Après Séance : Once Upon a Time… in Hollywood

Once Upon a Time… in Hollywood est est un drame historique américano-britannique écrit, coproduit et réalisé par Quentin Tarantino.

1969, à Hollywood. Une année charnière dans l’histoire des États-Unis, également bouleversée par l’avènement du « Nouvel Hollywood », un mouvement cinématographique qui enterre le cinéma classique hollywoodien, dit le « Vieil Hollywood », et s’illustre par la prise de pouvoir des réalisateurs au sein des grands studios américains et la représentation radicale de thèmes jusqu’alors tabous et interdits par le code Hays comme la violence, la sexualité, etc.

Rick Dalton, star déclinante d’une série télévisée de western, et Cliff Booth, sa doublure assistent à la métamorphose artistique d’un Hollywood qu’ils ne reconnaissent plus du tout en essayant de relancer leurs carrières. De plus, en plein été, le 9 août, Hollywood sera à jamais marqué par un fait divers barbare : l’assassinat de l’actrice Sharon Tate enceinte de 8 mois, épouse du cinéaste franco-polonais Roman Polanski et voisine de Rick Dalton, et de ses amis dans sa villa, par les disciples du gourou Charles Manson.


Après Django Unchained et The Hatefull Eight, Quentin Tarantino revient derrière la caméra. Son neuvième film et avant-dernier film avant selon ses dires. En effet, au gré des interviews il aime dire qu’il fera 10 films dans sa carrière avant de prendre sa retraite de réalisateur.

Cette fois, il change de registre, d’ambiance, de thème. Toutes les cartes sont rebattues, pour le plaisir des uns ou le déplaisir des autres, toujours est-il que ce Tarantino risque de diviser le public.

Je garantis ici aucun spoiler.


Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Quentin Tarantino, Leonardo DiCaprio, Brad Pitt. Que dire de plus ? Il est peut-être de bon ton de signaler que je suis un fan inconditionnel de Quentin Tarantino, mes premiers émois cinématographiques, lorsque j’avais 11 ans, je lui dois.


Avec le temps…

Le film s’ouvre sur la bande-annonce de la série Le Chasseur de Prime, portée par Rick Dalton, le personnage campé par Leonardo DiCaprio. La bande-annonce est en noir et blanc. S’ensuit une interview de l’acteur et de sa doublure cascade, Cliff Booth, campé par Brad Pitt. Ils s’expriment au milieu du décor de la série (parfaite réutilisation de décor de Django Unchained) sur le rôle d’acteur et cascadeur. Mais les choses changent…

L’intro est très courte, filmée comme dans les années 60.

Un duo instantanément culte !

Leonardo DiCaprio et Brad Pitt sont bluffants dans leur registre respectif. L’acteur qui se remet en question pour le premier et le mec tranquille, qui se laisse bercer par la vie pour le second. Impeccable !

Concernant les autres acteurs, dont Margot Robbie, Al Pacino, Timothy Olyphant, Le regretté Luke Perry (décédé cette année à l’âge de 52 ans d’un AVC), Bruce Dern, Kurt Russel ou encore Michael Madsen, ces derniers n’ont que très peu de temps à l’écran, mais le talent de tous ces acteurs n’est plus à prouver et ils rendent parfaitement la réplique aux acteurs principaux.

Et au final, ça donne quoi Once Upon a Time… In Hollywood ?

Comme toujours, les longs-métrages de Tarantino sont d’une incroyable qualité technique. Que ce soit les plans, les décors (à savoir que les décors de Los Angeles de 69 ont été refaits en studio, aucun CGI ici, c’était une volonté de Q.Tarantino qui souhaitait revoir la ville de ses 6 ans.), la lumière, le montage et enfin le choix des musiques sont parfaits. C’est un régal pour les yeux et pour les oreilles. Tout sonne vrai, c’est chirurgical.

La prestation des acteurs est d’une très grande qualité. Le duo DiCaprio/Pitt, réuni à l’écran pour la première fois, fonctionne très bien, l’alchimie est là et elle se ressent à l’écran.

De prime abord, à chaud, après ce premier visionnage, j’ai été déçu de Once Upon a Time in Hollywood. Malgré ses grandes qualités, je n’ai pas retrouvé l’esprit Tarantino. Le film est plus lent, posé, cérébral. Tarantino nous invite dans une longue ballade dans le Los Angeles de son enfance, avec ses stars comme McQueen, Polanski, Lee et tant d’autres. Il réalise des films dans le film, fait preuve de l’érudition qu’on lui connaît sur le cinéma. Chaque plan, chaque séquence et petit détail du décor transpirent de références, saisissables ou non. Il est d’ailleurs impossible de toutes les avoir. On peut vite se perdre dans ces vagues incessantes de références. C’est audacieux, c’est aussi le fonctionnement de Tarantino, mais on se sent vite débordé.

Vous le savez, Quentin Tarantino possède un univers personnel très riche. Des dialogues-fleuves à la plume exceptionnelle, la violence extrême, délirante, atténuée par une touche d’humour corrosive, les références cinématographiques rendant hommage aux films et périodes favorites du réalisateur américain. Ni comptez pas dans Once Upon a Time… in Hollywood. Des petites phrases bien senties viennent s’immiscer que trop rarement dans les dialogues entre les personnages principaux. Les dialogues ne marquent pas les esprits. Oublions la violence décomplexée et pour les références, il s’est fait plaisir, en laissant ses spectateurs sur la touche. Ce qui m’encourage à penser que c’est son film le plus intime.

La mise en abîme de cet Hollywood est aussi très intéressante sur de nombreux points notamment lors des séquences de tournage des épisodes de Rick, majoritairement filmées avec une caméra intradiégétique.

On ne peut nier que Tarantino possède un incroyable talent sur la montée et la construction du Set Up/Pay Off, le tout explosant dans une scène finale « Tarantinesque » jouissive et libératrice.

Mais alors pourquoi ?

Rendre vie à une époque qu’il aurait aimé vivre ? Faire le portrait d’Hollywood et de la transformation des États-Unis ? Le mouvement hippie est pleinement ancré, Richard Nixon est élu président des États-Unis. Oui, mais ? Ce n’est traité qu’en surface et encore Nixon n’est jamais ni cité ni évoqué.

C’est un fantasme, Tarantino est nostalgique de cette période, une période qu’il regrette, qu’il ne verra plus et qu’il s’est efforcé de reconstruire en mêlant grandeur et décadence, rêve et réel. C’est aussi un hommage à tous les cinémas, à tous ceux qui le font exister et à tous ceux qui le regardent, cinéphile ou non.

Once Upon a Time… in Hollywood est l’œuvre la plus personnelle de Quentin Tarantino, qui explicite son univers, son enfance, mais aussi le deuil de cet âge d’or qu’il affectionne tant et qui disparait. Plus calme, posé, sentimental et cérébral, il livre un film différent, loin de ce qu’il avait proposé jusqu’ici.

L’auteur/réalisateur, l’artiste a mûri, et je n’étais pas prêt. Il mérite un second visionnage. Allez-y afin de vous faire votre propre avis.

Pour le moment je veux retourner dans les années 90, lorsque j’ai découvert Reservoir Dogs et Pulp Fiction, à chacun son âge d’or.

Maxime Herbillon.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. princecranoir dit :

    Serait-il raisonnable que Tarantino réfasse un autre Réservoir dogs, un autre Pulp Fiction ? A l’heure où l’on crève des suites, des remakes et des reboots?
    J’y vois bien sûr un trip nostalgique, un amour libre avec le cinéma et la réalité des faits, à l’image de ses plus recents films. Mais j’y vois aussi un film sur la fin d’une période, celle qui a vu des acteurs travailler pour la télé pour continuer d’exister d’exister, des réalisateurs partis en Italie pour continuer à avoir des projets d’envergure. J’y vois un film sur un changement de paradigme. Et aujourd’hui, que fait Netflix avec Scorsese et les Coen ?

    Aimé par 1 personne

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