Après Séance : Le Mariage de Verida

Le Mariage de Verida est un film dramatique italien coécrit et réalisé par Michela Occhipinti.

Au hasard de mes promenades cinématographiques, un titre de film m’a interpelé, le Mariage de Verida. Un film qui se passe en Mauritanie, réalisé par une documentariste italienne c’est suffisamment étrange pour attiser ma curiosité.

Michela Occhipinti est une documentariste italienne qui voulait traiter des diktats de la jeunesse et de la minceur dans notre société occidentale. C’est en lisant un article sur le gavage des femmes en Mauritanie qu’elle a eu l’idée d’en faire un documentaire pour présenter ces deux façons, pas si opposées que ça d’envisager le féminité. Elle s’est rendue dans ce pays, en 2012 et a rencontré Verida Beitta Ahmed Deiche, jeune fille qui a elle-même vécu cette expérience. Elle est retournée la voir en 2016 et 2018 pour apprendre à se connaître et a tourné ce film au lieu du documentaire prévu.

Le prénom Verida veut dire « unique » en Mauritanie et on peut dire que Verida l’est. Elle n’est pas une actrice professionnelle mais elle a une intensité de jeu exceptionnelle. Son regard surtout est tellement lumineux qu’il éclaire le film d’une manière spéciale.

Verida est une jeune fille moderne. Elle travaille comme esthéticienne dans l’institut de sa grand-mère et sort régulièrement avec des amies. Chacune a des projets d’avenir plus ou moins réalistes (être mannequin, finir ses études à l’étranger et y travailler). Verida se sent bien dans sa vie et son travail jusqu’au jour où sa mère lui annonce qu’elle va se marier mais que, pour cela, il faut qu’elle prenne 20 kilos en trois mois pour plaire à son futur époux. Commence alors, pour elle, un cauchemar qui s’intensifie au fil du temps.

Verida n’est pas une jeune fille rebelle, loin de là, et ses amies la rassurent en lui disant que si son mari ne lui plaît pas, elle pourra toujours divorcer. Une de ses amies, Amal, l’a d’ailleurs déjà fait plusieurs fois malgré son jeune âge. Je vois cette façon de faire comme une sur-adaptation à la tradition en la détournant à son profit. En effet, elle lui explique que, comme elle ne peut pas choisir son époux, elle se marie à celui qu’on lui attribue et décide, après quelques mois de vie commune, de rester avec lui ou de divorcer. Le divorce est un droit et elle l’utilise. Grâce à cette méthode, elle ne se dispute pas avec sa famille et garde le respect de tout le monde. Elle n’est pas considérée comme une fille facile mais comme une femme qui n’a pas eu la chance de rencontrer le bon compagnon.

Verida respecte donc la tradition et commence son gavage. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Elle ne prend pas assez de poids, pas assez vite. Sa mère la passe à 10 repas par jour comprenant des produits bien gras et des litres de lait de brebis.

On se sent très vite proche de Verida. Quelle femme occidentale n’a jamais fait un régime pour perdre quelques kilos ? Combien n’ont pas réussi aussi vite qu’elles l’auraient voulu ? Nous observons à travers ce film l’autre face de la pièce de monnaie dont on connait par cœur le côté pile. Et on comprend la souffrance de notre héroïne.

Sidi vient la peser régulièrement pour vérifier sa progression. Une possible idylle pourrait naître entre eux mais… je n’en dirai pas plus.

La relation qui est le plus mise à mal c’est la relation mère-fille. La mère de Verida lui met de plus en plus la pression. Elle tient à ce mariage. La famille du fiancé est une famille plus aisée que la sienne. C’est donc un beau mariage. Elle aime sa fille mais la voudrait plus docile et moins pensives.

Ce film nous raconte vraiment toutes les méthodes pour prendre du poids en peu de temps. Il y a évidemment la richesse de l’apport calorique journalier via des aliments très riches et une prise de repas très fréquente qui est la méthode douce. Il y a également, la méthode dure qui consiste à obliger les filles réticentes à manger ces fameux repas ultra-caloriques et ultra-fréquents par la contrainte physique. Cette méthode est illustrée par une scène à la limite du soutenable pour le spectateur. Il y a aussi une méthode qui peut paraître plus douce mais qui est encore plus dangereuse qui est la méthode médicamenteuse. Et oui, comme certaines femmes occidentales qui ne reculent pas devant des amphétamines, des extraits thyroïdiens ou des gélules contenant le ténia, Verida va acheter des médicaments pour grossir au « marché noir ». Bien entendu, ces médicaments sont très dangereux et elle les prend en cachette de sa famille et de ses amies.

Ce que les femmes sont prêtes à faire pour correspondre aux critères sociaux de beauté, critères le plus souvent dictés par les goûts des hommes !

Les images sont magnifiques de la première image sur une Verida qui dort jusqu’au dernier traveling qui est époustouflant. Les émotions sont rendues avec une belle impartialité du côté de la réalisatrice. On pourrait s’attendre à une prise de position ultra-féministe contre ces hommes et cette société qui oblige les femmes à mettre leur santé en danger pour être épousables. Et pourtant, le ton du film est neutre. C’est ce ton neutre qui lance nos réflexions. Verida, elle, hésite terriblement entre la tradition et la modernité mais elle ne critique pas la société en place. On ne peut pas dire qu’elle soit résignée, juste qu’elle hésite et réfléchit à son avenir, au futur. A mon avis, ce film est vraiment un film féministe parce qu’il laisse au spectateur le choix de sa propre définition de la féminité. Etre une femme est-ce être comme Verida ou comme son amie Amal ? Quelle place les femmes ont-elles dans cette société mauritanienne mais aussi dans notre société ? Se blanchir la peau et sa laisser gaver est-ce la même chose que faire des régimes et être bronzée ? Pourquoi le faisons-nous ? Ou pour qui ?

Je recommande vivement ce film a toutes les femmes (et aux hommes) curieuses de connaître d’autres pays et d’autres coutumes. Et surtout aux personnes qui ont l’esprit suffisamment ouvert pour accepter que nos critères de beauté et notre façon de vivre ne sont pas les seuls qui se pratiquent dans le monde. En regardant ce film, j’ai souri, j’ai pleuré et surtout j’ai réfléchi ce qui pour moi est le combo parfait pour une soirée cinéma.

Béatrice Lascourbas.

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