Après Séance : Fourmi

Fourmi est une comédie dramatique française écrite et réalisée par Julien Rappeneau.

Samedi dernier, je suis allé voir Fourmi de Julien Rappeneau. J’ai eu envie de voir ce film uniquement en regardant l’affiche. Cette image de François Damiens et du jeune Maleaume Paquin qui se regardent avec tendresse et confiance me semble vraiment très forte. Si forte, pour moi, que je n’ai même pas cherché à voir la bande-annonce ou à rechercher quel était le synopsis. Il s’agissait forcément d’une belle histoire père-fils avec beaucoup d’amour.

C’est le deuxième film de Julien Rappeneau en tant que réalisateur, après Rosalie Blum qui avait été nominé au césar 2017 dans la catégorie de la Meilleure Première Œuvre. Le film Fourmi est inspiré, lui aussi, d’une BD. « Dream Team » ets une BD espagnole de Mario Torrecillas (scénariste) et d’Artur Laperla (dessinateur). La force de la relation père-fils, en milieu défavorisé, fait tout le sel de l’intrigue de cette BD de 400 pages. L’éditeur compare même cette histoire au cinéma d’Almodovar (pour les relations) ou de Ken Loach (pour le côté social de l’histoire). Julien Rappeneau a vraiment su utiliser ce matériel. Son frère, Martin Rappeneau a composé la musique.

Le film commence sur un ballon de foot. Ce ballon rebondit sur les cuisses, les jambes et les pieds d’une personne qu’on ne voit pas. Puis on voit une silhouette, puis enfin on voit le héros du film, qui n’est pas le ballon (quoique) mais Théo (Maleaume Paquin). On voit clairement qu’il commence à s’impatienter. Il s’assoit, puis rejoue au ballon, puis se rassoit et finalement prend son sac de sport, téléphone à la personne qu’il attendait pour lui dire qu’elle a une demi-heure de retard et qu’il part seul au stade. Il arrive de justesse pour commencer le match. On comprend très vite que c’est la petite vedette de ce club de foot amateur et le chouchou de toute l’équipe. Pendant le match l’entraîneur, Claude (André Dussolier) explique à son neveu, Antoine (Sébastien Chassagne), le candide de l’histoire, qui cherche à découvrir le métier de son oncle pour savoir s’il aimerait en faire le sien, tout ce qu’on doit savoir sur Théo. C’est un excellent joueur dont le niveau est largement supérieur à celui du reste de l’équipe, malgré sa petite taille c’est un leader mais son plus gros handicap est son père. Ce père arrive d’ailleurs parmi le public après avoir fini sa sieste, c’était lui que Théo attendait au début du film. Laurent, joué par François Damiens, paraît être le genre de père qu’on a tous vu sur les bords de terrain quand on allait voir jouer nos enfants le samedi. Il crie, très fort, s’embrouille avec les autres parents et l’entraîneur, insulte l’arbitre. On comprend rapidement qu’il s’est exclu de la société autant qu’on aimerait l’exclure de ce terrain de foot.

La situation est posée, le film va pouvoir commencer. Théo est un jeune garçon qui adore le foot qu’il a connu par le biais de son père. Sa mère, Ludivine Sagnier, ne s’y intéresse pas du tout jusqu’au mensonge de Théo. C’est un ado sympathique ce qui est rare. Son comportement de leader n’est pas présent que sur le terrain mais dans la vie. Il travaille à l’école, s’entraîne sérieusement pour le foot qui est sa passion et a des amis qu’il soutient quoiqu’il arrive Max, geek et probablement agoraphobe qu’il est le seul à pouvoir approcher sans qu’il fasse une crise, Karim l’ami timoré, fidèle et qui ne sait pas mentir, et Romane, l’amie de coeur. Il est bien dans sa peau et voudrait retrouver le père qu’il avait avant (le divorce) même si personne ne pense cela possible. Théo est vraiment, sincèrement, très attaché à son père qu’il ne voit que rarement depuis le divorce de ses parents et son plongeon dans l’alcoolisme. Fourmi c’est lui. C’est le surnom que lui a donné Romane parce qu’il est petit (son seul défaut). Ce surnom, il ne l’aime pas du tout jusqu’à ce que….., dans une scène fabuleuse de tendresse avec son père.

Maleaume Paquin est la grande révélation de ce film. C’est un très bon acteur en devenir qui joue spontanément. Un futur Leonardo di Caprio ? C’est tout le mal que je lui souhaite. La bataille risque d’être rude pour le César du meilleur espoir masculin entre ce film et « La Vie Scolaire ». Il n’est visiblement pas impressionné de jouer avec des grands tels Dussolier, Damiens, Ludivine Sagnier….. Malleaume a déjà joué dans « Rémi sans Famille » et il sait jouer au foot. Un certain nombre d’entraînements en cours particulier avec un coach ont fini de faire le chemin nécessaire pour qu’il soit crédible en petit prodige.

Son père, Laurent est un homme seul, sans travail, sans ressource, alcoolique, qui vit chez sa grand-tante, une vieille dame gâteuse. Il est totalement en marge de la société. Il ne se rend plus aux convocations de pôle emploi et n’essaye pas de chercher du travail, un logement ou de voir plus son fils. C’est un homme brisé par la société. Il aime son fils mais ne sait même plus comment le lui montrer. François Damiens sait admirablement jouer ce personnage. On sent sous l’alcool et le laisser-aller beaucoup d’amour pour ce fils.

Décidément François Damiens sait vraiment nous émouvoir. Il a toujours le ton, le regard et le geste justes. Jamais de fausse note. Jamais il ne cherche à sur-jouer les émotions. Pour moi, c’est un grand acteur, le nouveau Bourvil. J’ai cru jusqu’à la fin à ce personnage, à son cheminement vers l’abstinence, à sa rechute puis à la fin heureuse. Je l’ai aimé et ce n’est pas facile de me faire aimer un alcoolique. Cet homme a une histoire que nous ne connaissons pas entièrement mais dont François Damiens nous laisse entrevoir une bonne partie.

Les seconds rôles sont également très importants dans ce film. Théo, pour faire durer son mensonge le temps nécessaire pour que son père redevienne celui qu’il était, s’adjoint un complice Max qui est vraiment très bien joué par Pierre Gommé. Lui aussi va être chamboulé par ce contact avec l’extérieur depuis sa chambre et son PC qu’il ne quitte plus (même pour aller à l’école) depuis bien longtemps. Théo lui fournit un but dans la vie. Il se prend vraiment au jeu des faux mails, des faux contrats, des fausses rencontres Skype…. On sent le plaisir de Pierre Gommé, qu’on a vu dans « Le Petit Spirou » et « Le Daim » entre autres, prend à jouer cet ado sauvagement accroché à son clavier et sa manette de jeu. Ismaël Dramé (Karim) joue quant à lui la voix de la raison face à un Théo qui ne sait plus comment se sortir de son jeu dangereux. Quant à Cassiopé Mayance (Romane, la confidente, l’amie de cœur) elle sait créer une bulle de douceur et de féminité dans ce monde dur et viril qi tourne autour de Théo ce qui ne l’empêche pas d’avoir un caractère fort et des problèmes familiaux elle aussi.

J’ai gardé pour la fin, Sarah (Laetitia Dosch), l’assistante sociale qui s’occupe du dossier de Laurent depuis fort longtemps. Elle n’a plus aucun espoir concernant l’évolution sociale de cet homme qui a lâché tout espoir d’une vie meilleure. Et, finalement, craque devant ses résolutions pour aider son fils dans l’accès à une vie de champion auquel il n’aurait jamais osé rêver. C’est une femme au service des autres mais qui a une sacrée poigne. Elle aide, soutient Laurent et Théo mais elle leur sert également de garde-fou. C’est l’assistante sociale idéale qu’on aimerait rencontrer plus souvent dans la réalité. Elle n’hésite pas à se rapprocher des personnes qu’elle aide mais sans toutefois franchir la ligne blanche qui la mènerait trop loin dans leur intimité et la rendrait moins efficace et rassurante professionnellement.

L’histoire est donc une histoire sociale, une histoire de rédemption, une histoire d’amour filial, une histoire de foot. Mais aussi et surtout, une histoire de mensonge mais où le mensonge n’a pas autant de conséquences négatives qu’on le penserait. J’ai envie de dire que c’est un beau mensonge parce qu’il fait rêver toute une ville en la faisant revivre et redonne l’espoir à tous ces habitants. Et finalement, le happy-end est là donc pas de chute trop grave pour les rêveurs éveillés.

Un film à voir en famille, en couple, seul. Un film à voir en toutes circonstances. Si on est bien en entrant dans la salle, on ressortira encore plus heureux qu’avant et si on était un peu triste avant, on retrouvera le sourire en se laissant aller à voir évoluer cette relation père-fils. Un véritable « fell good movie » !

Béatrice Lascourbas.

 

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