Après Séance : Chambre 212

Chambre 212 est une comédie française écrite et réalisée par Christophe Honoré.

Qui oserait, de nos jours, clamer sa foi dans Le Grand Amour, L’Amour Toujours ?… Romantisme échevelé, voire totalement dépassé ! Naïveté carabinée, pour ainsi dire pathologique !… Christophe Honoré surfe donc bien confortablement sur l’air du temps : qu’on se rassure – sommes-nous sages et lucides !… -, l’amour a chu depuis longtemps, une vie de couple n’est qu’affaire de compromis, d’arrangements…

À l’appui de cette démonstration, les mésaventures de Marie (Chiara Mastroianni, toujours aussi irrésistible) : professeur de Droit en faculté et mariée depuis plus de vingt ans à Richard (Benjamin Biolay et Vincent Lacoste pour un rajeunissement de vingt ans), avec qui elle vit « en sœur », affirme-t-elle, depuis des années, la belle se distrait, vit des « aventures amusantes » avec d’autres hommes, parfois ses étudiants, pendant que son bonhomme de mari (et le pauvre Biolay, alourdi et négligé, n’offre pas une image enthousiasmante de la chose…) lui demeure benoîtement fidèle… Bien entendu, comme dans tout bon vaudeville, la découverte de l’inconstance féminine provoquera des remous (y compris pour le portable de la belle, instrument de la révélation), et la coupable, coiffée de mauvaise foi, préfèrera ruminer ses fautes dans l’hôtel voisin, plus exactement dans l’hôtel qui fait face à son appartement et lui offrira une vue plongeante dans ses fenêtres ; amusante image de l’introspection.

À partir de là, l’intrigue progresse sur deux rails dont le parallélisme est intéressant mais dont les effets sont malheureusement divergents : un axe réaliste, psychologisant, et un axe totalement fantasmatique, flirtant avec le fantastique. C’est ainsi que, dans la chambre 212 où elle est allée se réfugier (chiffre cruel, puisque l’Article de loi qui le porte rappelle aux époux leurs devoirs et engagements l’un envers l’autre), Marie voit défiler, comme pour l’instruction de son propre procès, une série de témoins : ses ascendantes féminines, ses amants, parmi lesquels son mari jeune, qui ne sera pas reconnu de son mari mûr, son ancienne rivale… D’où une série de dialogues qui se veulent piquants, le sont parfois, parviennent à formuler toute une série de peurs entourant l’amour et son vieillissement problématique ; mais sonnent aussi affreusement faux, et sont d’ailleurs souvent joués comme tels, notamment par l’image rajeunie de Richard ; pirouette aussi maladroite que dérisoire pour tenter d’assumer, justement, tout ce faux, surligné par quelques recours à des chansons de variété ; que l’on goûtera ; ou non.

Autre problème, le regard du réalisateur, sa posture. Il va de soi qu’il se veut libéré, décomplexé, contemplant avec neutralité le comportement précisément très libre de son héroïne. Or il n’échappe pas totalement à une posture moralisatrice, par exemple lorsque la pécheresse semble bien embêtée, comme prise au piège, lorsqu’elle se retrouve confrontée, en bloc, à tous ses anciens amants rassemblés. Et la claque administrée à certains par le mari ou une improbable incarnation de « La Volonté » (Stéphane Roger) va dans le sens de ce moralisme (« C’est ta cousine, tout de même ! », reproche l’administrateur de claque), qui ne paraît par ailleurs pas totalement assumé par le réalisateur… Et que dire de la figure de l’ex, incarnée par une Camille Cottin en mode arrogant puis sournois, et des allusions finales à une conversion lesbienne encore plus improbable…?

Bon. Tous ces tourments, cette insomnie, ces larmes, aboutiront de façon inespérée à la conclusion : « Bon. On s’aime, tout de même ». Et sans doute même le tandem conjugal pourra-t-il donner encore quelques tours de roue… Nous voilà bien contents !

Anne Schneider.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. princecranoir dit :

    Je me reconnais dans cette réserve prudente sur la pertinence de la forme et l’analyse du fond.

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  2. Strum dit :

    On peut ajouter que c’est surtout filmé, découpé, monté, de manière très statique, ce qui donne l’impression que les personnages sont figés dans une pièce mal éclairée, comme dans du mauvais théâtre, et désamorce tout le discours sur la liberté de Maria. C’est du sous-sous-Resnais.

    Aimé par 1 personne

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