Après Séance : The Irishman

The Irishman est un film de gangsters américain réalisé par Martin Scorsese.

Il aura fallut attendre près de dix années pour que cet ambitieux projet qu’est « The Irishman » voit enfin le jour. Trop occupé par ses collaborations fructueuses avec Leonardo DiCaprio (« Shutter Island« , « Le loup de Wall Street« ), et par des films plus personnels s’étant soldé par des échecs au Box-office (« Hugo Cabret« , « Silence« ), Martin Scorsese revient enfin aux affaires avec cette longue fresque criminelle de près de 3h30, ayant des allures de « film testamentaire » du fait que le grand cinéaste y convoque l’ensemble de ses plus fidèles collaborateurs, sa monteuse Thelma Schoonmaker, son producteur Irwin Winkler, ainsi que trois de ses comédiens fétiches : Robert De Niro, Joe Pesci et Harvey Keitel.

Basé sur le roman « I Heard You Painted Houses » de Charles Brandt, « The Irishman » raconte l’histoire de Frank Sheeran (Robert De Niro), un vétéran américano-irlandais de la Seconde Guerre Mondiale qui, suite à sa rencontre avec Russell Buffalino (Joe Pesci), finit par devenir tueur pour le compte de la mafia. Avant de devenir le garde du corps et l’ami proche de Jimmy Hoffa (Al Pacino), l’un des hommes les plus puissants d’Amérique, alors aussi connu que Les Beatles, selon Sheeran…

La première grande surprise émane du fait que, là où l’on aurait pu craindre une redite de « Casino » et des « Affranchis« , il n’en est finalement rien. Avec « The Irishman« , Scorsese opte clairement pour un film plus mélancolique et nostalgique sur le temps qui passe, la vieillesse et le souvenir que nous laissons à nos proches (enfants, épouses, amis); en résulte de ce fait une œuvre plus apaisé, moins sauvage que les 2 autres long-métrages cités.

Ce qui frappe également, c’est l’utilisation du « de-aging » (procédé consistant à rendre un acteur plus jeune par effets spéciaux) que Scorsese utilise sur De Niro, Pesci, Keitel et Pacino. Utilisé de manière justifié, afin de voir les personnages vieillir physiquement sous nos yeux et passer d’une époque à l’autre de manière crédible, ce procédé demeure encore relativement inabouti dans la mesure où il fige un peu trop les expressions de certains comédiens. Si ça fonctionne plutôt bien sur Al Pacino et Joe Pesci, on ne peut pas en dire autant sur De Niro, dont le « visage jeune » demeure littéralement figé, au point même d’y détecter les effets de synthèse. Et le fait que ce dernier interprète très bien son personnage ne fait malheureusement pas oublier cette légère gêne.

Néanmoins, le scénario bien écrit et la mise en scène jonglant de manière astucieuse avec les va-et-vient dans le temps redressent un peu tout ça.

En terme d’interprétation, vu le casting, on n’est pas très étonné de son excellence. Outre le plaisir de revoir un De Niro juste et touchant (surtout dans sa version vieillard) dans un bon rôle (et un bon film) depuis au moins 15 ans, c’est surtout Pacino, par ailleurs nouveau venu dans l’univers de Scorsese, qui impressionne le plus. Avec sa voix rauque, son regard sombre et pénétrant, ses grands gestes, il est tout bonnement excellent dans la peau de Jimmy Hoffa, beau parleur charismatique à l’énergie communicative. Mention spéciale également à Joe Pesci, dans un rôle à contre-emploi, celui de Russell Buffalino, personnage assez sobre, calme et discret, à 1000 lieux des gangsters sadiques et impulsifs qu’il jouait dans « Les Affranchis » et « Casino« .

Réalisation inspirée multipliant les plans-séquences et les pano-travellings (longs mouvements de caméra), les plans fixes sur les visages vieillissants de ses personnages pour y symboliser le temps qui passe, Scorsese, à 77 ans, prouve qu’il n’a rien perdu de sa superbe et signe une sorte de chant du cygne de l’ensemble de ses films de mafia (entamé avec « Mean Streets » en 1973, poursuivit ensuite par « Les Affranchis » et « Casino« , et semblant se clôturer ici avec « The Irishman« ).

A la fois, émouvant, bouleversant, touchant, fichtrement bien réalisé et interprété par des comédiens formidables qu’on avait plus vu aussi bons depuis longtemps, « The Irishman » est incontestablement l’une des œuvres majeures de cette fin d’année à tel point que l’on ne peut qu’être qu’outré qu’un tel film ne soit diffusé que sur Netflix (à l’exception notable de quelques cinéma, notamment en Belgique et aux Etats-Unis), là où il mériterait d’être vu sur les grands écrans du monde entier.

François Bruwier.

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