Après Séance : Roubaix, une lumière

Roubaix, une lumière est un film dramatique français coécrit réalisé par Arnaud Desplechin.

Roubaix, une nuit de Noël. Le commissaire Daoud sillonne la ville qui l’a vu grandir. La routine : des voitures brûlées et des altercations. Au commissariat, vient d’arriver Louis Coterelle, fraîchement diplômé. Daoud et Louis vont faire face au meurtre d’une vieille dame. Deux jeunes femmes sont interrogées, Claude et Marie. Des voisines démunies, toxicomanes, alcooliques et amantes.


Si l’on peut le dire ainsi, je suis entrée dans la salle de cinéma un peu çà reculons, vendredi dernier pour voir Roubaix, une Lumière.

Le titre déjà me paraissait étrange « Roubaix une lumière » (un oxymore pour moi qui ne connaît pas le Nord). Le réalisateur, Aranud Desplechin qui, pour moi, représente le « cinéma d’auteur » a décidé de se lancer dans le « polar » en se basant sur un fait divers, forcément cela m’intrigue. Comme j’aime être surprise je ne pouvais qu’encourager ce changement de cap d’Arnaud Desplechin d’autant que les acteurs sont tous des acteurs reconnus. C’est courageux à lui de sortir de sa zone de confort.

Le film commence comme un reportage. On y voit une voiture de police banalisée qui sillonne les quartiers difficiles de Roubaix, un soir de Noël. Au volant, le commissaire Daoud (Roschdy Zem). Je suis immédiatement frappée par le côté documentaire de l’image. Les quelques échanges de paroles à la radio vont dans le même sens. A la limite, je trouve ces dialogues et ses images plus réalistes que la réalité qu’on veut nous présenter dans les reportages télévisés sur la police. Rien ne se passe d’extravagant. Quasiment personne dans les rues, une voiture qui brûle, le commissaire Daoud contacte les pompiers puis continue sa surveillance. Il est appelé pour régler un litige (bagarre) entre amis fortement alcoolisés. Ensuite, il reçoit, comme dans un reportage, tous les cas qui se présentent un homme qui vient porter plainte pour un vol de voiture avec agression, une fugue, un viol sur mineure, un incendie criminel lié au meurtre d’une vieille dame……. Bref c’est un film noir dans lequel je vais chercher la lumière du titre car même Noël n’explique pas cette référence.

On a vraiment l’impression de suivre une nuit banale dans un commissariat parmi d’autres dans un quartier pauvre. Roschdy Zem est totalement à l’aise dans son rôle de commissaire. C’est un habitué des rôles de policiers, militaires, etc… Ici, il représente un homme droit qui est empli de bienveillance envers tous, aussi bien victimes que bourreaux. Il est doté d’une sensibilité extrêmement fine et d’une connaissance de la psychologie humaine rare. Il sait déceler le mensonge derrière la détresse, les mauvais coups de la vie derrière les histoires sordides. On sent très rapidement que c’est de lui qui viendra « la Lumière », la lumière de la vérité sur l’enquête qui sera au centre dd l’histoire, évidemment mais aussi la lumière de l’empathie, de la compréhension provenant de cet homme originaire de Roubaix qui ne cherche que la vérité mais pas seulement la vérité des faits, il cherche aussi la vérité des gens. Roschdy Zem est impeccable dans ce rôle. Il ne le joue pas, il le vit. Je vais m’avancer et prendre le risque de dire que c’est une interprétation à César.

Son adjoint, Louis (Antoine Reinartz, césarisé pour 120 bpm) est très impliqué dans son rôle de nouvel arrivant dans ce commissariat et cette ville. On sent qu’il cherche la lumière dans sa vie par la foi, la prière. Il apporte un contraste parfait avec le commissaire Saoud. Saoud n’est pas un personnage lumineux, on pourrait même dire qu’il est taciturne, mais il apporte la lumière de son humanité alors que Louis plus jeune et plus abordable à première vue ne fait que chercher cette lumière dans les cieux. Antoine Reinartz est vraiment un très bon acteur qui s’acquitte bien de son rôle bien qu’il reste dans l’ombre de Roschdy Zem pendant tout le film, mais comment faire autrement (n’est-ce pas le rôle d’un adjoint ?).

Maintenant, il est temps de passer aux deux rôles de « bourreaux-victimes de la vie » sans lesquelles le film n’existerait pas. Claude (Léa Seydoux) et Marie (Sara Forestier) sont les voisines de la vielle dames assassinées. Elles vivent ensemble. Elles sont d’abord vues comme témoins dans cette affaire puis comme suspectes. Leur vie c’est drogue et galère. La lumière, elles la connaissent peu et uniquement à travers l’amour (l’amour de son fils de 6 ans pour Claude et l’amour qu’elle porte à Claude pour Marie). Elles n’ont que ça. On sait qu’elles sont coupables, on sent qu’elles le sont mais pourquoi et comment ? L’une est-elle plus coupable que l’autre ? Qui a fait quoi ? Qui a eu l’idée ? Comment ont-elles procédé ?

Le film va nous permettre de découvrir tout cela à travers les yeux du commissaire Daoud, à travers son empathie et son humanité.

Léa Seydoux et Sara Forestier sont parfaites dans leurs rôles respectifs de deux jeunes femmes aux caractères diamétralement opposés mais réunies par leur amour et la vie difficile qu’elles doivent affronter ensemble.

Je ne peux rien dire de plus sur la complexité des personnages de Claude et Marie car, pour moi, c’est le vrai sujet de ce film. Ce film noir, avec un véritable suspense, trouve toute sa force dans les portraits des différents personnages. On comprend chaque personnage de ce film. On se dit que ça pourrait être notre voisin ou même nous.

En résumé, ce mélange parfait entre polar et film d’auteur est une grande réussite. Les quelques longueurs du scénario ne font que le rendre plus crédible. Las acteurs sont parfaitement à leur place. Je recommande donc ce film, encore en salle, un film noir avec de la lumière c’est assez rare pour être remarqué.

Béatrice Lascourbas.

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