Après Séance : Une fille facile

Une fille facile est un film dramatique réalisé par Rebecca Zlotowski.

Vendredi soir, je suis allée voir « Une Fille facile » le film de Rebecca Zlotowski dont j’ai entendu parler parce que Zahia Dehar y joue.

J’avoue ne pas connaître l’œuvre de Rebecca Zlotowski qui est réalisatrice de films d’auteur selon mes informations mais je n’ai pas été emportée par l’histoire qu’elle m’a racontée. C’est peut-être une question de génération, peut-être une question de culture ou autre mais j’ai même détesté ce film. Comme j’ai constaté que beaucoup de critiques avaient apprécié voire beaucoup apprécié ce film, j’ai beaucoup lu afin de cerner ce que j’avais peut-être raté mais, en fait, j’ai vu la même chose que tout le monde et je n’ai pas aimé du tout.

Ce film raconte l’histoire de deux cousines : Naïma (Mina Farid) et Sofia (Zahia Dehar). Naïma, 16 ans, est une jeune fille qui quitte le collège pour un lycée professionnel pour être chef cuisinier. Elle n’a plus de petit ami et dit être bien comme ça. Son meilleur ami, Dodo (Lakhdar Dridi), homosexuel, cherche à l’entraîner dans son rêve de devenir actrice. Sofia, 22 ans, dont on ignore le métier, vit à Paris et semble mener une existence plus que facile financièrement. Elle se dit libérée sexuellement et vient passer l’été chez sa cousine à Cannes après la mort de sa mère. La mère de Naïma, Dounia (Loubna Abidar) est une brave femme qui exerce le métier de femme de chambre dans un palace et souhaite soutenir sa fille dans sa volonté de devenir chef. Elle est cependant, comme toute mère d’ado, dépassée par l’attitude étrange de sa fille pendant cet été. Dodo l’est aussi d’ailleurs, il a beaucoup de mal, lui le confident, à se faire remplacer par cette cousine aux mœurs légères.

Mina Farid, dont c’est ici le premier rôle, joue vraiment de façon délicate, l’adolescente en qui se questionne sur la vie, la morale, l’avenir, l’amitié, l’amour…. Son jeu est tout en nuance et tellement réaliste. Elle donne une note de fraîcheur au film, On a envie de la conseiller, de l’éloigner de ce mode de vie pervers qui la tente et dans lequel sa cousine se sent si bien.

Lakhdar Dridi, vu dans le mystérieux et fascinant « Climax », l’année dernière joue un ami sincère et dévoué. Son jeu est d’un naturel confondant. On voudrait tous avoir un ami aussi attentionné, qui n’hésite pas à nous mettre en garde avant que nous ne franchissions la ligne jaune et qui surtout nous pardonne les dérapages que ‘on peut faire vis-à-vis de lui.

Sofia lors de ce séjour sur la Côte d’Azur, vie de ses charmes. Elle drague des hommes riches qui vivent sur des yachts et profite des petits cadeaux qu’ils lui font (bijoux, sacs, vêtements de luxe). On imagine aisément que son métier dans la capitale c’est escort-girl. Elle sait parfaitement manipuler les plus bas instincts des hommes en appelant ça la « Liberté sexuelle ». Elle ne fait pas tourner que la tête des hommes mais aussi celle de sa cousine qui est à deux doigts de passer d’un côté obscur qui lui paraît tellement attirant. Ah l’argent facile !

Ces deux jeunes filles vont croiser sur leur chemin Andres (Nuno Lopes), milliardaire-anarchiste (selon ses dires) et Philippe (Benoît Magimel) qui travaille pour lui en tant que conseiller pour les achats d’art. Leur influence sur le choix de vie future de Naîma sera décisive. En observant le comportement d’Andres et en écoutant le sage discours de Philippe, elle se rendra compte que quoi qu’il arrive, les « filles faciles » ne sont jamais respectées par ces milliardaires qui en les couvrant de cadeaux ne font que les acheter, ni par leur personnel qui les jugent (putes, voleuses, opportunistes…) et encore moins par leurs relations. La scène avec calypso (Clotilde Coureau) en Italie est d’ailleurs un modèle de mépris. Evidemment, ces acteurs confirmés sont excellent comme à leur habitude dans des seconds rôles malheureusement.

Alors qu’est-ce que je reproche à ce film ? Son thème, l’adolescence (passage dangereux où il faut faire les bons choix qui ne sont souvent pas ceux qui sautent aux yeux) a été traité et retraité des centaines de fois et tellement mieux (par Eric Röhmer, par exemple). Le choix entre vie facile et dure vie de labeur me paraît un leurre car il ne propose aucun juste milieu. Le choix qui semble s’offrir à Naïma c’est trimer dans un travail manuel au service des riches ou utiliser sa beauté pour vendre son corps en espérant qu’un jour peut-être l’un deux sera un peu plus généreux que les autres et l’installera dans un appartement comme au bon vieux temps de « Nana ». C’est le premier choc intellectuel que j’ai subit en réfléchissant à ce film. N’y a-t-il pour une jeune fille que ces deux options dans la vie ? Et le développement de l’intellect ? Et les études universitaires pour avoir un métier brillant comme médecin, avocat, traducteur, comptable, notaire, chirurgien, etc…. ce n’est pas envisageable pour une fille ? Et les métiers intermédiaires tels que traductrice, secrétaire, infirmière… ? Le deuxième choc pour moi c’est celui du choix entre « la pute ou la femme soumise », « la maman ou la putain ». Il n’y a pas de juste milieu non plus ? Une femme ne peut qu’être une femme vivant de ses charmes quitte à investir dans la chirurgie esthétique pour devenir un fantasme sur patte ou une pauvre femme soumise à un seul homme qui n’est pas forcément drôle, beau, gentil ou intéressant ?

C’est là que me vient ma réflexion sur mon âge. Je suis peut-être d’une génération ou « liberté sexuelle » ne rime pas avec amours tarifés, où une femme peut s’épanouir dans la vie en exerçant un métier intellectuel, en n’étant pas une poupée Barbie ambulante, en ayant des aventures sexuelles avec des personnes juste pour le plaisir sans aucune arrière-pensée d’en obtenir un bénéfice financier ou social….

J’ai bien entendu gardé le meilleur pour la fin de cette chronique. Et le meilleur (ou plutôt le pire) c’est Zahia Dehar. La plastique de cette jeune femme est évidemment parfaite (et quand je dis plastique je parle de toutes les retouches qui ont été effectuées sur son corps). J’ai même vu des hommes dans la salle se transformer en loup de Tex Avery en admirant son postérieur habillé d’un string minimaliste sous une robe transparente. Ce qui me semble totalement normal. Moi aussi j’ai admiré. Par contre, si son comportement devant la caméra peut être qualifié de sensuel par certains, personnellement, je le trouve surtout vulgaire. Pour moi, sensualité = montrer juste ce qu’il faut pour susciter le désir par l’imagination et pas étaler de la chair (même appétissante) sous tous les regards.

On est vraiment loin de la sensualité innocente de BB dans « Et Dieu créa la femme ». Le jeu de Zahia est lourd et je ne comprends pas pourquoi elle essaye d’imiter la voix et le phrasé de la BB des années 60. Cette voix qui, à l’époque, représentait l’innocence dans la bouche de Brigitte Bardot mais qui est particulièrement énervante dans la bouche siliconée de Mademoiselle Dehar. Une très mauvaise imitation, d’ailleurs. Une scène semble inspirée du « Mépris » (avec inversion des rôles de l’homme et de la femme), elle pourrait être intéressante mais n’a vraiment aucune portée féministe. Comment peut-on se dire féministe quand on présente la libération sexuelle de la femme uniquement comme l’acceptation par celle-ci d’assouvir les fantasmes des hommes contre rétribution ? Pour finir cette chronique, j’ai cherché un acteur (ou une actrice) aussi expressif que Zahia Dehar dans ce film. J’ai vraiment cherché longtemps, très longtemps et…. J’ai fini par trouver. « Je s’appelle Groot ».

Bref, un film que je ne recommande pas aux femmes de plus de 50 ans (voire même aux femme de plus de 40 ans) car elles risqueraient d’être choquée par cette pseudo philosophie féministe qui ne me semble pas adaptée à l’heure de « me too » et de l’affaire Weinstein.

Béatrice Lascourbas.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. les chroniques de sebnawak dit :

    Et de l’affaire Ribbery si je ne me trompe pas…..

    Aimé par 2 personnes

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