Critique : Le Grand Saut (1994)

Le Grand Saut est une comédie américaine de Joel et Ethan Coen.

1958, New York. À la suite du suicide du fondateur d’une grande entreprise, le conseil de direction de celle-ci monte un plan destiné à en prendre le contrôle en rachetant les actions de feu le fondateur à bas prix avant que celles-ci ne soient mises en vente au public. Les directeurs installent donc à la tête de l’entreprise un jeune et naïf diplômé d’une école de commerce de Muncie, Indiana, afin de faire baisser temporairement le cours de l’action.

Après Sang pour Sang (1984), les frères Coen ont composé le scénario du Grand Saut. A l’époque, ils vivaient en colocation dans une maison avec Sam Raimi. Le script se révèle ambitieux et couteux, trop pour un début de carrière au cinéma.

En 1991, Joel et Ethan Coen présentent Barton Fink en compétition officielle au Festival de Cannes, et repartent avec la Palme d’Or. Grâce à ce succès, les cinéastes obtiennent les crédits suffisants pour produire leur prochain long métrage, qui n’est autre que Le Grand Saut.

Ils obtiennent le soutien important du producteur hollywoodien Joel Silver (L’Arme Fatale, Matrix), qui convainc la Warner de financer le long métrage. Au départ, les frères Coen souhaitaient que le film soit en noir et blanc, et ce fût la seule chose à laquelle Joel Silver s’opposa. Et en échange, le producteur a donné les pleins pouvoirs aux cinéastes sur le montage final du film. Pour info, Sam Raimi a dirigé la seconde équipe de tournage et a participé à l’écriture du scénario.


The Future is Now…

Tous les ingrédients du conte moderne s’affiche dans les premières minutes. L’introduction nous embarque littéralement dans le cinéma des Coen. Les influences sont identifiées immédiatement, notamment œuvres de Capra et Hawkes.

Joel et Ethan Coen réactualise une époque et surtout un genre oublié, le « screwball comedy ». Dés leur premier film, les cinéastes ont flirté avec cet aspect du cinéma et de la comédie. Et encore aujourd’hui, on le retrouve dans leur dernier film « The Ballad of Buster Scruggs« .

Derrière la loufoquerie, les Coen amènent une profonde dimension politique et sociale à leur propos. Les personnages sont cyniques à souhait, ce qui permet une aisance dans le traitement, ainsi qu’une ouverture pour le grand public. Quelque part, on retrouve également le cinéma de Gérard Oury…

Une team solide et prestigieuse

Les castings des Coen ont toujours été réglés au millimètre, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Tim Robbins a été le premier choix pour le rôle de Norville Barnes. Joel Silver aurait soumis de son côté Tom Cruise, mais les cinéastes sont restés sur leur position. Un choix payant puisque Tim Robbins livre une interprétation solide, qui véhicule à merveille la loufoquerie avec une portée dramatique.

Paul Newman est toujours aussi impeccable et charismatique. Il incarne aisément Sidney J. Mussburger, un assoiffé du pouvoir qui voit en Norville la parfaite occasion pour devenir le grand big boss de l’empire Hudsucker. Pour l’anecdote, les Coen ont proposé ce rôle à Clint Eastwood, qui refusa en raison d’incompatibilité d’emploi du temps.

De son côté, Jennifer Jason Leigh semble s’éclater comme ses partenaires en journaliste qui n’a pas peur de jouer des poings. L’actrice américaine colle parfaitement à l’esprit cinématographique des Coen, pourtant ils n’ont collaboré ensemble que sur ce film.

A noter la présence de Bruce Campbell, Steve Buscemi, Peter Gallagher et la voix de John Goodman.

Et au final, ça donne quoi Le Grand Saut ?

Les années 1990 sont la meilleure période dans la carrière des frères Coen. Le Grand Saut est une perle grisonnante pleine d’intelligence et de maitrise. Il s’agit d’une comédie acerbe qui se penche sur une époque de l’Amérique et de son système. Une vision cynique, mais au combien percutante et passionnante de la part du duo le plus talentueux d’Hollywood.

La mise en scène empreinte plusieurs chemins du « screwball comedy », de Capra à Gilliam, en passant par Chaplin. Des influences qui prennent une dimension unique sous le regard complice des frères Coen. La photographie de Roger Deakins est, comme d’habitude, en accord parfait avec le cadre des cinéastes. Le son a également une grosse importance dans la scénographie. Les décors sont sublimes et murement réfléchis pour une mise en place du cadre optimale et aiguisée. On retrouve un savoir-faire criant dans la manière de symboliser et contextualiser, ce qui favorise l’approche métaphorique des réalisateurs.

A l’écriture, c’est tout aussi fin et abouti. Le style des Coen est palpable sur chaque mot ou situation. Ils ont su composer un cocktail à la fois euphorisant, irritant, fantaisiste et proche de la réalité. Une recette qui a très souvent été mise en avant par le duo, ainsi que par leur ami Sam Raimi (Un plan simple, Mort ou Vif). Le script est cyclique, à l’image du fameux dessin de Norville qui au centre de l’intrigue. Encore une fois, ça baigne dans une cohérence de style, et cela se ressent totalement à l’écran. La destiné est un des rouages principaux du propos, et elle est traitée avec intelligence et un soupçon de naïveté.

Et pour finir, la bande originale de Carter Burwell est la cerise sur le gâteau. Le compositeur reste lui aussi fidèle à son style, tout en signant un thème principal qui s’imprime immédiatement entre nos deux oreilles. Le score est, comme toujours, en adéquation avec le travail de Joel et Ethan Coen.

En résumé, Le Grand Saut s’affichait comme un grand film, ce qui est le cas. Une réussite sur tous les plans.

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