Critique : Les Maîtres de l’ombre (1989)

Les maître de l’ombre est un film dramatique américain réalisé par Roland Joffé.

En août 1942, l’administration américaine met en place sur un site au milieu du désert du Nouveau-Mexique le très secret `Projet Manhattan’ qui consiste à fabriquer en un temps record la première bombe atomique. Sous la tutelle du major-général Leslie Richard Grooves, l’équipe de savants et de techniciens est placée sous la direction de Robert Oppenheimer, le plus brillant physicien du moment mais aussi une figure controversée.


Bruce Robinson et Roland Joffé ont bâti leur carrière commune sur un cinéma engagé. Après avoir traité le Cambodge des années 1970 avec La Déchirure et remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes avec Mission, Roland Joffé et son fidèle scénariste s’attaque à un nouveau sujet délicat : l’avènement de la bombe atomique au Nouveau-Mexique.

Lors de sa sortie en salles, Les maîtres de l’ombre a connu un accueil glacial, comme en témoigne les 3,5 millions de dollars remporté au box-office pour un budget évalué à 30 millions de dollars. Un échec cuisant qui s’allie à des critiques négatives de la presse et du public.


Mission et obsession

Dans les premières minutes, Roland Joffé brosse le portrait du général Groves (Paul Newman), tout en contextualisant le propos. Comme à son habitude, Paul Newman impose son savoir-faire et son charisme. On s’accroche facilement à lui pour vivre cette page de l’histoire.

Très vite, on sent le côté romancé du scénario qui a pour objectif de plaire à un large public. Les personnages sont stéréotypés, mais ça reste un minimum convaincant. Roland Joffé soigne sa mise en scène, notamment de magnifiques plans larges où il appuie un contraste percutant sur les hommes, leurs créations et leur monde.

Le premier quart d’heure affiche de l’ambition de la part du cinéaste britannique. Il souhaite à la fois retranscrire un évènement historique, séduire le grand public et également établir un regard critique sur cet évènement.

Looping ? Vous avez dit Looping ?

Paul Newman est incontestablement la tête d’affiche de ce film, où il y trouve un rôle toujours aussi bien taillé pour lui. Son interprétation en général Groves est impeccable.

Mais on retient surtout la prestation de Dwight Schultz, qui n’est autre que Looping dans la série culte l’Agence tous risques. L’acteur américain s’est fait rare au cinéma, alors qu’il prouve ici tout l’étendu de son talent. Il incarne avec conviction l’un des plus grands physiciens américains. Le duo qu’il forme avec Paul Newman est vraiment très intéressant, aussi bien dans l’opposition, que dans la collaboration.

Bonnie Bedella et Laura Dern sont sublimes, et ce même dans la mélancolie qui gagne leurs cœurs et leurs têtes. Bien qu’elles soient en second plans, Roland Joffé amène par leur biais une profondeur psychologique et humaine au propos.

La seule petite déception est peut-être John Cusack, car il est à la fois peu à l’aise dans son rôle et peu exploité. Andy Garcia aurait été un choix plus judicieux.

Et au final, ça donne quoi Les Maîtres de l’ombre ?

Compte-tenu du succès inexistant de ce film, et le fait qu’il soit tombé dans l’oubli aujourd’hui, on peut parler d’une bonne petite surprise. Bien loin d’être un chef d’oeuvre, Les maîtres de l’ombre a tout de même bon nombre de qualités, malgré quelques facilités scénaristiques. Roland Joffé signe un film historique qui se révèle passionnant et quelque peu audacieux.

Tout d’abord, la mise en scène reflète une époque et une manière de faire du cinéma. Le cinéaste entretient un véritable rapport à l’image et au spectacle. La photographie de Vilmos Zsigmond (Rencontres du troisième type, La Porte du Paradis) est magnifique. Il est clair que sur la forme, c’est du très bon boulot.

Pour ce qui est du fond, on peut regretter le manque de relief concernant certains personnages, comme Michael Merriman. Ceci-dit, chacun apporte un regard critique sur l’espèce humaine et sa vanité. Le script manque également d’une dimension plus politique et médiatique, cela aurait donné plus de poids aux ambitions de Joffé. La Paramount a peut-être usé de son influence pour le propos ne soit pas plus irritant, et surtout pour que cela reste à la sauce hollywoodienne. Le sujet est assez délicat, et le public américain n’aime pas trop voir des longs métrages qui remettent en question leur histoire passée.

La bande originale d’Ennio Morricone est moins marquante que pour « Mission« , mais il signe tout de même un score en accord avec la dramaturgie de Joffé.

En résumé, Les maîtres de l’ombre est loin d’être un échec cinématographique. Roland Joffé signe un film d’hommes et de femmes au milieu d’une des créations les plus terribles de notre histoire. Dwight Schultz démontre qu’il était bien plus que Looping, tellement plus.

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