, complète ce casting. Odieux, avec comme seule envie de ramener une fille dans son lit, son personnage fait de brève apparition, mais toujours remarquée. Il continue sa carrière avec des choix de film intéressant.

Et au final, ça donne quoi Midsommar ?

En sortant de la séance, je suis resté extatique pendant plusieurs minutes, dérangé et en plein malaise pendant plusieurs heures. J’ai mis un peu de temps à digérer le métrage, savoir si je l’avais aimé ou détesté. Prendre le temps d’y repenser, avoir le courage de me le repasser dans la tête, avoir le courage de réécouter cet incroyable score de Bobby Krlic durant ce processus.

Incontestablement, ce long-métrage n’est pas pour tout le monde. Il faut se préparer à vivre une expérience difficile, surtout si vous souhaitez vous plonger dedans. Se rendre dans la salle obscure en préparant des barrières altérera votre expérience. Ici pas de Jumpscare, le film déploie devant vous un chemin de fleurs empoisonnées vous amenant petit à petit vers un enfer lumineux de beauté plastique et d’horreurs visuelles et psychologiques. L’étrange se mêle au fabuleux, le glauque à la folie. La lumière de Pawel Pogorzelski est exceptionnelle, les plans sont d’une richesse, d’une beauté et d’une composition rares. Par moment les plans frôlent la prétention, Ari Aster se regarde filmer faisant durer certain plan pour se satisfaire dans ce plaisir d’être doué, comment lui en vouloir ? On ne peut pas, comme je le disais plus haut, les plans sont d’une telle richesse qu’un œil aguerri ne boudera pas son plaisir et cela même si ces longueurs amènent la production à 2h27. Cette durée peut paraître anecdotique, mais si vous entrez pleinement dans cet univers, elles représenteront une épreuve. Si vous êtes totalement détaché du film, ces 2h27 pourront vous paraître comme une éternité.

Les mouvements de caméra sont précis et suivent un sens de narration qui enterre la grande majorité des productions horrifique actuelle.

Ari Aster utilise tous les outils possibles afin de raconter son histoire comme il l’entend. Il n’est pas question ici de faire de concession à qui que ce soit. Ni aux personnages ni aux spectateurs. Ce dernier est d’ailleurs sollicité plusieurs fois par le réalisateur lors de regard caméra, brisant le 4e mur, dérangeant. Surtout qu’ils interviennent toujours avant des évènements majeurs et très difficiles à encaisser.

Le rythme de ce film est très lent et laisse le champ libre à la mise en place d’une ambiance particulière qui ne manquera pas de vous perturber. Tout est lumineux, tout est beau, vert, bleu, blanc, la pelouse est toujours parfaitement tondue, les fleurs sont magnifiques, la lumière du soleil omniprésente et parfaite. Cependant, dans ce cadre idyllique, Ari Aster dispense à petite dose du symbolisme, des actions comportementales étranges, des distorsions qui ne manqueront pas de vous perturber et de créer cette ambiance si éprouvante et dérangeante. L’horreur en plein jour, loin des images sombres des films d’horreur actuels qui se basent sur le noir pour essayer de vous faire frémir avant de vous planter un Jumpscare dans les dents tout en explosant vos tympans. Au milieu de cette ambiance malsaine et perturbante interviennent dans de rares moments des séquences d’une violence inouïe. Ce qui était insidieux devient tout à coup visible, on encaisse les images de plein fouet, sans aucune préparation. La mise en scène d’Ari Aster nous laisse deviner les évènements sans jamais nous préparer aux chocs visuels. D’une rare violence, filmées crûment, sans échappatoire, la violence prend possession de l’écran, on ne respire pas, on ne veut pas voir et pourtant c’est là, devant vos yeux. Ces yeux qui, durant la projection, reverront ces plans, par flash à l’instar de Dani qui sera hantée par ces visions macabres et gores.
La caméra d’Ari Aster est toujours proche de ses personnages, ce qui crée ce fort sentiment d’être avec eux à Haslingland. Le spectateur ne peut échapper à ce village.

Le décor, bien que simpliste en apparence, offre des niveaux de lecture multiple, grâce aux runes, aux fresques murales, aux bâtiments rudimentaires dans lesquelles la caméra ne pénètre que très rarement, aux tapisseries annonçant les évènements futurs… Tout est préparé, calculé, parfaitement calibré et exécuté. Chaque coin d’image est important, le travail du décorateur suédois Nille Svensson est subtil, brillant et la caméra d’Ari Aster lui rend hommage.

De son côté, le montage est incisif, inspiré et cruel avec le spectateur.

Ari Aster à su s’entourer d’un casting parfait et se révèle être un incroyable directeur d’acteur. Florence Pugh porte le film sur ses épaules et transmet la moindre de ses émotions de façon remarquable, rendant le tout encore plus convaincant. L’expérience cathartique qu’elle subit prête à de nombreuses interprétations. Les autres acteurs ne sont pas en reste, ils participent tous à la confection de ce conte de fée horrifique.

On peut cependant regretter certaines réactions étranges et illogiques des personnages.

L’horreur en plein jour, un conte de fée (référence à l’ouverture) cruel, pervers et malsain. Les thèmes du deuil, la dépression, la rupture et la désintégration d’un couple enivrent ce long-métrage rudement mené par un réalisateur plus qu’intéressant et dont je ne manquerai pas le prochain film. Si vous vous sentez assez fort, je vous le recommande, tentez cette expérience éprouvante, mais attention cependant, la mention -12 ans est incompréhensible, ce n’est pas pour tout le monde. Allez, je vous le dis tout de même, par moment le film peut être très drôle. C’est tordu, ironique et drôle, et ce, jusqu’au générique final, accompagné de la musique « The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore » des Walker Brother. Le Soleil ne brillera plus jamais. Ce qui est brillant cependant, c’est ce film et son réalisateur/scénariste. Chapeau.

Afin de préserver les futurs curieux, je n’ai pas souhaité détailler les comportements des estivants et des Harga, habitants de ce village. Cependant, je vous livrerai prochainement une analyse approfondie et 100% spoiler du film, alors à bientôt.

Maxime Herbillon.


Le Midsommar

Avant d’écrire cette critique, j’ai poussé un peu mes recherches sur la Suède, pour ma culture personnelle. Et le Midsommar est une réelle fête traditionnelle. Ari Aster à sut utiliser son talent de scénariste pour transformer tous les codes de cette fête folklorique en quelque chose de violent, étrange mêlant réel et surnaturel. Les tenues portées, les couronnes de fleurs sont identiques.

Cette fête célèbre le solstice d’été, une cérémonie rituelle en l’honneur du soleil et de la Terre nourricière. Importée d’Allemagne depuis le haut Moyen-âge, Midsommar est la fête de la fécondité et les festivités se déroulent autour d’un mât fleuri, symbole phallique, et de ses anneaux féminins, symboles d’abondance et de fertilité.

Au départ, les croyances voulaient que toutes les plantes cueillies et consommées possédaient des vertus médicinales décuplées et les simples fleurs le pouvoir d’éloigner les maladies des fermes agricoles.

De nos jours Midsommar se fête encore sur le principe du Soleil/Hareng/Alcool/Sexe. Le soleil est assez compréhensible, bien que parfois les températures peuvent vite descendre sous la barre des zéros durant la nuit.

Les plats consommés sont toujours les mêmes. Des pommes de terre, des grillades et des gâteaux à la fraise et crème fouettée. Le hareng est traditionnellement consommé durant cette fête.

Le Midsommar se caractérise aussi par une consommation très importante d’alcool. L’année dernière c’est 13,5 millions de litres de bières, vins et snaps qui ont été écoulées pendant la semaine du Midsommar.

Et enfin le sexe, c’est la fête de la fécondité… Pas besoin d’aller plus loin dans les explications.

Une tradition assez récente est également apparue, c’est le  « Sma Grodorna ». Il s’agit de danser autour du mât avec une couronne de fleurs sur la tête et de chanter à la fois. L’idée est de permettre aux plus jeunes de participer à la fête alors que cette dernière est traditionnellement destinée aux adultes.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. MarionRusty dit :

    J’adore cette sensation, que le film reste en tête après une séance, ne pas savoir si on a aimé ou non… Le cinéma, quand il dérange, pousse à la reflexion, c’est tellement rare que le film reste. J’avais eu ce sentiment pour Le ruban blanc et Nocturnal Animal.

    Aimé par 1 personne

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