Après Séance : Haut-perchés

Haut-Perchés est un film dramatique français réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

Cinq victimes de celui qu’elles désignent comme un « fou » ou un « pervers » se retrouvent dans un appartement, celui de Louis (François Nambot) à la scène et celui de l’un des deux co-réalisateurs, Olivier Ducastel lui-même, à la ville. Un appartement « haut-perché » dans le ciel de Paris, en vue du faisceau lumineux dardé dans les nuits par la Tour Eiffel. Un échange à cœur ouvert pourra s’y tenir entre les quatre hommes (Geoffrey Couët, Simon Frenay et Lawrence Valin, en plus de l’hôte) et une femme (Manuela Auxire), comme hors-sol, donc affranchi de la retenue habituelle. Échange permettant aux endoloris d’évoquer celui qui est posé en bourreau des cœurs, sa personnalité, leurs expériences auprès de lui, mais aussi leurs visions plus larges de l’amour, le désir, la rencontre de l’autre, leurs phantasmes…

L’image, de Manuel Marmier, éclairée de lumières vives et acidulées, pose d’emblée le caractère factice, presque conceptuel, d’une telle réunion. Les dialogues, très écrits, évoquent délibérément du théâtre filmé. D’ailleurs les unités classiques de temps et de lieu sont respectées, puisque le scénario ne nous emmène pas ailleurs que dans ce salon-cuisine avec grande baie vitrée donnant sur la ville et qu’il se déroule sur une nuit, le médianoche s’étirant jusqu’à l’aube.

Le grand coupable, l’accusé moral qui est à l’origine de cette micro-assemblée, restera hors-champ, confiné dans une chambre de cet appartement. Un à un, chacun des participants se devra de l’affronter, seul, sans faire état de cette rencontre, peut-être ultime, avec ce Minotaure, affamé de vies humaines, et tapi au fond de son labyrinthe affectif. Une figure pour laquelle une forme d’admiration est avouée, en vertu de sa résistance, et de la multiplicité des personnages déployés ; inventivité qui le hausse au rang d’un autre modèle mythologique : Protée, dissimulé dans sa caverne, et changeant d’aspect dès qu’un mortel prétend le saisir.

Pour leur neuvième réalisation commune, Jacques Martineau et Olivier Ducastel, également co-scénaristes, signent une œuvre au maniérisme assumé, fascinée par les pouvoirs de la parole, mais qui, au-delà de ce formalisme presque expérimental, a le mérite d’interroger certains traits intemporels de l’amour, lorsqu’il se cherche et ne se trouve pas…

Anne Schneider.

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