Critique : Mindhunter

Mindhunter est une série télévisée américaine créée par Joe Penhall, produite par David Fincher et Charlize Theron.

En 1977, à l’aube de la psychologie criminologique et du profilage criminel au sein du FBI, les agents Holden Ford et Bill Tench vont s’entretenir avec plusieurs tueurs en série. Ensemble, et avec l’aide de la psychologue Wendy Carr, ils vont tenter de cerner la personnalité de nombreux meurtriers afin d’acquérir les connaissances nécessaires à la résolution d’affaires criminelles.


A l’aube d’une grande série…

On ne présente plus David Fincher, tant il est devenu une référence au cinéma, et plus particulièrement dans le thriller psychologique (Se7en, Fight Club ou encore Zodiac). Après s’être lancé avec succès dans la série télévisée avec House of Cards en 2013 et avoir signé l’un des meilleurs thrillers de la décennie avec Gone Girl, le cinéaste américain fait son retour à la télévision en 2017 avec Mindhunter. Cette série peut être considéré comme un préquel à Se7en et Zodiac. Une immersion dans les prémisses de la psychologie criminologique et du profilage criminel.

Les premiers épisodes transpirent le cinéma âpre et glacial de David Fincher. Une plongée implacable dans une période où l’Amérique connait une épidémie de meurtres en série. Le créateur de Mindhunter, Joe Penhall se montre minutieux dans son écriture pour être le plus réaliste possible, tout comme David Fincher derrière sa caméra. A eux deux, ils imposent une ligne directrice forte et très efficace. Que ce soit dans l’esthétique, dans la mise en scène ou encore les différents personnages. Il est clair que cette série entretient de réelles intentions et ambitions cinématographiques.

Un trio remarquable !

Comme pour chacun de ses films ou pour House of Cards, David Fincher mise sur de grands interprètes pour de grands personnages. Sauf que cette fois-ci, le réalisateur a décidé d’engager des acteurs et actrices méconnu(e)s. Et le pari est hautement remporté !

Tout d’abord, la première révélation se nomme Jonathan Groff, qui incarne parfaitement l’agent Holden Ford. L’acteur fait corps avec son personnage, à fois brillant et charmeur. En une seule phrase ou en un seul regard, il laisse transparaître des émotions, de l’ambiguïté ou encore un certain mystère. Il est clair que Jonathan Groff tient là le rôle « tremplin » idéal.

A ses côtés, Holt McCallany se montre tout aussi impeccable sous les traits de Bill Tench. A eux deux, ils forment un duo d’enquêteurs qui rentre dans la grande tradition du buddy movie. Pour info, David Fincher avait déjà collaboré avec McCallany sur Alien 3 et Fight Club.

Et pour finir, Anna Torv est à la fois sublime et troublante. Elle joue à merveille le rôle de catalyseur entre Ford et Tench.

En dehors du trio magique, on retient principalement Cameron Britton dans la peau de Edmund Kemper. Hannah Gross et Stacey Roca sont très convaincantes en femmes délaissées.

ça donne quoi cette première saison ?

Mindhunter tient sa place entre Le Silence des Agneaux et Zodiac, une mise en abîmes passionnante dans les investigations les plus macabres en terre américaine. David Fincher s’est entouré d’un brillant scénariste et de réalisateurs capables d’épouser et suivre sa fibre cinématographique.

La mise en scène intimiste et léchée de Fincher transpire au delà des épisodes qu’il a lui même réalisé. Une ligne de conduite que suivent parfaitement les autres réalisateurs (Andrew Douglas, Asif Kapadia et Tobias Lindholm). L’approche intime est une l’une des grandes forces de la scénographie, que ce soit les entretiens ou bien le retour à la maison pour les enquêteurs. La direction artistique est somptueusement mise en valeur par la photographie d’Erik Messerschmidt et Christopher Probst. On baigne dans une atmosphère sombre avec un aspect documentaire qui contraste avec tout ce qui a été fait auparavant.

Au niveau de l’écriture, Joe Penhall s’est rapproché le plus possible de la réalité de l’époque. L’étude des comportements est passionnante, tout comme les jeux de miroirs et pouvoirs qui émergent à chaque échange. Les personnages sont traités à la loupe. David Fincher et Joe Penhall étudient les comportements du trio Ford/Tench/Carr, et les répercutions de leur travail sur leurs vies personnelles. Les rouages politiques et institutionnels sont parfaitement représentés avec leurs avantages et leurs inconvénients. Les méthodes d’investigations, les intuitions… s’imbriquent parfaitement avec les différents caractères et les différentes postures. Les dialogues sont millimétrés, à l’image des interviews qui se vivent comme une de jeu d’échecs.

La musique électronique de Jason Hill est assez proche de celle de Mac Quayle (Mr Robot).  Elle vient intensifier le côté mystérieux et sombre du propos.

En résumé, la première saison de Mindhunter laisse entrevoir la naissance d’une grande série, voir l’une des meilleures de la décennie. Reste à voir la suite, et surtout de ne pas aller trop loin dans les saisons. Jonathan Groff, Holt McCallany et Anna Torv sont parfaits !


Attendu au tournant…

Après une première saison de qualité, Mindhunter se devait d’être encore meilleure sur la deuxième saison. La mécanique est bien huilée, mais attention de ne pas tomber dans la facilité, et surtout éviter la surchauffe.

Cette fois-ci, David Fincher ne réalise que deux épisodes (le premier et le dernier). Une manière de ne pas perdre de vue sa série, tout en laissant la place à d’autres réalisateurs. C’est Carl Franklin (Homeland, House of Cards) et Andrew Dominik (Cogan : Killing Them Softly, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) qui viennent apporter leur savoir-faire sur cette deuxième saison.

Les deux premiers épisodes roulent à peu de choses près sur les mêmes rails que la saison précédente. Le trio n’apparait plus aussi stable qu’auparavant, suite à différents évènements. Cependant, on reste toujours autant attaché à Ford, Tench et Carr.

L’unité d’analyse comportementale psychocriminologique prend un nouvel élan avec l’arrivée d’un nouveau boss, qui mise tout sur cette section spéciale et révolutionnaire. D’autant que nos agents préférés vont avoir l’occasion de rencontrer Charles Manson… Ça promet !

Un casting toujours aussi performant !

Bien qu’ils soient séparés, Jonathan Groff, Holt McCallany et Anna Torv sont une nouvelle fois très bons, voir même meilleurs. L’évolution de chaque personnage permet un jeu plus nuancé de la part des acteurs, et certains ont plus d’importance que sur la première saison.

Le trio s’élargit efficacement avec la participation plus marquée d’Albert Jones en tant qu’agent du FBI à Atlanta. Il forme un duo intéressant avec Jonathan Groff.

Ensuite, on retient principalement June Carryl qui est convaincante en Camille Bell. Le nouveau boss est incarné par le très bon Michael Cerveris.

Que vaut cette deuxième saison ?

En deux mots : Une claque ! C’est réglé comme du papier à musique, c’est au plus près de la vérité… Bref, c’est un pur régal pour les yeux et les oreilles. David Fincher et son équipe ont réalisé une deuxième saison incroyablement forte, du point de vue de la mise en scène et du scénario. La dernière fois que l’on a assisté à un tel spectacle à la télévision, c’était lors de la première saison de True Detective.

Une mise en scène optimale, qui se rapproche encore plus près de Zodiac. Il en ressort une immersion plus forte au sein des enquêtes, et surtout celle concernant les meurtres d’Atlanta. Les entretiens sont toujours aussi savoureux et intenses. L’intimité des personnages est tout aussi passionnante, encore une fois le spectateur analyse lui-même les comportements. Un jeu de miroirs qui fonctionne à la perfection. Le rythme langoureux vient nous resserrer au plus près des choses, sans que l’on puisse décrocher. L’esthétique de la série est encore plus cinématographique qu’elle ne l’était sur la première saison. Certaines scènes marquent au fer rouge…

Au niveau de l’écriture, on ne peut que saluer l’équilibre entre la vie personnelle des enquêteurs et leur travail. La structure narrative est d’une efficacité redoutable, et elle frappe de plus en plus fort au fil des épisodes. Un étau émotionnel et sensationnel qui est manipulé avec soin. Chaque personnage se voit prendre un virage, une évolution aussi bien personnelle, que professionnelle. L’agent Tench et le docteur Carr sont de plus en plus déstabilisés, à la différence d’Holden qui vient pourtant de sortir de quelques bouleversements sentimentaux et de santé. Le fossé semble se creuser tout doucement entre chaque membre de l’unité, mais on reste attaché à chacun d’entre eux. Le nouveau boss est lui aussi très intéressant, puisqu’il remet tout à plat, tout en ayant de réelles ambitions.

La bande originale distille toujours aussi bien la noirceur et le mystère. On peut également souligner la présence de quelques chansons cultes des 70’s comme More than a feeling de Boston ou Call Me de Blondie.

En résumé, cette deuxième saison surplombe la première, sans lui faire de l’ombre. Si David Fincher et Netflix continue sur cette voie, il se pourrait que Mindhunter devienne la meilleure série du catalogue.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. JMG dit :

    J’hésitais, mais vous m’avez convaincu. Et merci d’être passé sur Diaspora Galactique.

    Aimé par 1 personne

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